Tolkien, la bande dessinée qui révèle la pensée conservatrice de l’auteur du Seigneur des anneaux

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Depuis l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson, l’univers de J. R. R. Tolkien suscite des controverses sur son message. Une nouvelle bande dessinée fait l’éloge de Tolkien en révélant son authentique pensée conservatrice.

Dans les années 1960, le professeur Tolkien, par son récit Le Seigneur des anneaux, acquiert une célébrité croissante. Il devient même populaire, aux Etats-Unis, dans le milieu gauchiste et pacifiste. Mais lorsque des hippies américains opposés à la guerre du Vietnam se déguisent en hobbits pour venir rencontrer Tolkien en Angleterre, ils vont découvrir que celui-ci ne partage pas du tout leurs idéaux…

Retour en 1892, pour mieux comprendre la pensée conservatrice de Tolkien. Né en Afrique du Sud, John Ronald Reuel Tolkien est le premier enfant d’un couple qui a quitté l’Angleterre quelques années plus tôt. Le climat de l’Afrique du Sud ne convenant pas à sa mère, celle-ci rentre en Angleterre avec ses enfants. Mais le père meurt d’un rhumatisme. Sa mère se convertit au catholicisme, malgré de vives protestations de sa famille anglicane qui lui refuse dès lors toute aide financière. Malade, elle confie avant sa mort ses deux fils au père Francis Morgan de l’oratoire de Birmingham. En 1908, Tolkien rencontre Edith Bratt et en tombe amoureux alors qu’il n’a que 16 ans. Mais le père Morgan, opposé à cette relation avec une protestante qui risque de le détourner de ses études, interdit à Tolkien de continuer à la voir. En 1911, Tolkien part en vacances en Suisse et reste subjugué par cette campagne, qui lui inspirera la beauté de la Terre du Milieu du Seigneur des anneaux. En 1913, le jour de sa majorité, Tolkien écrit à Edith pour la demander en mariage. La jeune femme, qui s’était fiancée avec un autre jeune homme, rompt ses fiançailles et se convertit au catholicisme pour épouser Tolkien. Pendant la première guerre mondiale, Tolkien sert comme officier des transmissions à la bataille de la Somme. Victime de la fièvre des tranchées, une maladie transmise par les poux, il retourne en Angleterre. Tolkien devient en 1920 professeur assistant de langue anglaise à l’Université de Leeds, puis intègre la prestigieuse Université d’Oxford où il devient en 1925 professeur de vieil anglais et en 1945 professeur de langue et de littérature anglaises. Durant sa carrière universitaire, il défend l’apprentissage des langues notamment germaniques. En 1937, la publication du Hobbit fait de lui un auteur pour enfants réputé. Le Seigneur des anneaux, d’une tonalité plus sombre, paraît en 1954-1955 et devient un véritable phénomène de société dans les années 1960, notamment sur les campus américains. Tolkien prend sa retraite en 1959. A sa mort, il n’est pas parvenu à achever le Silmarillion, recueil de légendes des premiers âges de la Terre du Milieu, cadre des romans Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux. Celui-ci sera publié, en 1977, par son fils Christopher Tolkien.

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Avant ce superbe album, la vie de Tolkien avait déjà fait l’objet de deux bandes dessinées. Sans doute parce que pour comprendre une œuvre, il faut connaître la vie de son auteur.

Dans Tolkien – Éclairer les ténèbres (Editions Soleil), le scénariste Willy Duraffourg, par une narration dense, faisait le choix de se concentrer sur la jeunesse de Tolkien. Cet album était une mine d’informations sur sa découverte du Gaélique, la formation d’une communauté culturelle avec ses meilleurs amis, son mariage avec Edith, son admission à Oxford et, bien sûr, la guerre. Mais le dessin de Giancarlo Caracuzzo restait classique.

Une deuxième biographie (J.R.R. Tolkien et la bataille de la Somme : dans un trou sous la terre, Editions A contresens) se focalisait sur l’expérience traumatisante de Tolkien pendant la première guerre mondiale. Le scénariste Emmanuel Beaudry, par un récit souvent fantasmé, imaginait ce que ce jeune officier anglais de 24 ans avait pu vivre, une fois plongé au cœur de l’une des batailles les plus meurtrières de cette guerre. C’est en effet à cette occasion sanglante qu’il forgea sa mythologie. Le Mordor ne ressemble-t-il pas aux paysages désolés de la Somme ? Le dessin de Corentin Lecorsier, sombre et chargé, reflétait l’ambiance angoissante dans les tranchées.

Malheureusement, à la différence du cinéma, les adaptations en bandes dessinées des récits de Tolkien sont décevantes. Le Seigneur des Anneaux, pourtant l’œuvre phare de Tolkien, n’a jamais été adapté en bande dessinée. Seule l’adaptation en dessin animé par Ralph Bakshi en 1978 a donné lieu à la sortie d’une version papier. Mais Bilbo le Hobbit (Le Hobbit, Editions Delcourt) a fait l’objet d’une véritable adaptation. Elle raconte les aventures du hobbit Bilbo, emmené malgré lui par le magicien Gandalf avec treize nains, à la recherche du trésor gardé par un dragon. Destiné aux enfants, ce roman a pour thème le murissement de Bilbo par le dépassement de l’égoïsme. A la fin, Bilbo cède ainsi une partie de son trésor pour aider les pauvres… Le scénariste Charles Dixon respecte le texte de Tolkien. Le dessin de David Wenzel, qui rappelle les illustrations des contes pour enfants, est particulièrement bien adapté à cette œuvre. Il permet ainsi d’initier les plus jeunes au monde imaginaire de Tolkien.

