Dresde. Pegida, bastion de la résistance allemande à l’immigration et à l’islamisation [interview]

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07/02/2016 – 05h00 Dresde (Breizh-info.com) – Alors que l’Allemagne doit faire face depuis des mois à un afflux sans précédent de migrants, le mouvement Pegida organise chaque lundi à Dresde, dans l’Est de l’Allemagne, une manifestation contre “l’islamisation de l’Occident”. Une manifestation  qui rassemble à chaque fois des milliers de personnes.

Depuis plus d’un an que ce mouvement a été fondé, Pegida a pris de l’ampleur : il s’est répandu dans plusieurs grandes villes allemandes tout d’abord, puis en Europe ; ce week-end du 6 et 7 février, plusieurs manifestations devaient se tenir d’ailleurs en France, en Belgique, aux Pays-Bas. Avec un mot d’ordre plus large que l’islamisation, puisque c’est aussi l’immigration qui préoccupe fortement, voir essentiellement les manifestants qui sortent dans la rue exprimer leur colère face à des dirigeants jugés bien sourds à leurs préoccupations.

En Bretagne, le préfet des Côtes d’Armor a interdit la manifestation prévue pour « risque de trouble à l’ordre public » et parce que, selon lui, « il n y a pas d’islamisation de l’Europe ». Même son de cloche à Calais, où son homologue a invoqué sans rire le trouble à l’ordre public, alors même que la « Jungle » de Calais est composée d’immigrés clandestins, illégaux, et que donc l’existence même de cette « Jungle » constitue un trouble permanent à l’ordre public.

Une équipe de TV Libertés, conduite par Lionel Baland et Nicolas de Lamberterie, s’est rendue en janvier 2016 à Dresde afin d’interroger Tatjana Festerling, figure de proue de Pegida et ancienne candidate de ce mouvement à la mairie de Dresde. Il s’agissait de mieux comprendre, de s’intéresser aux racines d’un mouvement de contestation, désormais européen, qui ne cesse de grandir et qui effraie les dirigeants d’Europe. Une peur démontrée par les interdictions de manifester en France, mais aussi par la répression en Allemagne à laquelle doivent faire face organisateurs et participants aux manifestations de Pegida.

Nous avons interrogé Nicolas de Lamberterie et Lionel Balland à leur retour d’Allemagne afin de tenter de bien comprendre la situation sur place.

Breizh-info.com : Qu’est que Pegida ? Un mouvement organisé, spontané ?

Nicolas de Lamberterie : Le nom même de PEGIDA est assez évocateur du mouvement : Patriotes Européens contre l’Islamisation de l’Occident.

Ce mouvement est né à l’automne 2014 à la suite d’affrontements entre les communautés turques et kurdes en Allemagne, en raison du conflit qui oppose de façon récurrente Turcs et Kurdes en Turquie, mais aussi de la situation chaotique pour la zone kurde en Syrie. L’État turc est souvent accusé de complaisance à l’endroit de l’État Islamique dans les zones syriennes où les Kurdes et Daesh s’affrontent.

Ces affrontements très violents ont amené à la naissance du mouvement PEGIDA sous la conduite de Lutz Bachmann, un Dresdois hauts en couleur, qui été condamné pour des braquages dans les années 90 (et a payé sa dette envers la société, puisqu’il a été en prison).

L’originalité et la marque de PEGIDA est d’organiser des manifestations tous les lundis, de façon récurrente, ce qui a fini par faire grossir les effectifs des manifestants, mais aussi par donner de l’ampleur médiatique nationale et internationale à ce mouvement.

La crise migratoire, dont la chancelière allemande Angela Merkel est l’une des causes, a très certainement contribué à maintenir la dynamique de ce mouvement, qui essaye de se développer dans toute l’Allemagne et même dans d’autres pays européens.

Breizh-info.com : Est-ce un rassemblement néo-nazi comme la presse subventionnée le décrit en France ?

Nicolas de Lamberterie :  Non. Les bannières utilisées par le mouvement, qui montrent un bonhomme jetant à la poubelle tous les symboles du totalitarisme (croix gammée des nazis, étoile rouge des communistes, drapeau de l’État Islamique) ne laisse pas de doutes.
De même, plus encore que le drapeau allemand, le drapeau le plus utilisé lors de ces manifestations n’est autre que le drapeau de la résistance patriotique anti-nazie qui a essayé d’assassiner Hitler en 1944. On peut même croiser quelques drapeaux israéliens, parmi autres drapeaux saxons, tyroliens, hongrois, ou russes.
Il suffit de se rendre à une manifestation de Dresde et observer le public pour comprendre qu’il s’agit d’honnêtes gens, et non pas d’extrémistes. Un fait au demeurant marquant : dès que la manifestation est terminée, la place du théâtre de Dresde se vide totalement en quelques minutes. Les gens ne restent pas en recherche de frictions : ils rentrent paisiblement chez eux à vaquent à leurs activités, travaux, vies de famille, etc…

Vos lecteurs pourront le vérifier par eux-mêmes : dans le documentaire, nous filmons le défilé de l’ensemble de la foule. Chacun aura donc loisir d’observer les personnes qui manifestent, les drapeaux ou symboles qu’elles arborent, etc…

Breizh-info.com : Quelle audience ces dissidents ont-ils en Allemagne ? Y’a t’il une fracture entre Allemagne de l’Est et de l’Ouest ?

