En Allemagne, la question de la souveraineté numérique prend une tournure de plus en plus concrète. Les administrations publiques, qu’elles soient fédérales ou régionales, utilisent encore massivement des logiciels conçus et hébergés par des entreprises américaines comme Microsoft ou Amazon.
Ce choix n’est pas sans conséquences. Depuis l’adoption du CLOUD Act en 2018 sous la présidence de Donald Trump, les autorités américaines peuvent, en théorie, accéder à des données hébergées par des entreprises américaines, même lorsque ces données concernent des citoyens ou des institutions étrangères.
Autrement dit, une partie des données publiques allemandes pourrait être accessible depuis Washington, y compris si elles sont stockées sur le sol européen, dès lors qu’elles transitent par des infrastructures appartenant à des groupes américains.
ZenDis et openDesk : une réponse allemande
Face à ce constat, l’Allemagne a décidé de réagir. En 2022, le gouvernement a créé le ZenDiS, un organisme dédié à la reconquête de l’indépendance numérique des administrations.
Sa principale initiative repose sur une solution baptisée openDesk, une suite bureautique complète pensée comme alternative aux outils américains. L’objectif est clair : proposer un environnement de travail sécurisé, dont le code est ouvert, et qui ne dépend pas d’acteurs étrangers.
Plutôt que de développer un logiciel de zéro, les équipes de ZenDis ont assemblé différentes solutions européennes existantes pour créer une interface cohérente et opérationnelle. Le projet a rapidement pris de l’ampleur : plus de 160 000 licences ont déjà été distribuées, pour un chiffre d’affaires dépassant les 18 millions d’euros.
Le risque d’un levier politique américain
Au-delà de la simple question technique, les autorités allemandes pointent un risque politique. Si les États-Unis disposent d’un accès potentiel aux données, ils pourraient aussi, en cas de tensions, exercer une pression directe sur les infrastructures numériques.
Un scénario est régulièrement évoqué : celui d’une interruption des mises à jour logicielles, notamment en matière de sécurité. Une telle décision pourrait fragiliser l’ensemble du fonctionnement administratif, des collectivités locales jusqu’au sommet de l’État.
Des cas récents illustrent déjà cette dépendance. Certains magistrats de la Cour pénale internationale, dont le Français Nicolas Guillou, ont vu leurs comptes suspendus sur des plateformes américaines après avoir été visés par des sanctions. Une situation qui montre que des décisions politiques peuvent avoir des répercussions immédiates sur des services numériques utilisés au quotidien.
Une réflexion qui dépasse le secteur public
Si l’initiative vient du secteur public, elle intéresse désormais les entreprises privées, notamment dans la finance et les télécommunications. La question de la dépendance technologique ne concerne plus seulement les États, mais l’ensemble de l’économie.
Dans le même temps, certaines grandes entreprises européennes continuent de nouer des partenariats avec les géants américains, notamment dans le cloud et l’intelligence artificielle. Ces choix stratégiques alimentent un débat croissant sur les risques associés à l’externalisation des données.
Pour les responsables du projet openDesk, la conclusion s’impose progressivement : la souveraineté numérique n’est plus un concept théorique, mais une nécessité stratégique. Dans un contexte international de plus en plus tendu, la maîtrise des infrastructures numériques apparaît désormais comme un enjeu de puissance, au même titre que l’énergie ou la défense.
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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