Ce nouvel album consacré à Tolkien est une vraie réussite. Après avoir évoqué les vies de Tolstoï et de Dostoïevski, également chez Futuropolis, la scénariste Chantal van den Heuvel et le dessinateur Henrik Rehr se sont attelés à une superbe biographie de Tolkien.

La scénariste, Chantal Van den Heuvel, est licenciée en journalisme et communication sociale de l’Université Libre de Belgique. En 1994, elle scénarise les deux albums Feu d’ange, avec Paul Burton au dessin. En 2014, elle écrit l’album Aung San Suu Kyi, la Dame de Rangoon, dessiné par Michel Pierret. Elle scénarise, pour Bruno Rocco, Marie-Antoinette, l’état de grâce. Mais ses meilleurs récits sont ceux consacrés à des écrivains et dessinés par Henrik Rehr : Léon et Sofia Tolstoï (2020) puis Dostoïevski le Soleil Noir (2023).

L’introduction de cet album est un pur plaisir. La scénariste rappelle que dans les années 1960, sur les campus américains, l’œuvre de Tolkien est lue à travers le prisme de la contre-culture contestataire, de nombreux hippies s’identifiant aux Hobbits fumeurs d’herbe à pipe… En pleine guerre du Vietnam, l’œuvre de Tolkien est alors célébrée comme une critique de l’impérialisme !

Puis la scénariste révèle que Tolkien est, à l’inverse de ce qu’imaginent ces hippies, un pur conservateur fuyant la modernité. Détestant l’industrialisation qui enlaidit des paysages ruraux de l’Angleterre, sa correspondance et ses illustrations témoignent du plaisir qu’il tire à contempler les arbres. On découvre que c’est notamment la spiritualité de Tolkien qui a séduit son épouse, laquelle prend une place importante dans cet album.

La scénariste insiste sur les sources d’inspiration de Tolkien : la littérature, la poésie et la mythologie germaniques, notamment le poème anglo-saxon Beowulf, les sagas norroises, ainsi que la Chanson des Nibelungen, qui servit de base à la tétralogie de Richard Wagner.

Elle révèle enfin la grande foi catholique de Tolkien, qui va à la messe tous les jours. Lors des réformes du concile Vatican II, il regrette amèrement l’abandon du latin dans la messe. En 1931, il parvient à convertir au christianisme son ami C. S. Lewis, alors athée, après une discussion intellectuelle sur la signification des mythes. Mais C. S. Lexis devient membre de l’Église anglicane, au grand désarroi de Tolkien qui avait espéré l’amener à la foi catholique. Plus tard, C. S. Lewis écrira de nombreux livres sur la religion chrétienne. Sa foi chrétienne est perceptible dans les Chroniques de Narnia. Philippe Maxence explique ainsi que « Les Chroniques de Narnia sont imprégnées du christianisme à la manière d’une éponge, il suffit de presser pour que les reflets de la religion chrétienne étincellent » (Philippe Maxence, Le Monde de Narnia décrypté, Paris, Presses de la Renaissance, 2005).

Dans l’œuvre de Tolkien, l’organisation socio-économique du Comté apparaît comme une structure villageoise où des individus libres cultivent harmonieusement la terre, par opposition à l’empire gigantesque de Mordor, où les ressources naturelles sont exploitées à outrance par des armées d’esclaves. Le royaume de Mordor est une allégorie des forces visant à la destruction de la civilisation chrétienne : le nazisme, le communisme et le capitalisme anglo-américain.

Le dessinateur Henrik Rehr, né en 1964 à Odense, est danois. En France, il commence par publier des récits historiques : Mardi 11 septembre, Gavrilo Princip l’homme qui changea le siècle, La chute de Cuba, David Crook souvenir d’une révolution. Mais on a davantage apprécié Léon et Sofia Tolstoï, puis Dostoïevski le Soleil Noir.

Il dessine cet album avec un iPad, tablette tactile, alors que les précédents étaient réalisés sur papier. Ce procédé lui permet de faire aisément des corrections. Il rend hommage au perfectionnisme de Tolkien avec un dessin particulièrement travaillé. Sa représentation de la nature est idéalisée, pour respecter la pensée de Tolkien. Ses couleurs pastel, dominées par un brun-orangé doux, créent une atmosphère nostalgique. Ainsi, même si le dessin est réalisé avec l’outil numérique et non de manière traditionnelle, Tolkien ne doit pas se retourner dans sa tombe !

Kristol Séhec

Tolkien Le magicien de l’Anneau, 122 pages, 25 euros. Editions Futuropolis.

Illustrations : DR

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