Il y a dans la Flèche Wallonne quelque chose de presque injuste. Des kilomètres de routes, de bosses, de mouvements, pour finir dans un couloir de béton dressé vers le ciel. Le Mur de Huy ne pardonne rien, ne raconte pas d’histoire : il tranche.
On arrive là fatigué, parfois trompé par la course, et il reste deux minutes pour dire la vérité. Le reste n’aura été qu’approche.
Une course ouverte, enfin
Cette année, la Flèche se présente sans maître évident et c’est tant mieux. L’ombre de Tadej Pogacar s’est retirée, et avec elle cette forme d’évidence qui simplifie les pronostics. Le plateau, lui, s’est élargi. Il y a les anciens, ceux qui savent. Julian Alaphilippe, triple vainqueur, revient avec cette manière bien à lui d’habiter la course, de la rendre nerveuse, presque imprévisible. Marc Hirschi et Dylan Teuns sont là aussi, des hommes de rendez-vous, capables de surgir au bon moment, sans prévenir.
Mais la course pourrait bien sourire à d’autres.
Benoît Cosnefroy connaît le Mur comme on connaît une promesse non tenue. Deuxième, quatrième, toujours proche, jamais tout à fait. Il arrive en forme, avec des résultats solides, mais à Huy, la forme ne suffit pas toujours. Il faut aussi ce petit supplément, ce moment où l’on accepte d’aller plus loin que les autres.
Mattias Skjelmose, lui, a déjà flirté avec la victoire ici. Solide, régulier, il traîne derrière lui quelques rendez-vous manqués, mais aussi une progression constante. Il avance sans bruit, ce qui, parfois, est la meilleure manière d’exister.
Et puis il y a Kévin Vauquelin. Deux fois deuxième, deux fois battu d’un rien. Le genre de coureur qui revient avec quelque chose à régler. Sa saison est propre, appliquée, et Huy pourrait être le lieu d’un basculement.
Une jeunesse qui n’attend pas
Dans cette course d’attente et d’explosion, certains arrivent sans bagage, mais avec des jambes. Le nouveau mutant Paul Seixas, 19 ans, déjà vainqueur au plus haut niveau, incarne cette génération qui ne demande pas la permission.
Il découvre les Ardennaises, mais il n’a pas l’air de s’en soucier. Il court comme on respire, avec une forme d’évidence. Reste à savoir si le Mur acceptera cette insolence.
Autour de lui, d’autres Français rôdent. Lenny Martinez, tout en finesse, capable de se glisser dans les pourcentages les plus raides. Romain Grégoire, régulier, toujours placé, qui finit par s’inviter là où il faut.
On peut analyser, comparer, projeter. Mais tout finit toujours au même endroit. Quelques centaines de mètres, des pourcentages qui grimpent jusqu’à faire douter les meilleurs, et ce moment suspendu où chacun se demande s’il a encore quelque chose à donner.
Le Mur de Huy ne récompense pas forcément le plus fort. Il choisit celui qui, à cet instant précis, accepte la douleur sans discuter.
Le reste, les noms, les palmarès, les calculs, tout cela s’efface.
Il ne reste plus que des hommes face à la pente.
Et souvent, un seul qui passe.
Photo : ©A.S.O. / Billy Ceusters
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