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10/06/2017 – 07h15 Nantes (Breizh-Info.com) – En ce beau dimanche de la mi-mai, Damien Rio ramène sa fraise. Vraiment. Le producteur de fraises et de tomates cerises, installé à la Roche Bernard et à Plougastel, fête les dix ans de son abonnement sur le marché de Talensac. En grande pompe : staff élargi, macarons offerts aux clients et aux commerçants, pelouse dans l’allée. Le marché de Talensac reste le navire amiral des marchés de Loire-Atlantique ; certains créateurs y lancent même leurs produits. Mais tout autour comme à Talensac même, les marchés donnent l’impression de décliner. Qu’en est-il ?
A Talensac, le dimanche, tant sous la halle que sous l’auvent, il y a un monde fou. Pourtant, ce vendeur de pantalons placé à l’extérieur, sur le terre-plein, a arrêté le marché. « Je n’y fais plus rien. La dernière fois, c’était quinze euros, un dimanche. Entre le gazoil pour y aller et le prix de la place [dix euros] ça ne vaut pas la peine ». Depuis, il fait les vide-greniers et les brocantes, où ça marche mieux. Le dimanche, il y a de plus en plus de places libres sur le terre-plein : « avant on se battait pour avoir de la place, maintenant il y a des trous partout », constate désabusé un vendeur d’articles de peinture. Constat partagé par un vendeur de bijoux qui fait plusieurs marchés à Nantes : « tout ce qui est non alimentaire a très fortement décliné, à Talensac comme ailleurs. Avant, tous les marchés étaient bons. Maintenant, ce sera un sur trois ou sur quatre ».
Les habitudes de consommation ont évolué – pour le textile, il y a la vente privée sur internet qui permet d’acquérir de la qualité aux prix proches de ceux pratiqués sur les marchés, pour l’alimentaire, les supermarchés, les AMAP et autres supérettes bio. « Pourtant, on ne cesse de lancer de nouveaux marchés », constate un producteur sous l’auvent de Talensac. Après la fermeture de l’Intermarché de Malakoff, la mairie de Nantes a lancé un nouveau marché le dimanche. « Encore un ! Il y en a trois fois trop, des marchés à Nantes », estime un autre commerçant. « La plupart de ces marchés n’ont aucun intérêt – voire sont minuscules, comme celui de Sainte-Anne de Chantenay. Mais ils participent à diviser la clientèle ». Ce crêpier nuance le constat : « y en a qui se développent, comme la Marrière. On est passé de 13 commerçants réguliers à 22 en quelques années, en élargissant l’offre ».
Ces dernières années, il n’y a qu’un marché qui a été supprimé, celui du Bouffay – dont la clientèle est passée essentiellement à Talensac. « Ce marché marchait bien », se souvient un crémier qui le faisait des années durant. « Il y avait du monde, bien qu’on avait des collègues qui… fallait supplier les deux poissonniers de fermer les portes de leurs camions tellement que ça sentait fort le poisson là-dedans ». Talensac a attiré à lui la clientèle bourgeoise, tandis qu’en même temps la Petite Hollande (samedi matin) est devenue un terrible souk où on peut trouver des cosmétiques à 1€, des Corans, de la viande halal avariée ou non, mais aussi les produits de producteurs français qui continuent à venir malgré l’insécurité (mendicité agressive, vols de caisses, pickpockets etc.) car ce marché est très populeux et reste parmi les meilleurs à Nantes et son agglomération.
Attirer à soi la clientèle bourgeoise ne suffit pas : Talensac a décliné aussi. « Je faisais Talensac le mardi dans les années 1980 : il y avait beaucoup de monde », se souvient un crémier. Aujourd’hui, du lundi au jeudi, le marché est ouvert mais il n’y a presque personne sous l’auvent. « On est abonné sous la halle, donc on doit être là quatre jours par semaine », reconnaît une vendeuse, « mais le jeudi et même souvent le vendredi c’est quasi-désert, et il n’y a personne. Certes, on se rattrape le samedi et le dimanche, mais en semaine, Talensac c’est désert ».
Dans l’agglomération nantaise, d’autres marchés ont eux aussi décliné. « J’ai fait Rezé 8 mai pendant plusieurs années, j’ai arrêté : il n’y a personne. Le vendredi un peu de monde pendant une demi-heure de 11h30 à midi, ça ne vaut pas la peine », explique ce producteur des marges sud du département. « Saint-Sébastien s’est cassé la gueule en quelques années », reconnaît ce crémier pour qui les travaux du Chronobus ne font pas tout. Et comme il est prévu de déplacer le marché plus loin, on risque de perdre encore, car une partie de notre clientèle, ce sont des personnes âgées qui se déplacent difficilement, et qui n’aiment pas qu’on dérange leurs habitudes ». Un marché échappe à la sinistrose ambiante : Basse-Indre, qui est dans le top 3 des marchés populeux de l’agglomération nantaise, avec Petite-Hollande et Talensac. « C’est un marché de plaisir, un peu comme sur la côte, les gens viennent de l’agglo pour regarder la Loire, manger – il y a plein de vendeurs de plats préparés – se promener », remarque un poissonnier. La municipalité a donc pu sans crainte augmenter les tarifs des emplacement de 40% en trois ans : les commerçants y viennent toujours.
