Depuis 1976, le réseau allemand CENAP (Centrales Erforschungsnetz außergewöhnlicher Himmelsphänomene) traque patiemment les signalements d’objets volants non identifiés dans tout l’espace germanophone. Son responsable, Hansjürgen Köhler, 68 ans, enquête bénévolement depuis plus de cinquante ans. Sur 13 621 signalements traités en un demi-siècle, seuls 89 restent inexpliqués à ce jour. L’essentiel tient à des satellites Starlink, des météorites, des lanternes célestes, des drones, et — assez souvent — à des personnes fumant sur leur balcon après 22 heures qui prennent Sirius pour un vaisseau extraterrestre.
Il existe, quelque part dans la région de l’Odenwald, entre la Hesse et le Bade-Wurtemberg, un numéro de téléphone auquel on peut appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour signaler un OVNI. Au bout du fil, pas un illuminé à chapeau d’aluminium, mais un retraité méticuleux, sexagénaire avenant, capable de vous dire en trente secondes si ce que vous venez de voir est Sirius, une lanterne thaïlandaise, un satellite Starlink en rotation, un ballon-sonde de la météo ou — cas plus rare mais plus excitant pour l’intéressé — une boule de feu météoritique. Son nom : Hansjürgen Köhler.
Un demi-siècle d’observation patiente
Köhler dirige l’une des permanences téléphoniques du CENAP, le Centrales Erforschungsnetz außergewöhnlicher Himmelsphänomene — littéralement « Réseau central de recherche sur les phénomènes célestes extraordinaires ». Fondé en 1976, le réseau traite depuis près d’un demi-siècle les signalements que lui envoient les citoyens allemands persuadés d’avoir aperçu un objet volant non identifié dans le ciel. Les chiffres cumulés donnent le vertige : 13 621 signalements enregistrés, dont pratiquement tous ont été expliqués par des phénomènes parfaitement naturels ou technologiques. Seuls 89 dossiers, soit environ 0,65 %, restent à ce jour réellement non élucidés.
La tendance est par ailleurs nette : les signalements augmentent chaque année. Rien qu’en 2025, le réseau en a enregistré 1 348. Ce qui tient autant au multiplication des observateurs — chacun ayant désormais un smartphone en poche — qu’à la saturation croissante de l’espace aérien et orbital par des objets brillants ou étranges.
Les Starlink, stars involontaires des signalements
Selon Köhler, environ 40 % des signalements reçus par le CENAP s’expliquent par des objets liés à l’activité spatiale humaine. Les satellites Starlink d’Elon Musk, déployés par milliers autour de la Terre, constituent à eux seuls une source considérable de confusion. Ces engins, dans certaines configurations, peuvent produire ce que Köhler appelle un « flaring extrême » — un éclat lumineux intense et bref —, au point que des pilotes de ligne eux-mêmes signalent désormais régulièrement des phénomènes qu’ils attribuent à des engins inconnus.
S’ajoutent à cela les satellites plus classiques, les rentrées atmosphériques de débris spatiaux, les lancements de fusées dont les étages supérieurs créent, dans certaines conditions de température, des traînées gazeuses spectaculaires. C’est ainsi que, voilà trois ans, l’Agence spatiale européenne (ESA) a elle-même renvoyé vers Köhler un dossier impliquant une équipe scientifique qui observait les aurores boréales en Norvège. Le phénomène étrange observé ? Du carburant de fusée cristallisé dans l’air glacial, transformé en nuage lumineux flottant au-dessus du cercle polaire.
Les drones, les ballons, les lasers et la lune
Le reste des signalements se répartit entre plusieurs catégories que Köhler connaît par cœur. Les drones de loisir, dont les déplacements erratiques et les LED colorées déroutent les observateurs non avertis. Les ballons, particulièrement ceux à feuilles métalliques brillantes, offerts dans les fêtes et qui finissent à dériver dans les ciels nocturnes en reflétant les moindres sources de lumière. Les spectacles laser, dont les faisceaux peuvent porter jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres au-delà de leur lieu d’émission, illuminant des nuages au-dessus de campagnes où rien d’équivalent n’est attendu.
Et puis il y a les étoiles et les planètes elles-mêmes, observées par des yeux qui n’y sont pas habitués. Le cas le plus classique, explique Köhler, concerne Sirius — l’étoile la plus brillante du ciel nocturne, située légèrement au-dessus et à la gauche d’Orion. Sa luminosité et sa tendance à scintiller intensément, surtout quand elle est basse sur l’horizon, suffisent à provoquer une cascade de signalements chaque hiver.
Une anecdote belge
Toutes les affaires ne se règlent pas toujours aisément. Une enquête a particulièrement marqué Köhler depuis les années 1990 : celle d’une jeune femme qui poursuivait en voiture, nuit après nuit, un OVNI dans l’ouest de l’Allemagne et jusqu’en Belgique, persuadée qu’un routier belge l’avait saluée d’un coup de klaxon parce qu’il voyait, lui aussi, le phénomène. L’étrangeté de l’objet tenait à sa forme changeante, tantôt grosse, tantôt petite.
