Guerre en Iran. Frappes au Qatar : le prix du gaz flambe, 8 millions de Français dans le viseur et abandonnés par l’Etat

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Les missiles iraniens tombés sur le complexe gazier de Ras Laffan, au Qatar, ont suffi à faire bondir de 35% le prix de gros du gaz en Europe en une matinée, avant un léger reflux. Derrière cette nouvelle secousse géopolitique, c’est toute la stratégie énergétique européenne – déjà fragilisée par la rupture avec la Russie – qui vacille, tandis que le gouvernement français prévient que 8 millions de foyers verront leur facture de gaz augmenter.

Ras Laffan frappé : un maillon clé du marché mondial

Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’Iran a de nouveau ciblé des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient, frappant notamment Ras Laffan Industrial City, au Qatar, plus grand site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde. Dès l’ouverture des marchés, le contrat TTF néerlandais, référence européenne, a bondi jusqu’à +35% avant de se stabiliser autour de +14%, aux environs de 62 euros le MWh, un niveau inédit depuis près de trois ans.

Le choc n’est pas anodin : le Qatar dispose de 14 « trains » de liquéfaction pour une capacité de 77 millions de tonnes de GNL par an, soit environ 20% du commerce mondial. Selon le PDG de QatarEnergy, deux de ces unités et une installation de gaz-to-liquids ont été mises hors service, ce qui représente 17% de la capacité d’exportation de GNL du pays, potentiellement indisponible pendant trois à cinq ans. En volume, cela équivaut à 12,8 millions de tonnes par an retirées du marché, et un manque à gagner estimé à 20 milliards de dollars par an pour Doha.

Europe : peu de GNL qatari, mais une dépendance au GNL structurelle

Paradoxalement, l’Union européenne importe relativement peu de GNL qatari : à peine 3,8% de ses importations totales de gaz. L’essentiel arrive toujours par gazoducs (environ 60%), notamment depuis la Norvège et l’Algérie, et le reste par bateau, sous forme de GNL. Sur ce GNL, la plus grosse part vient des États-Unis, qui représentent environ 24% des importations européennes de gaz.

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Pourquoi, alors, une telle nervosité ? Parce que la fermeture partielle du robinet qatari bouleverse l’équilibre global, et met en concurrence frontale Europe et Asie pour les mêmes cargaisons. Les contrats américains de GNL sont en grande partie vendus « free on board » : une fois le méthanier parti, l’acheteur peut changer la destination en cours de route pour profiter du meilleur prix. On a déjà vu des navires dériver en pleine traversée pour abandonner l’Europe et filer vers l’Asie lorsque les tarifs y étaient plus attractifs. Des observateurs signalent déjà des cargos initialement attendus sur le Vieux Continent qui mettent cap sur la Chine.

L’Asie, dont 27% des importations de GNL transitent par le détroit d’Ormuz, voit son approvisionnement électrique menacé, tandis que l’Europe, qui utilise le gaz principalement pour le chauffage résidentiel et certains usages industriels, aborde la fin de l’hiver avec des stocks descendus sous les 30%. « Si l’Union européenne ne commence pas à reconstituer ses réserves, elle risque de manquer de gaz l’hiver prochain », avertit Phuc-Vinh Nguyen, de l’Institut Jacques Delors.

Italie, Allemagne, industrie : les maillons faibles

Tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne. L’Italie tire près de 38% de son énergie totale du gaz, ce qui la rend particulièrement vulnérable aux chocs de prix. L’Allemagne, premier consommateur de gaz du continent, dépend moins du gaz dans son mix (environ un quart en 2024), mais son industrie pèse 23% de son PIB : chaque hausse de prix frappe de plein fouet chimie, sidérurgie, verre, automobile.

Les industriels les plus exposés sont :

  • Les chimistes et producteurs d’engrais, pour qui le gaz est à la fois matière première et source d’énergie.
  • Les verriers et autres secteurs à hauts fourneaux, qui ont besoin de températures élevées en continu et ne peuvent pas, à court terme, basculer sur l’électricité ou l’hydrogène.

L’expert Phuc-Vinh Nguyen prophétise une « destruction massive de la demande de gaz » : d’un côté des entreprises qui réduiront ou délocaliseront leur production, de l’autre des autorités tentées par de nouvelles mesures de sobriété imposée (limites de chauffage, campagnes de réduction de consommation) comme en 2022.

