Bretagne : une étude de l’UBO et de l’Ifremer révèle le rôle capital des coraux, mangroves et herbiers pour la biodiversité marine

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Les forêts ont leurs équivalents sous-marins — et ils sont en danger. Une étude publiée dans la revue scientifique Biological Reviews, portée conjointement par l’Ifremer et l’Université de Bretagne Occidentale (UBO), vient de quantifier pour la toute première fois à l’échelle mondiale l’apport des espèces dites « fondatrices » pour la biodiversité côtière. Le résultat est sans appel : les fonds marins structurés par ces espèces accueillent en moyenne 72 % de biodiversité de plus que les simples fonds sableux ou rocheux.

Des architectes du vivant sous-marin

Les espèces fondatrices marines — coraux, mangroves, herbiers, laminaires, éponges, hermelles — sont ce que les haies bocagères et les forêts sont aux paysages terrestres : des architectes d’habitats, des créateurs de microclimats, des refuges et des garde-manger pour d’innombrables autres espèces. Par leur structure tridimensionnelle, leur volume et leurs propriétés biologiques, elles rendent possible la vie d’une multitude d’organismes qui, sans elles, n’auraient nulle part où s’installer.

Les forêts de laminaires, par exemple, offrent des surfaces d’attache aux balanes, anémones, éponges et vers tubicoles. Les herbiers oxygènent les sédiments grâce à leurs racines, limitant les risques d’anoxie — cette chute du taux d’oxygène dans l’eau qui peut asphyxier les fonds marins. Les coraux construisent des récifs entiers qui abritent une fraction considérable de la biodiversité marine mondiale.

Pour parvenir à cette quantification inédite, les chercheurs ont passé en revue 308 articles scientifiques internationaux, identifiant 26 catégories de caractéristiques propres à chaque type d’espèce fondatrice. Ce catalogue détaillé constitue un outil précieux : il permet de comprendre comment chaque espèce, avec sa morphologie et ses propriétés spécifiques, favorise la vie autour d’elle de manière unique et irremplaçable.

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Une disparition silencieuse aux conséquences en cascade

Cette quantification arrive à un moment critique. Au fil du dernier siècle, les espèces fondatrices marines ont connu un déclin généralisé, aussi bien en quantité qu’en diversité de structure. Et ce déclin entraîne mécaniquement l’effondrement de toute la biodiversité qui en dépend.

Les chiffres sont préoccupants : en 2025, 44 % des espèces de coraux constructeurs de récifs et 50 % des écosystèmes de mangrove figuraient déjà sur la liste rouge mondiale de l’UICN. Lorsque ces habitats disparaissent, les paysages sous-marins s’homogénéisent, les fonctions écologiques s’effondrent et les espèces invasives prolifèrent dans le vide laissé.

Thomas Benoit, premier auteur de l’étude — réalisée dans le cadre de son doctorat à l’Ifremer — résume l’enjeu : « Les milieux côtiers restent mal connus et vulnérables. Notre synthèse démontre le rôle clé des espèces fondatrices dans le maintien de la biodiversité côtière mondiale. Face aux pressions humaines qui dégradent ces paysages, la compréhension fine de l’apport de ces espèces à leur milieu s’impose comme une clé essentielle pour anticiper les bouleversements écologiques à venir. »

Des applications concrètes pour la gestion du littoral breton

Au-delà de la recherche fondamentale, cette étude ouvre des perspectives pratiques directement applicables à la gestion des littoraux — y compris les côtes bretonnes, parmi les plus riches et les plus exposées d’Europe.

Le catalogue de traits caractéristiques constitué par les chercheurs permettra aux gestionnaires des espaces côtiers de sélectionner, lors d’opérations de restauration écologique, les espèces fondatrices locales les mieux adaptées à chaque milieu. Dans les zones urbanisées, les mesures compensatoires — comme les « éco-blocs », ces cubes en béton insérés dans les infrastructures portuaires pour créer des habitats artificiels — pourraient être repensées à la lumière de ces données, leurs formes s’inspirant du biomimétisme pour reproduire les volumes et abris des espèces d’origine.

Martin Marzloff, coordinateur du projet de recherche Trident qui a financé cette étude via l’Agence nationale de la recherche, souligne également un enjeu à plus long terme : « Face au changement climatique, nous pourrons identifier en amont les espèces capables de remplacer celles amenées à disparaître, tout en assurant des fonctions écologiques similaires et une meilleure adaptation aux nouvelles conditions. » Dans un contexte de tropicalisation progressive des eaux bretonnes, où les laminaires reculent sous la pression des espèces venues du sud, cette capacité d’anticipation sera déterminante.

L’étude a été conduite en partenariat avec l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM) et l’UBO. Elle place Brest et la recherche marine bretonne au cœur d’un enjeu scientifique et écologique mondial.

Photo ; DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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