Le 15 août 2026, sous la criée du port d’Etel (An Intel), dans le Morbihan, l’évocation fut brève mais chargée : celle des 5 marins-pêcheurs de Loctudy engloutis avec leur chalutier, le Bugaled Breizh — « enfants de Bretagne » —, le 15 janvier 2004.
Leurs familles étaient présentes en cette fête de la Vierge Marie, reine des flots, pour assister après la messe à la traditionnelle bénédiction de la mer et au dépôt de gerbes dans ses eaux, en leur mémoire et à celle de tous les marins péris en mer. Yves Gloaguen, Patrick Gloaguen, Pascal Le Floch, Georges Lemétayer, Éric Guillamet : cinq noms, deux corps jamais retrouvés.
Vingt-deux ans, deux justices, aucune réponse
Un jour, sûrement, nous connaîtrons la vérité sur ce drame survenu au large du cap Lizard, en Cornouailles anglaises, qui vit disparaître le chalutier et son équipage en quelques dizaines de secondes, par mer calme et en plein jour.
L’association SOS Bugaled Breizh, née après la catastrophe, s’impose toujours un devoir de mémoire, de soutien et de vérité. Ses membres refusent la thèse de la croche molle du chalut dans un banc de sable — celle qui revient à imputer le naufrage à une maladresse de marins expérimentés — et rappellent que l’expertise de l’épave a relevé un enfoncement sur le flanc du bateau, signe pour eux d’une force extérieure. Vraisemblablement celle d’un sous-marin, dans une zone de transit régulier des bâtiments de l’OTAN.
La justice française n’a jamais tranché. La cour d’appel de Rennes a confirmé le non-lieu le 13 mai 2015, la Cour de cassation l’a validé le 21 juin 2016, faute de pouvoir départager les deux hypothèses. Restait l’espoir britannique : deux des corps ayant été repêchés dans les eaux du Royaume-Uni, une enquête s’y est tenue, à la Haute Cour de Londres, du 4 au 21 octobre 2021. Le 5 novembre, le juge Nigel Lickley, agissant comme coroner, concluait à l’accident de pêche et écartait explicitement la thèse du sous-marin, la Royal Navy ayant assuré qu’aucun bâtiment allié ne se trouvait en plongée dans la zone ce jour-là.
Les familles n’en ont pas été convaincues. Elles n’ont jamais obtenu, du ministère de la Défense comme de celui chargé de la Pêche, autre chose qu’une fin de non-recevoir, malgré les interpellations répétées de parlementaires. Le 5 septembre 2025, une proposition de résolution « pour rendre justice à la mémoire des marins du Bugaled Breizh » a été déposée à l’Assemblée nationale par une quinzaine de députés, dont plusieurs Bretons de sensibilités opposées. La prescription n’empêche pas la vérité de continuer à cheminer, d’autant que des langues se sont déliées depuis.
À l’époque, un homme politique au moins refusa la version officielle : Jean-Marie Le Pen, marin lui-même, fils d’un patron pêcheur dont le bateau sauta sur une mine en 1942, dénonça le silence des dirigeants en place.
Rocamadour, 400 ans de Marine
Ce même 15 août 2026, à quelques centaines de kilomètres de notre Bretagne, le sanctuaire de Rocamadour, dans le Lot, célébrait les 400 ans de la Marine nationale, dont la fondation est traditionnellement rattachée à 1626, lorsque Richelieu prit en main les affaires maritimes du royaume pour ne pas abandonner la mer aux Anglais. Quatre jours de commémorations, du 13 au 16 août : conférences, exposition de maquettes, ateliers de matelotage, chants de marins, procession aux flambeaux avec les ex-voto le 14 au soir, cérémonie militaire puis messe en plein air le 15.
Car c’est bien à Rocamadour — le rocher de l’ermite saint Amadour — qu’est vénérée depuis le XIIe siècle une Vierge noire, taillée dans du bois de noyer noirci par le temps, devenue « Étoile de la mer ». Des générations de marins ont affirmé avoir échappé au naufrage après l’avoir invoquée. La tradition veut que la cloche suspendue dans la chapelle sonne d’elle-même chaque fois qu’un homme en perdition est exaucé. Les maquettes de bateaux accrochées aux murs témoignent du reste.
Le fil breton
Le lien avec nos côtes n’est pas fortuit. Henri II Plantagenêt, époux d’Aliénor d’Aquitaine, fit deux fois le pèlerinage du Causse, et sa dévotion contribua à répandre le culte bien au-delà du Quercy. En Bretagne, la chapelle Notre-Dame de Rocamadour de Camaret-sur-Mer, dans le Finistère, en porte le nom depuis le début du XVIe siècle et reste l’une des plus belles églises de marins du pays, tapissée d’ex-voto. Le bouche-à-oreille des équipages a fait le reste. Aujourd’hui encore, des skippers du Vendée Globe et d’autres courses au large emportent une statue de la Vierge à bord.
« Il y a plus de mer que de terre sur le globe terrestre. » Souvenons-nous-en. Elle est plus que jamais précieuse et indispensable.
Claudine Dupont-Tingaud, Quimper, le 16 août 2026
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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