Les grammar schools, ces établissements publics sélectifs qui recrutent leurs élèves sur concours à 11 ans, incarnent depuis des décennies l’excellence scolaire britannique. Elles viennent de franchir un cap symbolique : les élèves blancs britanniques y sont désormais minoritaires. Selon les données du Department for Education, ils ne représentent plus que 44 % des effectifs en Angleterre en 2026, contre 66 % dix ans plus tôt.
Toutes les 10 principales minorités ethniques du pays ont, dans le même temps, accru leur part dans ces établissements. Les élèves d’origine indienne enregistrent la plus forte progression, passant de 8 % à 15 % au niveau national, suivis des communautés pakistanaise, africaine et chinoise. Les reculs les plus marqués de la présence blanche britannique concernent le Kent, le Grand Manchester, l’Essex, le Warwickshire, le Gloucestershire et le West Yorkshire.
Reading School : de 49 % à 13 % en 10 ans
L’exemple du Reading School, dans le Berkshire, illustre l’ampleur du basculement. La proportion d’élèves blancs britanniques y est passée de 49 % à 13 % en une décennie, une chute que son directeur Chris Evans qualifie de « spectaculaire ». Selon lui, les familles blanches britanniques renoncent massivement à présenter leurs enfants au concours d’entrée, le fameux « 11-plus », persuadées qu’il est impossible de réussir sans des années de préparation intensive et de cours particuliers coûteux — un phénomène de bachotage que les Anglais appellent le « hot-housing ».
À Pate’s Grammar School, à Cheltenham, les élèves blancs britanniques représentaient les trois quarts des effectifs il y a 10 ans ; ils sont 34 % aujourd’hui. Sur la même période, les élèves indiens sont passés de 8 % à 30 % et les élèves chinois de 0,3 % à 5 %. Le directeur James Richardson met en avant l’exigence académique de son établissement — 10 GCSE par élève, 3 sciences obligatoires, un important département de langues incluant le mandarin — et le bouche-à-oreille très actif au sein des familles indiennes.
Dartford : les élèves d’origine africaine deviennent le premier groupe
La Dartford Grammar School for Girls, dans le Kent, offre le tableau le plus saisissant. Les élèves blanches britanniques, qui constituaient 52 % des effectifs, n’en représentent plus que 7 %. Les élèves d’origine africaine forment désormais le premier groupe de l’établissement (37 %, contre 14 % auparavant), devant les élèves indiennes (16 %) et chinoises (4 %). La directrice Sharon Pritchard reconnaît que l’évolution démographique locale n’explique que partiellement le phénomène : les excellents résultats de l’école — près de 80 % des notes de GCSE entre 7 et 9 cette année — attirent des familles venues de loin, prêtes à de longs trajets quotidiens.
Le fossé du tutorat : 26 % contre 5 %
Derrière ces chiffres, une fracture culturelle face à l’école. L’accès aux cours particuliers varie fortement selon l’origine : parmi les élèves bénéficiant de repas scolaires gratuits — indicateur de pauvreté outre-Manche —, 26 % des enfants d’origine africaine noire et 24 % des enfants bangladais suivent du tutorat, contre 5 % seulement des enfants blancs britanniques, selon une étude soutenue par le gouvernement. Lucinda Platt, professeur à la London School of Economics, souligne que les restrictions de visas ont favorisé une immigration plus diplômée, portée par des ambitions éducatives fortes pour ses enfants.
Le Reading School tente d’inverser la tendance : écoles primaires partenaires locales fournissant jusqu’à la moitié des admissions, refonte du concours dans un format « anti-bachotage » où les matières testées changent chaque année. Les candidatures blanches britanniques y sont remontées à 15 % cette année, contre 7 % en 2024.
Photo d’illustration : DR
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