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La récente démission de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme américain, qu’il a voulu fracassante pour marquer le caractère insensé de l’entrée en guerre de son pays avec l’Iran, est venue nous rappeler que des hommes sont prêts à compromettre leur carrière pour le bien. Quand la folie guerrière s’empare des gouvernants, des actes individuels peuvent sauver le monde. Comme lorsque l’officier soviétique Vassili Arkhipov a refusé d’appuyer sur un bouton qui aurait déclenché une guerre nucléaire entre les États-Unis et l’URSS. Saluons cet homme dont le nom a été trop vite oublié.
Vassili Archipov est né le 30 janvier 1926 dans une famille de paysans de Staraïa Kupavna, à une trentaine de kilomètres de Moscou. Il fait ses études à l’école navale du Haut-Pacifique. Encore adolescent, il participe à la guerre soviéto-japonaise en août 1945, servant à bord d’un dragueur de mines. Il rejoint ensuite l’école navale supérieure de la Caspienne où il se diplôme en 1947. Il sert ensuite dans les flottes sous-marines de la mer Noire, de la mer du Nord et de la mer Baltique.
Sauvé par la Providence ?
Le fait est qu’Arkhipov, quelques années plus tard, aurait dû mourir.
En 1961, il se trouvait à bord du tout premier sous-marin à propulsion nucléaire de l’Union soviétique équipé de missiles balistiques de classe K-19 en tant qu’officier exécutif. Très vite, le navire développe une grave fuite qui conduit à la défaillance complète du système de refroidissement. Le capitaine Nikolaï Zateev ordonne alors aux sept membres d’ingénierie de l’équipage d’élaborer une solution pour éviter la fusion du noyau du réacteur. Ils y parviennent, mais ont été exposés à des niveaux trop élevés de radiation pendant trop de temps. S’ils ont pu éviter l’accident, cela entraînera leur mort quelques mois après. Tout l’équipage est irradié. Au cours des deux années suivantes, quinze autres marins sont morts à la suite de l’ionisation. Archipov survit.
Le 27 octobre 1962
Lors de la crise des missiles de Cuba, qui constitue l’un des moments les plus critiques de la guerre froide, menaçant d’entraîner le monde dans une guerre nucléaire, Arkhipov est commandant de flottille à bord du sous-marin soviétique B-59. Celui-ci est encerclé par 11 navires américains et soumis à des charges de profondeur (grenades anti-sous-marines) pour l’obliger à remonter.
À bord, c’est la panique. L’équipage, coupé de tout contact avec Moscou depuis des jours, souffre de chaleur extrême (jusqu’à 49°C) et d’un manque d’oxygène. La ventilation est défaillante et les réserves d’énergie épuisées. Plusieurs marins s’évanouissent.
Tous pensent que la guerre a peut-être déjà commencé. Le capitaine Valentin Savitsky est convaincu d’être attaqué. Il ordonne le lancement d’une torpille nucléaire, une arme secrète dont les Américains ignorent la présence, contre le porte-avions américain USS Randolph. Il a entre ses mains la première des deux clefs pour l’activation de la torpille. L’autre est détenue par le commissaire politique Semonovich Maslennikov qui approuve le lancement. Mais malgré la pression, Vassili Arkhipov, dont le consentement est requis en tant que chef de flottille, s’interpose. Il refuse d’armer la bombe nucléaire au cœur de la torpille qui aurait certes détruit le navire ennemi, mais aurait représenté la première pierre nucléaire lancée de la guerre froide.
Calme et ferme, il tient bon et empêche l’escalade. Le sous-marin refait surface, le pire a été évité. Dans ce moment critique qui aurait pu sceller le destin de l’humanité, le discernement et la sagesse de Vassili Arkhipov ont été décisifs.
En reparlant de cette journée du 27 octobre 1962, qui a vu plusieurs autres incidents graves se produire entre les deux camps ennemis, Arthur M. Schlesinger Jr., conseiller de l’administration Kennedy et historien, déclarera : « Ce n’était pas seulement le moment le plus dangereux de la guerre froide. C’était le moment le plus dangereux de l’histoire humaine. »
Suite et postérité
Quant à Vassili Arkhipov, malgré quelques déboires avec sa hiérarchie, il poursuivra sa carrière sans sanctions, continuant à servir dans la marine soviétique. Il deviendra commandant de flottille, puis contre-amiral en 1975 et vice-amiral en 1981. Il décédera le 19 août 1998 des suites d’un cancer du rein, probablement dû aux radiations auxquelles il a été exposé en 1961.
Arkhipov, héros méconnu, n’a jamais été récompensé par l’Union soviétique pour son acte. Quoi de plus normal lorsque l’on est militaire et qu’on frôle la désobéissance ? L’incident est donc resté secret pendant plusieurs décennies et ce n’est qu’en 2002 que Thomas Blanton, directeur de la National Security Archive, lui rend les honneurs qu’il mérite, déclarant publiquement ‘‘La leçon de tout cela, est qu’un gars appelé Vasili Arkhipov a sauvé le monde’‘.
Un monde actuel qui aurait grand besoin d’autres Vasili Arkhipov et d’autres Joe Kent…
Audrey D’Aguanno
Source : The Soviet Cuban Missile Crisis: Castro, Mikoyan, Kennedy, Khrushchev, and the Missiles of November, Svetlana Savranskaya and Sergo Mikoyan, Stanford Univ Press, 2014
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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Une réponse à “Quand la folie guerrière s’empare du monde, des individus ont su nous éviter le pire : Vassili Arkhipov”
Un de ces héros inconnus… comme ces 4 commandants de colonnes infernales dont les nous sont inconnus qui refusèrent de faire mouvement! Héros inconnus sans doute héritiers de l’antique armée royale ou tout simplement humains!