Face à l’escalade belliqueuse, la Suisse vote le 27 septembre pour graver sa neutralité armée dans le marbre constitutionnel. Lettre ouverte à nos voisins français.
À quelques jours d’un scrutin existentiel pour l’avenir de notre pays, le regard que nos voisins portent sur la Suisse oscille trop souvent entre incompréhension polie et procès en moralité. Le 27 septembre prochain, le peuple suisse est appelé aux urnes pour se prononcer sur l’initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse ».
Pour beaucoup d’observateurs parisiens, habitués au concept d’alliances militaires intégrées et d’action extérieure affirmée, la neutralité helvétique relèverait d’une anomalie archaïque ou, pire, d’un « passager clandestin » profitant du bouclier sécuritaire occidental.
C’est une erreur tragique d’analyse.
La France, qui chérit l’héritage gaullien de l’indépendance nationale et du refus des alignements automatiques, possède pourtant toutes les clés pour comprendre ce qui se joue à Berne. Défendre la neutralité perpétuelle et armée de la Suisse n’est pas un réflexe de repli frileux : c’est un impératif géopolitique, démocratique et pacificateur.
Une dérive rampante qui menace notre raison d’être
Pendant plus de deux siècles, depuis la reconnaissance solennelle de notre statut au Congrès de Vienne en 1815, la neutralité a été le socle inviolable de notre sécurité intérieure et extérieure. Elle n’a jamais été une capitulation morale, mais une doctrine d’État stricte : ne participer à aucun conflit entre puissances tierces, ne rallier aucune alliance militaire offensive et maintenir une armée de milice crédible et autonome, capable de dissuader toute violation de notre territoire.
Or, depuis quelques années, sous la pression conjuguée des chancelleries occidentales et d’un certain conformisme diplomatique bernois, ce pilier vacille.
En reprenant sans réserve les paquets de sanctions unilatérales de l’Union européenne et en multipliant les exercices d’interopérabilité avec l’OTAN, Berne a brisé le lien de confiance qui unissait la Confédération au reste du monde. Dès l’instant où un pays neutre choisit son camp dans une guerre économique ou réglementaire, il cesse d’être un tiers de confiance. Comment prétendre accueillir des négociations de paix crédibles à Genève lorsque l’on applique les mesures coercitives d’une partie prenante au conflit ? La perte de ce rôle d’intermédiaire universel est une régression pour la communauté internationale tout entière.
Le sens du vote du 27 septembre
L’initiative soumise au vote le 27 septembre ne propose pas une aventure, mais un retour aux fondements. Elle vise à inscrire noir sur blanc dans la Constitution fédérale les garanties que le pragmatisme opportuniste des gouvernements successifs a diluées :
-
L’interdiction formelle d’adhérer à des alliances militaires ou défensives en temps de paix, réservant la coopération opérationnelle au seul cas où la Suisse subirait une agression directe.
-
Le refus des sanctions unilatérales non décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies.
-
Le réengagement sans équivoque en faveur des bons offices et de la diplomatie de médiation.
Il ne s’agit pas d’indifférence face à la tragédie de la guerre. Il s’agit de comprendre que la division internationale du travail diplomatique a besoin d’îlots de neutralité absolue. Lorsque tous les ponts sont rompus, quand la logique des blocs ne produit plus que l’escalade et l’anathème, il faut bien qu’il reste un lieu sur terre où les belligérants peuvent s’asseoir autour d’une table sans craindre d’être arrêtés ou spoliés.
Souveraineté juridique et souveraineté militaire : un même combat
Cette bataille pour la neutralité s’inscrit dans un combat plus large pour la préservation de notre modèle politique. On ne peut dissocier notre indépendance militaire de notre souveraineté juridique et économique.
À cet égard, l’avertissement lancé récemment dans la presse suisse par Oswald Grübel – ancien président exécutif de Credit Suisse et d’UBS – résonne avec une force singulière :
« Être neutre et soumis simultanément à la juridiction de l’UE est impossible. La Suisse telle que nous la connaissons cesserait d’exister. »
Ce constat lucide vaut aussi bien pour la subordination institutionnelle à Bruxelles que pour l’arrimage tactique aux états-majors atlantiques. Un petit pays au cœur de l’Europe ne reste maître de son destin que si son peuple demeure le souverain ultime par la démocratie directe, et si sa législation n’est pas dictée par des cours supranationales.
L’attrait du modèle suisse : un miroir pour la France
Il faut d’ailleurs reconnaître avec lucidité que le regard français n’est pas uniquement critique ; il est aussi, chez beaucoup de vos concitoyens, empreint d’une profonde admiration. Nombreux sont les Français qui contemplent avec envie l’exception helvétique : une démocratie directe vivante où les citoyens ont le dernier mot, une paix sociale forgée par le consensus, une prospérité fondée sur le travail réel et une rigueur budgétaire sans faille.
Face à une France en proie aux doutes, confrontée au spectre de la faillite publique, aux fractures civiques et au sentiment d’une dépossession démocratique au sein d’une Union européenne devenue technocratique, centralisatrice et de plus en plus belliqueuse, la Suisse apparaît souvent comme une boussole. Beaucoup d’esprits lucides dans l’Hexagone voient dans notre gouvernance une source d’inspiration salutaire pour réinventer la souveraineté populaire et restaurer l’autorité de l’État sans sacrifier les libertés fondamentales.
Mais ce modèle admiré n’est pas un miracle spontané. Il repose sur un écosystème indivisible : la démocratie directe, le fédéralisme et la neutralité armée. Si vous retirez la neutralité de l’édifice, tout s’effondre. La Suisse deviendrait une périphérie dépendante de plus, assujettie aux injonctions d’un appareil bruxellois et entraînée malgré elle dans des aventures militaires qui ne servent ni ses citoyens, ni la concorde européenne.
Un service rendu à la paix européenne
Nos amis français s’interrogent parfois : la Suisse ne devrait-elle pas « faire bloc » avec l’Occident ?
Nous leur répondons que l’Europe n’a pas besoin d’un 28ᵉ suiveur au sein d’une politique étrangère commune souvent paralysée et alignée sur Washington. L’Europe a besoin d’une Suisse indépendante, stable, prospère et impartiale.
L’histoire nous enseigne que l’automatisme des alliances militaires a précipité le continent dans les catastrophes de 1914 et de 1939. La Suisse a échappé à ces embrasements non par chance, mais parce qu’elle n’était l’otage d’aucun traité d’assistance mutuelle.
Voter « OUI » le 27 septembre, ce n’est pas tourner le dos au monde ; c’est au contraire garantir que la Suisse continuera d’offrir au continent ce qu’elle a de plus précieux : un espace inviolable de souveraineté, de droit et de dialogue. C’est la promesse d’une Suisse fidèle à elle-même, qui refuse les bruits de bottes pour demeurer le sanctuaire de la paix.
Par Ludovic Malot, président de Souveraineté suisse
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.