Friedrich Merz a trouvé le coupable. Après les nouveaux succès de l’AfD et l’effondrement de la CDU dans l’est de l’Allemagne, le chancelier explique gravement que l’avenir de la démocratie allemande serait en danger. Curieuse conception de la démocratie : lorsqu’un peuple vote comme on l’attend de lui, tout va bien ; lorsqu’il commence à renverser la table, la République serait soudain menacée.
C’est peut-être exactement l’inverse qui se produit. La démocratie retrouve son véritable sens lorsque les électeurs découvrent que leur bulletin peut réellement bouleverser l’ordre établi.
Ce qui vacille aujourd’hui n’est pas tant la démocratie allemande qu’un système politique et moral né après 1945, dans un pays vaincu, occupé et reconstruit sous l’autorité des vainqueurs. La République fédérale fut créée en 1949 dans les zones occidentales d’occupation. Quarante et un ans plus tard, la réunification n’engendra pas une Allemagne entièrement nouvelle : les Länder de la RDA rejoignirent la République fédérale et ses institutions.
Avec celles-ci survécut une culture politique dans laquelle la nation allemande devait rester perpétuellement sous surveillance. Certaines questions pouvaient être discutées ; d’autres devenaient suspectes dès qu’elles touchaient à l’identité, à l’immigration ou à la permanence historique du peuple allemand.
Cette mécanique commence à s’enrayer.
Romy l’a fort bien observé sur X : chez une partie des jeunes Allemands, « cette honte héritée ne fonctionne plus comme avant ». Un Allemand de vingt ans est né plus de soixante ans après la chute du Reich. Ses parents n’ont pas connu la guerre ; ses grands-parents peuvent eux-mêmes être nés après 1945. L’Histoire demeure. Le rapport personnel à cette histoire, lui, change.
On peut enseigner Auschwitz, condamner le nazisme et connaître les dérives du IIIe Reich sans demander à un jeune Allemand du XXIe siècle de considérer sa nationalité comme une faute originelle. La culpabilité ne se transmet pas éternellement avec le patrimoine familial.
Voilà pourquoi l’arme politique qui fut longtemps la plus efficace en Allemagne commence à s’émousser. Pendant des décennies, il suffisait de faire planer les mots « nationalisme », « extrême droite » ou « nazi » pour mettre un terme à une discussion. Une partie croissante des électeurs semble désormais répondre : et après ?
Romy résume très justement cette évolution : chez certains, « la peur de perdre son avenir est devenue plus forte que la peur d’être moralement condamné pour son vote ».
Car l’Allemagne réelle s’est rappelée au bon souvenir de l’Allemagne officielle. Son industrie souffre, l’énergie coûte cher, les disparités entre Est et Ouest subsistent et l’immigration s’est imposée comme l’un des grands sujets politiques du pays. Les récentes élections ont précisément montré combien le centre politique traditionnel s’était fragilisé, particulièrement à l’Est.
La CDU peut parler retraites, assurance-maladie, infrastructures et fiscalité. Toutes ces questions comptent. Elles ne répondent pourtant pas à celle qui travaille désormais une partie du pays : qu’est-ce que l’Allemagne veut encore être ?
Un simple espace économique où différentes populations cohabitent ? Ou le pays historique des Allemands, capable d’accueillir des étrangers sans renoncer pour autant à demeurer allemand ?
C’est cette question que le vieux système politique redoute de poser franchement. Merz préfère évoquer le spectre du nationalisme allemand et le danger qu’il pourrait représenter pour les voisins de l’Allemagne. Pourtant, le problème de 2026 n’est évidemment pas celui de 1939. Ce qui inquiète une partie des électeurs allemands n’est pas la conquête de nouveaux territoires, mais la continuité démographique, culturelle et nationale de leur propre pays.
Tant que la CDU répondra à cette inquiétude par des sermons, elle laissera à l’AfD le monopole de la question. Le fameux Brandmauer, ce « mur coupe-feu » dressé autour du parti, peut encore interdire les coalitions. Il ne peut empêcher les électeurs de passer de l’autre côté. Sa progression met désormais cette stratégie sous une pression croissante.
Quelque chose se défait donc en Allemagne. Une génération nouvelle paraît moins disposée que les précédentes à demander pardon d’exister avant même de parler de son avenir. Elle ne renie pas nécessairement l’histoire ; elle refuse simplement que celle-ci demeure une prison.
C’est bien un monde qui finit : celui d’une Allemagne dont la vie politique restait encore largement gouvernée par les interdits nés de la catastrophe de 1945.
Ce qui vient est plus difficile à nommer. Peut-être sera-ce véritablement un monde nouveau. Peut-être assisterons-nous plutôt à la résurgence, sous des formes que personne ne peut encore prévoir, d’une Allemagne beaucoup plus ancienne que la République fédérale : celle d’un peuple qui recommence à se penser comme peuple.
L’histoire allemande, décidément, n’a peut-être pas dit son dernier mot.
Trystan Mordrel
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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