Alors que 20% du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, Washington se désengage brutalement en renvoyant l’Europe à ses responsabilités. Alexandre Muns, professeur à l’EAE Business School et ancien conseiller de la Banque mondiale, analyse pour The European Conservative les contradictions d’une crise qui révèle l’impuissance stratégique du Vieux Continent.
Le détroit d’Ormuz, corridor maritime de à peine 24 kilomètres de large, cristallise toutes les contradictions de la politique américaine au Moyen-Orient. Pendant des semaines, Washington a martelé que la réouverture de ce passage stratégique devait être garantie militairement. Puis Donald Trump a lâché une bombe : si l’Europe s’inquiète, qu’elle s’occupe elle-même de maintenir le passage ouvert.
Une guerre asymétrique qui change la donne
« Les États-Unis et Israël ont gravement endommagé les capacités militaires de l’Iran, mais Téhéran conserve la capacité de perturber le trafic maritime et de faire grimper les prix de l’énergie avec des moyens bien moins coûteux : drones, mines, missiles côtiers ou simples attaques de harcèlement », explique Alexandre Muns.
Le résultat ? Une crise dans laquelle personne ne veut intervenir militairement, mais dont tout le monde subit les conséquences. Le Brent a bondi de plus de 50% depuis le début de l’opération militaire du 28 février, le West Texas Intermediate de plus de 40%. Les deux ont dépassé les 100 dollars le baril.
Le piège du détroit
Normalement, environ 138 navires franchissent quotidiennement le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, seuls huit y parviennent. « L’Iran n’a pas besoin d’une grande marine pour perturber le trafic. Des mines, des vedettes rapides, de l’artillerie côtière, des missiles et des drones suffisent », souligne Muns.
La guerre asymétrique joue en faveur de Téhéran : « Un drone iranien peut coûter entre 30 000 et 50 000 dollars. L’abattre avec des systèmes Aegis ou des batteries Patriot coûte des millions. C’est là que Trump et son équipe ont, je pense, mal calculé. »
Trump pris à son propre piège
Le président américain avait promis une opération limitée, sans troupes au sol. « Le problème, c’est que sans troupes on ne peut pas garantir pleinement la réouverture du détroit. Et Trump sait que s’il envoie des Marines occuper des îles ou sécuriser le passage, il perd le soutien d’une partie importante de sa base électorale », analyse l’expert.
Les sondages montrent que les électeurs républicains ont soutenu l’action contre l’Iran, mais ne veulent pas de « boots on the ground » – pas d’un nouvel Iraq ou Afghanistan. Trump s’est enfermé dans sa propre rhétorique.
Pas de choc pétrolier des années 70
Pour autant, Alexandre Muns ne croit pas à une crise comparable à celle des années 1970 : « Mon impression est que Trump cherche une sortie rapide. Il a déjà laissé entendre que les États-Unis pourraient se retirer de l’opération même si Ormuz n’est pas complètement rouvert. »
Une fois les bombardements arrêtés, l’Iran aura intérêt à normaliser la situation. « 90% du pétrole iranien va en Chine. L’Iran n’a pas non plus intérêt à garder Ormuz fermé pendant des mois. La Chine a besoin de ce pétrole, et Téhéran a besoin de le vendre. C’est pourquoi je crois que d’ici deux ou trois semaines la situation pourrait commencer à se normaliser. »
Un objectif stratégique flou
Au-delà du pétrole, l’objectif de cette guerre reste obscur. « Je pense que Trump croyait pouvoir répéter en Iran quelque chose de similaire à ce qu’il a tenté de faire au Venezuela : provoquer un changement politique rapide puis ouvrir le pays aux accords énergétiques et d’investissement », estime Muns.
Mais l’Iran n’est pas le Venezuela. Avec 90 millions d’habitants, un vaste territoire, les Gardiens de la Révolution et une structure de pouvoir bien plus solide, un changement de régime était impossible sans invasion terrestre. Et cela n’a jamais vraiment été sur la table.