Nicolas de Lamberterie :  L’audience de PEGIDA est difficile à mesurer. Elle dispose assurément de points forts : les rassemblements de masse à Dresde ou d’autres ville de l’Est de l’Allemagne ; sa présence en tête des ventes musicales de Amazon lorsque l’hymne de PEGIDA était en téléchargement sur ce site.
Cette audience pourrait-elle avoir un jour un impact électoral? Cela semble plus incertain, car il existe depuis quelques années un parti patriotique qui monte en Allemagne : l’AfD (Alternative für Deutschland – Alternative pour l’Allemagne).

La seule fois que PEGIDA a présenté une candidature électorale, c’était en juin 2015 lors de l’élection du maire de Dresde. Tatjana Festerling a obtenu 9.6% des suffrages, tandis que le candidat de l’AfD recueillait un peu moins de 5% des voix.
Toutefois, cette dynamique dresdoise serait-elle transposable sur l’ensemble du pays? Difficile à dire. PEGIDA et l’AfD trouveront-ils un accord pour faire listes communes? Ce n’est pas impossible, mais reste difficile à prédire.

La fracture Est/Ouest est béante : à l’Est (en particulier en Saxe), les manifestants se comptent par milliers, tandis que les opposants (« antifas ») sont absents ou peu nombreux.

En revanche, à l’Ouest de l’Allemagne, les manifestants ne sont souvent que quelques dizaines/centaines, alors que les opposants sont beaucoup plus nombreux. Sans la présence policière, les actes de violence et autres passages à tabac à l’encontre des manifestants  pro-PEGIDA seraient sans doute beaucoup plus nombreux.

L’impact des agressions sexuelles de Cologne pourrait toutefois être le point de départ d’une dynamique nouvelle de PEGIDA à l’Ouest de l’Allemagne.

Breizh-info.com : La présence de migrants en Allemagne est elle voyante ?

Nicolas de Lamberterie :  Oui. En dehors des camps de réfugiés où les migrants sont installés, on peut en voir nombre zoner dans les gares des grandes et moyennes villes, avec des sacs de course.

Je me demande avec quelles espérances, ou sur la base de quels mensonges ils sont venus en Allemagne. Vraisemblablement pas pour traîner des mois durant dans des camps de réfugiés où ils s’entassent, ou pour errer dans des trous perdus de l’Allemagne.
Cela n’excuse en rien le comportement criminel d’une part de ces migrants, mais il faut avoir l’honnêteté de dire que leur situation n’est pas toujours enviable.

Breizh-info.com : Le gouvernement allemand tolère-t-il Pegida? Il semblerait qu’en Allemagne aussi, les dissidents soient traqués ?

Nicolas de Lamberterie :  De façon générale, il est vrai que l’Allemagne et les pays scandinaves sont les pays les plus en pointe pour traquer l’opposition identitaire des populations autochtones.

Il est certain qu’avec l’émergence électorale de Alternative für Deutschland, PEGIDA constitue l’autre aiguille dans la botte de la chancelière Merkel.

PEGIDA fait régulièrement l’objet de tracasseries administratives pour le dépôt des manifestations. C’est l’une des raisons qui pourraient les motiver à devenir un parti politique (le dépôt des rassemblements serait plus simple). D’après un discours du leader de PEGIDA, Lutz Bachmann, ce mouvement a fait l’objet d’innombrables tentatives de déstabilisations, intimidations, infiltrations, etc…

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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3 réponses à “Dresde. Pegida, bastion de la résistance allemande à l’immigration et à l’islamisation [interview]”

  1. Antoine dit :

    A Dresde, lors de WII la ville a été rasée par les alliés et un bombardement au phosphore à 3 mois de la fin de la guerre. Un bombardement jugé non stratégique. Churchill lui-même s’est désolidarisé de l’utilité du bombardement. Les habitants ont gardé un fort ressentiment. Les ruines du Frauenkirche sont restés comme mémorial en RDA avant une reconstruction récente.

  2. […] Pegida ? ici. […]

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