Après de longues investigations, Köhler découvrit que la jeune femme, malvoyante, avait perdu ses lentilles de contact et portait des lunettes défectueuses. Ce qu’elle prenait pour un OVNI n’était rien d’autre que la Lune, dont les phases lui paraissaient évoluer au gré de sa vision déformée. L’histoire, rapportée avec tendresse par l’enquêteur, se termine moins sur l’astronomie que sur la solitude : la jeune femme, en réalité, avait surtout besoin de quelqu’un à qui parler.
La pareidolie et les limites de la perception humaine
Au-delà des méprises techniques, les observateurs d’OVNIs sont souvent victimes d’un phénomène bien connu des psychologues : la pareidolie, cette tendance du cerveau humain à interpréter comme significatifs des motifs en réalité aléatoires. C’est elle qui pousse certains à voir des visages dans les nuages, des Madones dans les tranches de toast ou des vaisseaux extraterrestres dans des structures nébuleuses banales.
La sensibilité à la pareidolie varie fortement d’une personne à l’autre, selon la personnalité, le niveau de stress, l’attente ou la fatigue. Ajoutez à cela le fait que, selon Köhler, le niveau général de culture astronomique dans la population a considérablement reculé au cours des dernières décennies — au point que l’Union astronomique internationale, basée à Paris, a récemment lancé un projet baptisé Big Ideas in Astronomy destiné à définir un socle minimal de connaissances que tout citoyen devrait idéalement posséder. On ne reconnaît plus une constellation, on identifie encore moins l’étoile du Berger. L’ignorance alimente la fantaisie.
Une permanence qui n’est pas que technique
Il y a pourtant, dans le travail de Köhler et de ses cinq bénévoles, quelque chose de plus que de la simple astronomie appliquée. Le CENAP répond aussi à une forme de détresse humaine. Certains appelants sont manifestement dans une grande solitude, d’autres dans un état de panique réel. Köhler raconte une femme qui avait appelé depuis son appartement barricadé, convaincue qu’une guerre venait d’éclater alors qu’elle avait simplement vu une météorite traverser le ciel.
Dans la plupart des cas, une fois l’explication fournie, l’appelant remercie et va enfin dormir tranquille. « Ça aide les gens d’appeler », résume sobrement Köhler. Le rôle de l’enquêteur est autant pédagogique que scientifique, voire parfois pastoral — sans jamais verser dans la crédulité.
Car Köhler le répète volontiers : il est un sceptique. Il se tient à distance des cercles ufologiques passionnés qui voient des extraterrestres partout. Il préfère se décrire comme une sorte de « criminologue du ciel », croisant données astronomiques, trajectoires de satellites en temps réel, plans de vol civils et, dans certains cas exceptionnels, informations de l’armée allemande.
Et s’ils existaient vraiment ?
Reste la question inévitable. Un véritable OVNI se posera-t-il un jour sur Terre ? Köhler, après un demi-siècle de pratique, répond avec un mélange de prudence et d’humour. Il est convaincu que nous ne pouvons pas être seuls dans l’univers — ce serait, dit-il, un gaspillage d’espace. Mais à ce jour, aucun des 13 621 signalements qu’il a traités ne lui a laissé la moindre certitude d’un contact extraterrestre. Et s’ils venaient un jour, ajoute-t-il malicieusement, il est assez sûr qu’après avoir jeté un œil sur ce que l’humanité est en train de faire de sa planète, ils repartiraient sans tarder.
Entre-temps, le téléphone du CENAP continue de sonner — principalement entre 22 heures et minuit, quand les Allemands sortent sur leurs balcons pour fumer une cigarette et lever les yeux vers le ciel.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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5 réponses à “OVNIs : sur plus de 13 000 signalements, seuls 89 restent inexpliqués — les révélations d’un enquêteur allemand”
Il existe dans l univers des milliers de systèmes planétaires alors pourquoi ne pas envisager des « intelligences » extra terrestres . Nous n’avons peut être pas le monopole d’incarner des êtres dits supérieurs et supérieurs à quoi surtout lorsque l’on voit ce qui se passe actuellement sur notre pauvre planète.
Une « soucoupe volante » se déplaçant à la vitesse de la lumière mettrait plus de quatre ans à arriver de Proxima du Centaure, le système planétaire le plus proche.
Intéressant ,mais on aurait bien voulu avoir des infos sur les 89 cas non élucidés …
Croire à l’existence d’ET quelque part dans l’univers ne mange pas de pain (affirmation gratuite et non vérifiable) mais de là à extrapoler une probabilité de rencontre est du domaine des croyances irrationnelles. La vitesse de la lumière est jusqu’à nouvel ordre une limité indépassable. Notre système solaire le plus proche est 4,5 AL de la Terre. La traversée de notre galaxie demanderait 100 000 années. S’il existe des espèces vivantes dans l’Univers, il faudrait qu’elles se reproduisent dans leurs vaisseaux spatiaux pendant un million d’année au 10ème de la vitesse de la lumière pour effectuer une tel voyage.
Qu’un sceptique fournisse des infos « rassurantes » à des témoins inquiets, pourquoi pas ! De là à en tirer des conclusions définitives sur le phénomène ovni – qui se manifeste probablement depuis des centaines d’années -, c’est oublier les milliers (millions ? ) de témoignages qui viennent de toutes les parties du Monde. Si un « ovni non élucidé » ne fait pas la preuve d’une vie extraterrestre, des milliers d’ explications « raisonnables » ne prouvent pas que nous sommes seuls au Monde !