Reste un bénéfice collatéral pour Washington : les pays du Golfe se sont considérablement rapprochés contre l’Iran. « L’Arabie saoudite, les Émirats, Bahreïn et le Koweït étaient divisés il n’y a pas si longtemps. Maintenant ils coordonnent leurs actions et s’éloignent de Téhéran. Il est même possible que l’Arabie saoudite et le Qatar normalisent éventuellement leurs relations avec Israël dans les années à venir. »
L’Europe, acteur prudent mais impuissant
Et l’Europe dans tout ça ? « L’Europe apparaît comme un acteur prudent mais aussi comme un acteur non pertinent. Elle a décidé que ce n’était pas sa guerre, et elle a probablement eu raison. Mais cela ne change rien au fait qu’elle dépend de ce que Washington décide et de ce que l’Iran fait. »
L’Agence internationale de l’énergie a annoncé la libération de 400 millions de barils de ses réserves. Les États-Unis ajouteront 172 millions de barils sur le marché. Mais ni l’Europe ni l’Asie n’enverront d’actifs militaires pour escorter les pétroliers. Personne ne veut être entraîné dans une guerre ouverte avec l’Iran.
La question de l’autonomie stratégique
Pour Alexandre Muns, la conclusion est sans appel : « Les États-Unis attendent le soutien européen quand il faut supporter les coûts, mais l’Europe n’est plus disposée à suivre automatiquement Washington dans des guerres qu’elle considère comme étrangères ou contre-productives. »
D’où une question encore plus urgente que la fermeture d’Ormuz elle-même : « Si l’Europe ne veut pas prendre part aux guerres américaines mais ne peut pas non plus protéger ses propres routes énergétiques, quelle autonomie réelle possède-t-elle vraiment ? »
Une interrogation qui résonne douloureusement après des décennies de discours sur l’autonomie stratégique européenne, toujours proclamée, jamais réalisée. Une fois de plus, le Vieux Continent découvre qu’il « ne décide pas de la guerre, mais paie toujours la facture »
Photo d’illustration : DR
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11 réponses à “Détroit d’Ormuz : « L’Europe ne décide pas de la guerre, mais elle en paie la facture »”
Tant que le projet de « grand Israël » n’aura pas été abandonné la situation ne se « normalisera » pas…
Dire que le Vieux Continent paie « LA » facture est excessif. Dites plutôt qu’il supporte une partie des coûts collatéraux de la guerre. La facture la plus élevée est payée par l’Iran sous forme de morts et de destructions. Les Etats-Unis et Israël supportent l’essentiel du coût des opérations. La France en supporte secondairement un montant bien moindre, du fait des moyens qu’elle mobilise dans le cadre de traités défensifs avec des Etats du Golfe. Restent les effets induits sous forme d’une hausse soudaine des prix du pétrole en raison de la réduction des quantités disponible. Mais le marché est mondial et cette « facture » est répartie dans le monde entier sur les pays consommateurs.
Les pays européens sont concernés par ces Voyous islamistes qui ferment le détroit et mettent l’économie mondiale à genoux. Si ces salopards avaient eu l’arme atomique ils s’en seraient servie: une bête acculée est prête à tout, à tout faire péter avant de rejoindre le Paradis d’Allah et ses vierges.
Les pays d’Europe auraient du intervenir au lieu de parler, de regarder les USA faire le boulot pour eux et d’invoquer le Droit international. Le Droit International ? Y a t-il un Droit International pour des terroristes ? Discute t-on avec des terroristes ? Non, les terroristes on les combat et Trump a raison. Espérons qu’il arrivera à détruire ce régime d’assassins qui a fait des milliers de morts dans la population et qui continue son oeuvre criminelle. Les pays d’Europe, « couilles molles » regardent l’Histoire se dérouler. Auraient-ils oublié que sans l’intervention des USA en 1945, nous serions aujourd’hui sous la botte allemande ?
Jean-Philippe, retraité de l’Armée de Terre et prêt à reprendre du service gratuitement là où c’est nécessaire.
Fred, « normaliser » c’est engager la destruction d’Israël, le sionisme est le garant de sa pérennité
Jean-Philippe c’est un Brave comme disait l’Empereur. Israël au cas d’espèce nous protège contre les fous de la religion du taré de Médine.
