Il a plu, il a venté, il a poussiéré : autrement dit, on a couru le Tro Bro Léon. À Lannilis, ce dimanche 10 mai, la quarante-deuxième édition de l’« Enfer de l’Ouest » s’est déroulée selon le rite immuable d’une liturgie bretonne où la pierre, le vent et le hasard officient à parts égales. Au bout des 202 kilomètres et des vingt-neuf ribinoù, c’est un transalpin de 31 ans, Filippo Fiorelli (Visma-Lease a Bike), qui a soulevé le trophée — et fait tomber sur le Léon une averse de stupeur méridionale.
Une course écrite à l’encre des sentiers
À trente bornes du but, cinq cadors avaient cru tenir l’affaire entre leurs mains. Per Strand Hagenes, Lewis Askey, Fred Wright, Paul Lapeira, Benoît Cosnefroy : un quintette de premier de cordée, lancé sur les chemins blancs avec l’air de dire que les choses sérieuses commençaient. C’était sans compter la patience teigneuse d’un peloton de poursuivants qui, à huit kilomètres du fil, dans le secteur de la ferme, est venu rééquilibrer les comptes. La jonction opérée, l’équipe néerlandaise se retrouvait en surnombre à l’avant, trois maillots jaune et noir au lieu d’un — un avantage chiffré qui pèse, en cyclisme, plus lourd que toutes les belles paroles d’avant-course.
Le coup d’aile sicilien
C’est dans le dernier ribin, celui de Meshuel, que la course a basculé. À trois kilomètres de Lannilis, Fiorelli a déposé ses compagnons sans trompette ni sommation, par cette espèce d’élégance brutale qui appartient aux outsiders convaincus de n’avoir rien à perdre. Derrière, on s’est regardé en chiens de faïence pendant que ses deux coéquipiers, avec un zèle compréhensible, s’employaient à engluer la poursuite. Quand l’Italien a coupé la ligne, il décrochait sa première victoire depuis juillet 2022 : presque quatre saisons à ronger ses freins, à doubler les bidons, à attendre son tour. À Lannilis, son tour est venu.
Le sprint des battus a sacré Alexis Renard (Cofidis), Briochin de naissance et donc meilleur Breton du jour : c’est lui qui rentre à la maison avec le porcelet d’usage – en bois cette fois ci politiquement correct oblige, et c’est fort déplorable — ce qui finit par ressembler à une spécialité. Lewis Askey complète le podium pour sa quatrième tentative dans le Léon : la persévérance britannique a fini par payer. Pierre Gautherat (Decathlon-CMA CGM) et Rasmus Tiller (Uno-X Mobility) bouclent le top 5. Cosnefroy et Zingle terminent septième et huitième : le contingent français était partout, sauf sur la plus haute marche.
Et si la Bretagne accueillait bientôt le gratin ?
Il y a, dans le Tro Bro Léon, quelque chose qui déborde le calendrier des classiques françaises de second rang. Depuis quarante-deux ans, l’épreuve née de la ferveur d’une poignée de Léonards a su préserver son âme tout en attirant des formations de plus en plus huppées. Visma-Lease a Bike, UAE Emirates-XRG, Decathlon-CMA CGM, Cofidis, Uno-X : on n’avait, ce dimanche, rien à envier au plateau d’une flandrienne, sinon le tampon WorldTour. Et il suffit d’observer la dynamique récente — la curiosité grandissante des grandes équipes, l’arrivée possible d’un Wout van Aert dans les éditions à venir, le tracé toujours plus exigeant — pour comprendre que le Léon coche désormais toutes les cases.
Deux choses, à peine, distinguent encore l’épreuve bretonne d’une classique du gratin mondial : un calendrier de mai déjà saturé par d’autres rendez-vous, et l’absence, jusqu’ici, du label suprême. Tout le reste — terrain unique en France avec ses 34 kilomètres de chemins empierrés, public dense et fervent, identité bretonne revendiquée jusqu’à la remise d’un cochon au meilleur du pays — relève déjà du vocabulaire des plus grandes. Beaucoup de régions envieraient un tel patrimoine sportif. Le peloton international, lui, commence à le regarder avec gourmandise.
Une épreuve qui force le respect
Que retenir de cette quarante-deuxième édition ? Que les favoris français ont fait la course sans parvenir à la conclure. Que la tactique d’équipe, dans le cyclisme moderne, prime trop régulièrement sur les jambes individuelles. Et que le Tro Bro Léon, fidèle à sa réputation, n’a pas livré son verdict avant les derniers hectomètres. Imprévisible, breton jusqu’à la moelle, ouvert à toutes les nationalités : ce dimanche encore, le Léon a fait la démonstration qu’il méritait sa place au plus haut étage. Reste à l’UCI à l’écrire noir sur blanc. La Bretagne, elle, est prête depuis longtemps.
YV
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.
Une réponse à “Tro Bro Léon 2026 : à Lannilis, Fiorelli l’emporte et la Bretagne hausse le ton”
Rien à envier aux Strade Bianche par exemple.