En France : 8 millions de foyers concernés, mais pas de baisse de taxes

Côté français, la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a reconnu que 8 millions de Français, soit la moitié des 16 millions de personnes se chauffant au gaz, « peuvent s’attendre à des hausses » de facture dans les prochains mois. L’autre moitié bénéficie de tarifs bloqués ou de contrats à prix fixes.

La ministre insiste sur le fait que « ça n’a rien à voir avec 2022 », rappelant que :

  • Le parc nucléaire fonctionne cette fois à pleine capacité, ce qui limite l’impact de la flambée du gaz sur les prix de l’électricité.
  • La demande de chauffage baisse avec l’arrivée du printemps, ce qui amortit partiellement le choc.

Mais sur le fond, le message est clair : pour les abonnés indexés sur les prix de marché, la facture va grimper. Les fournisseurs de gaz expliquent que les contrats de GNL restent durablement plus coûteux que les anciens contrats de gaz russe par pipeline, et que la nouvelle tension au Moyen-Orient renchérit encore la note.

Interrogée sur une éventuelle baisse des taxes pour soulager les ménages, Maud Bregeon a fermé la porte : « Aucune baisse des taxes n’est envisagée pour le moment », tout en reconnaissant que le gouvernement n’avait pas anticipé cette remontée des prix et en faisant son « mea culpa ». Le dogme budgétaire – tenir un déficit à 5% du PIB – passe avant le pouvoir d’achat énergétique.

L’abandon des Français est un scandale. Un de plus.

Vers un hiver 2026 sous haute tension

Pour l’heure, Paris, Berlin, Rome, La Haye, Londres, Tokyo et d’autres capitales affirment vouloir « stabiliser les marchés » et garantir un passage sûr par le détroit d’Ormuz. Dans la pratique, les pistes sont limitées :

  • Augmenter encore les exportations américaines de GNL.
  • Réorienter une partie de la production australienne vers le Japon.
  • Revenir au charbon en Asie pour sécuriser la production électrique.
  • Accélérer, enfin, certains projets renouvelables en attente de raccordement.

Rien qui règle, à court terme, la question centrale : comment un continent qui a choisi de se couper du gaz russe, tout en sabotant méthodiquement son industrie nucléaire et en faisant dépendre sa compétitivité d’un gaz mondial volatile, peut-il affronter sereinement une crise de plus au Moyen-Orient ? Est ce que des dirigeants iront un jour enfin en prison pour crime contre leur peuple ?

Derrière les promesses rassurantes de Bercy, les 8 millions de foyers français chauffés au gaz hors tarifs protégés s’apprêtent, eux, à faire les frais très concrets de cette nouvelle géopolitique de l’impuissance.

Crédit photo : DR

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4 réponses à “Guerre en Iran. Frappes au Qatar : le prix du gaz flambe, 8 millions de Français dans le viseur et abandonnés par l’Etat”

  1. vert dit :

    Il va falloir renouveler le contrat avec les russes .
    A terme cela va etre la solution qui s’imposera

  2. Yvette Mme Prétet dit :

    Nous subissons les inconvénients de cette guerre avec l’Iran…mais cette guerre était inévitable car le régime des mollahs était dangereux pour tout le monde….Récemment, jeudi 19 mars, à Téhéran, un opposant au régime a été torturé et pendu: il s’agit de Salah Mohammed,19 ans, champion de lutte!…Que fallait-il faire pour aider le peuple iranien à se débarrasser de ces mollahs criminels?…

  3. guillemot dit :

     » Nous allons provoquer l’effondrement de la Russie » par son blocus a dit le grand politologue et fin analyste politique Bruno Lemaire.On a vu et on voit le résultat tous les jours.Il serait peut être temps de revoir la copie et de reprendre nos approvisionnements russes en gaz et pétrole d’autant que le gaz « chinois » que nous achetons est du gaz russe maquillé , et ce, pour le plus grand enrichissement des intermédiaires et l’accroissement de la pauvreté pour le petit peuple

  4. Dédou dit :

    Les solutions existent mais avec les incapables et les vendus qui nous dirigent ça paraît difficile….quand EDF a augmenté de 40 % nos tarifs ( merci Hollande et Macron ) que s’est-il passé ? Rien ! A part des petites boîtes et boulangeries qui ont fermé….Les barbus sont encore présents et c’est bien là le problème…

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