L Iran est sous sanctions depuis 40 ans! Ils nous ont fait quoi les Iraniens? Ils ont du pétrole et ne veulent pas le donner aux USA à leurs conditions. Ils ont un pays et ne le donneront pas à Israël au nom d un droit divin d il y a 5000 ans. Et ils se sont prepares à la lutte finale.Nabuchodonosor avait vaincu le royaume de Judee démoli le temple de Jérusalem et emmené toutes les elites juives en esclavage à Babylone…an 600 avant Jésus Christ
jean PHILLIPE A RAISON mais de plus les >USA sont venus pour détruire et les installations nucléaires et les sites militaires mais le Nucléaire était prioritaire depuis 40 ans qu’ils s ‘en occupent et le développe les Mollah .Pas pour le détroit qui n’était ni ne devrait être contrôlé par les Mollah
Aussi lorsqu’il nous demande de survoler nos territoire et nos aéroports en particulier et que nos technocrates répondent NON il nous dit alors de s’occuper du détroit assez normal et logique non!!
Fred ,il vaut mieux « Le grand Israel« ,(Vous être vraiment hors sol vous!),que la barbarie de l`Islam!
Cher Jean-Philippe, je trouve votre vision bien manichéenne !
l’Iran est un grand pays où les femmes peuvent faire de brillantes études.
Le vieil occident n’a cependant jamais accepté que ce pays puisse s’enrichir avec son pétrole ni jouer un rôle important dans les relations internationales.
Ah oui ! un pays où les femmes sont violées et pendues si elles refusent la soumission. Demandez à mes amis (et amies) iraniens réfugiés en France, ce qu’ils en pensent. Ils vous diront que 85% de la population n’attend que la chute du régime et espère que Trump en viendra à bout. En Europe, on condamne les crimes des Mollah mais avec prudence car il ne faut pas les vexer, on regarde, on parle et on n’agit pas. Des mots, rien que des mots, des « couilles molles »…
Les fous furieux, gardiens de la Révolution, tiennent le pays par la terreur et tirent sur la foule : 35.000 morts lors des dernières manifestations. Ils tirent sur hommes, femmes et enfants sans distinction.
Oui l’IRAN est un grand pays avec des gens intelligents qui rêvent de se débarrasser de ces salopards qui massacrent la population. La population n’attend que ça et espère que Trump fera le TRAVAIL !
Ensuite il appartiendra à un Iran démocratique et libre de décider de son destin. D’ailleurs le détroit d’Ormuz n’appartient pas à l’Iran pas plus que le détroit de Gibraltar n’appartient à l’Espagne ou au Maroc. C’est votre vision qui est à côté de vos pompes et ne parlez pas de Droit International. Comme déjà dit, le Droit International ne peut être invoqué quand il s’agit d’un Etat terroriste qui est le bras armé de tous les Djihadistes de la Planète afin de mettre tout l’Occident des infidèles à genoux. Vous pouvez mettre autant de pouces vers le bas que vous voulez, jamais je n’accepterai qu’un état terroriste fasse la loi dans le monde.
Courage à Trump et à Israël abandonnés par un Occident pétochard. Un occident qui a oublié que les USA on laissé des milliers de morts sur les plages du débarquement !
Creof tu demandes : « Ils nous ont fait quoi les iraniens ? ».
Le peuple iranien rien du tout, il n’a rien fait du tout le peuple iranien. Il demande seulement que l’on vienne le libérer des fous de Dieu. Ce sont les salopards de Mollahs et les gardiens de la Révolution qui massacrent la population. Israël ne veut pas s’emparer de l’Iran, Israël veut se protéger de ces malades qui ont inscrit dans leur constitution la destruction du peuple juif. C’est pourquoi Israël veut faire chuter ce régime de détraqués, bras armé du terrorisme mondial. Tu n’a vraiment rien compris au problème : pour Israël, le problème ce n’est pas l’Iran en tant qu’Etat car l’Iran a le droit d’exister, le problème c’est les fous furieux qui dirigent ce pays.
Les Européens devraient intervenir pour faire tomber ce régime. Tant qu’il existera et que l’Iran ne sera pas une Démocratie, l’existence même d’Israël sera menacée. Et celle de tous les pays du Golfe et même de l’Occident si ces malades ont l’arme nucléaire. Ils pourront alors faire un vrai chantage à l’international et rayer Israël de la carte.
Jean-Philippe, ancien du 3eme Bataillon du Génie de l’Armée de Terre