Dans l’intérieur du département, nombre de marchés battent de l’aile. « A Nort, sur le champ de foire, il y avait le textile – qui se mettait dans la rue de la Poste, les bestiaux, l’alimentaire… c’était il y a trente ans à peine. Ce qui reste fait peine à voir », déplore un habitué. Le peu de commerçants restants se serrent sur une petite partie du champ de foire, où les deux restaurants restants (sur quatre) sont pourtant blindés tous les midis. A Blain, le marché ne cesse de décliner lentement depuis le début des années 1990. A Bouvron, où il a souffert du déplacement depuis la place de l’Eglise à celle de la minoterie, plus excentrée, il n’est que l’ombre de lui-même. A Châteaubriant (mercredi matin) il semble encore assez étendu, mais ses allées sont bien souvent désertes – là encore le déclin, qui se corrèle avec celui de la ville, ancien centre industriel et agricole, est foudroyant en quelques décennies.
« C’est le cas de la quasi-totalité des marchés de l’intérieur du département », constate un fermier qui fait le déplacement jusqu’à Nantes pour vendre sa production. « A Nantes les places sont de plus en plus chères, mais ça vaut la peine si on ne fait que les grands marchés – Talensac, Petite Hollande, Américains, Zola, Basse-Indre. En gros, dans un marché d’un gros bourg rural, on va faire 100-150 euros de recette, parfois moins. A Nantes, ce sera plutôt 500-600, moins le gazoil pour y aller, moins la place, ça reste nettement plus profitable ».
Une seule exception au déclin général : la côte. « Que ça soit La Baule ou les petites communes autour – Guérande, la Turballe, le Croisic, Piriac, le bourg de Batz, Mesquer, Penestin, c’est tous des marchés qui cartonnent. Mais que l’été, à l’exception de la Turballe et de La Baule… l’hiver c’est quand même Nantes qui tient la corde », trouve ce producteur, pour lequel « on a la chance d’avoir dans le département et Nantes, et la côte ».
Un bémol cependant, et de taille : sur la côte, les places sont chères. Ainsi de La Baule, où il faut s’acquitter de 1900 € sur six mois (plus 600 € de parking, à payer même si on ne l’utilise pas) pour six mois. Pour un marché qui est luxueux par rapport aux marchés nantais, même Talensac : flambant neuf, avec parking souterrain, beaux étals, double ascenseur à chariots, toilettes, poubelles enterrées… Ici, pas de fils qui se baladent dans un désordre absolu. Ou de Pénestin : « là, le problème, ce n’est pas le prix de la place, c’est d’y accéder. Faut venir à 6 heures pour être tranquille, sinon on galère. Il m’est arrivé d’attendre une heure pour pouvoir décharger la marchandise », remarque cet autre producteur. « D’ailleurs au Pouliguen, même combat. Les rues sont étroites, y a des sens interdits partout, c’est la galère ».
Du reste, si les marchés de la côte résistent au déclin général, ce n’est pas grâce aux habitants de la côte, mais au pouvoir d’achat nettement supérieur des vacanciers, des Parisiens en week-end ou des Nantais. Un jeune qui fait le vendeur l’été sur les marchés de la côte pour payer ses études résume : « quand j’ai des Parisiens, j’ai des billets de cinquante en pagaille, quand j’ai des Nantais, ce sont des billets de 20, quand je n’ai que des locaux, ce sont des billets de cinq et des pièces de deux. Ça fait quand même une différence de pouvoir d’achat de 1 à 10, ça fait réfléchir ».
Louis Moulin
Crédit photo : breizh-info.com
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3 réponses à “Nantes. Les marchés sont-ils en déclin ?”
La Paix sociale ne peut, en principe, s’acheter, mais quand on vote pour des pervers, il ne faut plus se plaindre car tout le monde sait que pour du fric, certains sont prêts à tout, même à devenir fratricides !
quel belle ville !!!!!! la déchéance socialo dans toute sa misere! et dire quil y a encore des partisans! la mecque arrive.
c’est normal… ils vous ont tout pris ces deux là :
https://youtu.be/mTN2DrZc2Ek