Argentine. La chute de García-Mansilla, ou les faux pas d’un président trop sûr de lui

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Le drame se joue entre les ors de la Maison rose, l’Elysée argentin et ceux du sénat (où je me trouvais la semaine dernière pour un hommage aux combattants des Malouines), mais il n’en éclaire pas moins, avec une acuité troublante, les limites de l’autoritarisme mal éclairé. Javier Milei, président libertarien à la crinière tempétueuse et à la verve millénariste, vient d’enregistrer un revers cuisant dans sa tentative de remodeler la Cour suprême à sa guise. Ce revers, loin d’être un incident isolé, révèle l’ornière dans laquelle s’enfonce son gouvernement, trahi non par la faiblesse de ses idées, mais par la témérité de ses procédés.

Tout avait pourtant été mis en œuvre, dans une précipitation maladroite, pour faire entrer par la fenêtre deux nouvelles figures dans le temple judiciaire : le juge fédéral Ariel Lijo, à la réputation sulfureuse de magistrat corrompu etaccommodant aux désirs des puissants, et Manuel García-Mansilla, constitutionnaliste de renom mais nommé par décret présidentiel, procédé aussi légal qu’hasardeux. Ce dernier, déjà installé à la Cour suprême grâce à un décret — le n°137/25 — se voit aujourd’hui contraint, la mort dans l’âme, de préparer sa démission. La manœuvre présidentielle, contestée par le juge Ramos Padilla via une ordonnance de référé pour contester la légitimité des arrêts signés par Mansilla, s’est heurtée à une résistance institutionnelle que le pouvoir central n’avait pas anticipée.

Car ce n’est pas seulement le Sénat qui a dit non. C’est un pan entier de la droite parlementaire, jusqu’alors relativement accommodante avec le président, qui s’est cabré. On murmure dans les antichambres du pouvoir que Santiago Caputo, neveu d’un ex-ministre macriste et aujourd’hui éminence grise de la Maison Rosada, a sur ce point failli. L’erreur d’analyse fut double : croire que l’on pouvait marginaliser Victoria Villarruel, vice-présidente du Sénat à l’autorité tranquille mais tenace, et sous-estimer l’attachement du Parlement argentin à ses prérogatives. La tentative de passage en force fut malhabile, l’humiliation cuisante.

Et voilà que le gouvernement, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, tente en vain de rattraper la vaisselle brisée. Un recours enper saltum, procédure exceptionnelle permettant de garantir les arrêts signés par le juge récusé par le sénat, fut déposé en hâte. Trop tard. García-Mansilla n’est plus qu’un magistrat en sursis, et l’exécutif se retrouve à la merci d’une Cour qui, avec seulement trois membres désormais, recouvre paradoxalement un pouvoir accru dans l’arène institutionnelle.

Ce naufrage est d’autant plus significatif qu’il vient s’ajouter à une série de déconvenues. La Loi Omnibus, texte fourre-tout censé refonder l’État, a été vidée partiellement de sa substance. Les soutiens extérieurs s’étiolent. Le Fonds monétaire international conteste les choix de Milei sur la valeur du dollar, et les marchés, jusqu’ici indulgents, commencent à froncer les sourcils. L’image du président, hier encore comparé à un gladiateur combattant la caste, s’effrite à mesure que le réel impose ses limites.

La Casa Rosada a cru pouvoir gouverner par la rupture permanente, dans une logique de guerre tous azimuts contre l’establishment. Mais gouverner, ce n’est pas seulement tempêter. C’est aussi composer, négocier, parfois reculer pour mieux avancer. À trop vouloir rompre avec les mœurs anciennes, Milei a oublié que la démocratie, même dans sa forme la plus rugueuse, repose sur l’art du compromis. Le chef de l’État s’était pris à rêver d’une refondation brutale du pays ; il lui faut désormais, plus prosaïquement, rafistoler les coutures du présent.

À Paris, on se souvient du général Boulanger, idole des foules devenu fugitif sans lendemain. L’histoire, capricieuse et cruelle, aime les comparaisons. Milei, qui voulait rendre à l’Argentine sa grandeur passée, ferait bien de méditer sur la fragilité des victoires sans alliés et sur le prix, toujours élevé, de l’hybris.

Par Balbino Katz

Crédit photo : DR

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2 réponses à “Argentine. La chute de García-Mansilla, ou les faux pas d’un président trop sûr de lui”

  1. François Arondel dit :

    Non seulement cet olibrius utilise des méthodes inacceptables mais ses idées sont fausses. Le libertarianisme, ce libéralisme intégriste, repose sur une idée absurde : l’individualisme. Cette vieille idée est fausse parce que, comme nous l’ont appris les éthologistes, les biologistes, les psychologues, les anthropologues….l’être humain est fondamentalement un être social. Le libertarianisme est une très vieille idée du XVIIe siècle théorisée par de probables psychopathes (ces derniers sont de parfaits égoïstes, dénués de tout attachement, incapables d’empathie, narcissiques, sociopathes). Aristote déjà avait compris que l’homme est un animal social et la socialité signifie non pas lutte universelle des individus entre eux mais, au contraire, coopération, entraide et partage au sein des communautés humaines. Bref, le libertarianisme est une idéologie débile.

  2. Raymond Neveu dit :

    Si je comprends bien point n’est besoin d’aller en Argentine pour trouver un libertarien complètement narcissique incapable d’empathie de surcroît dopé « a very dangerous psychopath » incontrôlable!

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