La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : La conjuration de Trogadek

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Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.

Depuis que Trogadek est mort, aux alentours rien ne dure.

Seul un jeune prêtre du Léon a eu la hardiesse de le venir conjurer, en apportant avec lui son étole.

Le jeune prêtre demandait à Trogadek, en le conjurant :

— Dites moi, Trogadek, combien y a t-il de temps que vous êtes décédé ?

— Oh ! il y a sept ans passés, et plus, depuis que je suis en enfer archi-rôti.

— Vous faites mensonge, Trogadek. Car, il n’y a pas sept jours passés que votre veuve est en deuil et, nuit et jour, verse des larmes. Dites-moi, Trogadek, qu’est-ce qui est cause que vous êtes damné ?

— J’ai été marchand-mercier. Je voudrais bien ne l’avoir jamais été. Quand les chalands me demandaient de leur couper trois aunes d’étoffe, je leur en servais une aune et demie, et je touchais le prix de trois.

Allez chez moi, dites à ma femme de distribuer mes biens mal acquis ; dites-lui de donner aux pauvres tous les biens que je possède en sec et en vert. Si elle ne le fait, en enfer sa place est marquée.

II

Le jeune prêtre disait à la baronne[211] en la saluant :

— Par votre mari, il vous est recommandé de distribuer vos biens mal acquis, de les donner aux pauvres en sec et en vert, sinon votre place en enfer est marquée.

— Tout ce qui est entre Brest et Lesneven, je l’ai acheté avec ce que m’a rapporté mon aune. Cela n’est rien, mais j’ai une maison neuve en Bretagne, la plus jolie qui se puisse voir. Pourvu qu’on me laisse ma maison neuve, j’abandonne à Dieu son paradis.

III

Or, peu de temps après cela, la baronne dut s’aliter. Le neuvième jour, elle décéda.

La baronne disait, au moment où elle tombait dans le puits de l’enfer :

— Si j’avais obéi à bon conseil, ce n’est point ici que l’on m’eût trouvée. Je voudrais voir le faîte de ma maison neuve écrasé sur le foyer, et que mon âme fût pardonnée. Je voudrais ma maison neuve rasée et que mon âme fût en bon état. Au moins mon anaon eût été sauvé, tandis que maintenant, mon mari et moi, nous sommes damnés tous deux[212].

(Chanté par Anna Drulot. — Pédernec, 1887.)
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