Connue comme l’hormone du sommeil et vendue sans ordonnance contre les décalages horaires et les insomnies, la mélatonine pourrait avoir une corde de plus à son arc. Une méta-analyse publiée en septembre 2026 dans la revue Pain, menée par une équipe de l’université de Sydney à partir de 23 essais cliniques randomisés totalisant 2 028 patients, conclut qu’elle réduit la douleur des personnes souffrant de troubles musculosquelettiques chroniques — arthrose, lombalgie, fibromyalgie — dans des proportions proches de certains antalgiques classiques.
Une baisse d’environ 9 points sur une échelle de 100
Les chercheurs ont regroupé des essais menés dans une dizaine de pays auprès de 2 populations distinctes : des patients douloureux chroniques (douleur installée depuis au moins 3 mois) et des patients opérés de l’appareil locomoteur (prothèses articulaires, chirurgie du rachis). Toutes les échelles de douleur ont été converties sur une base commune de 0 à 100. Chez les douloureux chroniques, la mélatonine abaisse les scores d’environ 9 points en moyenne, tous comparateurs confondus. Lorsque l’analyse est restreinte aux seules études les plus rigoureuses, l’effet se confirme et se renforce : environ 10 points de mieux que le placebo. À titre de repère, une revue Cochrane de 2020 créditait l’ibuprofène et les anti-inflammatoires de première intention d’une baisse d’environ 7,7 points sur la même échelle.
Les auteurs appellent toutefois à la prudence : la comparaison ne vaut pas équivalence thérapeutique, et l’effet mesuré reste sous le seuil considéré comme cliniquement significatif pour la douleur chronique (11 à 14 points). Le niveau de certitude des preuves est jugé faible à modéré, la plupart des essais portant sur de petits effectifs — 50 participants en moyenne pour les études sur la douleur chronique.
Sommeil et douleur, un cercle vicieux bien documenté
L’intérêt de la piste tient au lien étroit, à double sens, entre sommeil et douleur. La douleur active la réponse au stress et empêche le sommeil profond ; le manque de sommeil, en retour, augmente l’inflammation et affaiblit les mécanismes cérébraux d’inhibition de la douleur, la rendant plus intense. Environ 70 % des personnes arthrosiques et jusqu’à 95 % des fibromyalgiques rapportent des troubles du sommeil. En restaurant le rythme veille-sommeil, la mélatonine casserait ce cercle vicieux ; l’hormone possède aussi des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, et agirait sur plusieurs voies de neurotransmission impliquées dans la douleur. De fait, l’analyse retrouve une nette amélioration de la qualité du sommeil chez les douloureux chroniques sous mélatonine.
Peu d’intérêt après une chirurgie
Le tableau est tout autre en post-opératoire : aucune différence globale avec les traitements comparés, et un avantage sur le placebo si faible — moins de 3 points — qu’il reste très loin du seuil de pertinence clinique. Les auteurs y voient une question de temporalité : la douleur aiguë après une opération réclame des antalgiques puissants et rapides, quand l’action de la mélatonine, plutôt régulatrice qu’anesthésiante, s’installe sur la durée. Leur analyse le confirme : dans la douleur chronique, plus le traitement est long, plus l’effet est favorable, alors qu’aucun lien n’apparaît entre la dose et l’ampleur du soulagement — prendre plus ne sert donc à rien.
Un appoint bon marché, pas un traitement de fond
Dans les essais sur la douleur chronique, les doses allaient de 3 à 10 mg par jour, sur des durées de 4 semaines à 3 mois. Les effets indésirables rapportés sont restés bénins et transitoires : nausées, vertiges, maux de tête, somnolence. La molécule est en outre très peu coûteuse et n’entraîne ni dépendance ni accoutumance connues — un profil plus favorable que le paracétamol et les opioïdes, déconseillés par la plupart des recommandations actuelles pour ces douleurs. Un avis médical préalable reste de mise pour les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées à risque de chute, les épileptiques et les patients sous traitement, la mélatonine pouvant interagir avec certains médicaments. La conclusion des chercheurs est mesurée : en l’état des preuves, la mélatonine peut être envisagée comme traitement d’appoint chez les douloureux chroniques ayant aussi des troubles du sommeil — pas comme traitement de première ligne — dans l’attente d’essais de plus grande ampleur, avec des doses standardisées et un suivi prolongé.
Ce sujet touche à la santé : cet article ne remplace pas un avis médical, et tout changement de traitement doit être discuté avec un professionnel.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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