Du mois de mars au mois de juillet 2025, la statue de sainte Anne, transportée par calèche, a parcouru près de 1 800 kilomètres à travers le diocèse de Vannes dans le cadre du Jubilé des apparitions à Yvon Nicolazic. Une démarche spirituelle et populaire d’une ampleur peu commune, organisée pour clore les célébrations du quatrième centenaire des apparitions de 1623-1625 à Sainte-Anne d’Auray. Cinq mois durant, paroisses, chapelles, villages et lieux emblématiques de la Bretagne sud ont vu passer cette procession itinérante qui a rassemblé sur son parcours marcheurs, fidèles, porteurs, bénévoles, familles et curieux. Aujourd’hui, pour conserver une trace tangible de cette aventure exceptionnelle, les organisateurs lancent une campagne de financement participatif sur la plateforme CredoFunding afin d’éditer un livre-souvenir de quelque 350 pages.
Un beau livre, mémoire collective d’une marche de foi
L’ouvrage, encore en préparation, se veut bien davantage qu’un simple album photographique. Il ambitionne de constituer une véritable mémoire collective de la Troménie. Au programme : plusieurs centaines de clichés retraçant chacun des tronçons du parcours, des témoignages recueillis auprès des bénévoles, des porteurs, des pèlerins et des organisateurs, des contenus vidéo accessibles via QR codes intégrés au volume, et une approche éditoriale qui mêle dimension spirituelle, patrimoniale et culturelle.
Le format envisagé est celui d’un beau livre grand format, en couverture souple, imprimé en couleur en impression numérique. Les organisateurs précisent que si la campagne dépasse les objectifs initiaux, ils pourront proposer une couverture de qualité supérieure (vernis sélectif notamment) et enrichir l’ouvrage de compléments. Le budget se décompose en deux postes principaux : la mise en page confiée à un graphiste professionnel, estimée entre 2 000 et 2 500 euros, et l’impression elle-même, dont le coût oscillera entre 4 000 et 5 000 euros selon le nombre d’exemplaires commandés.
Une tradition séculaire enracinée dans le terroir breton
Le mot « troménie » mérite un détour étymologique. Il vient du breton tro-minihi, qui signifie littéralement « tour du territoire monastique ». Ces grandes processions ambulatoires, qui circulent en circuit fermé autour d’un sanctuaire pour le sanctifier symboliquement, appartiennent au patrimoine religieux breton depuis le Moyen Âge. La plus célèbre demeure la Grande Troménie de Locronan, attestée depuis le XIIe siècle au moins, qui se tient tous les six ans et qui couvre une douzaine de kilomètres entre les chapelles et fontaines du Porzay finistérien.
La Troménie de Sainte-Anne s’inscrit dans cette filiation, mais à une échelle inédite : 1 800 kilomètres, soit l’équivalent d’un grand pèlerinage transeuropéen, mené non pas autour d’une seule paroisse mais à travers l’ensemble du diocèse de Vannes. Une démarche qui assume le caractère populaire, identitaire et enraciné du catholicisme breton, autour de la figure tutélaire de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, considérée depuis des siècles comme la patronne du peuple breton — Mamm gozh ar Vretoned, la grand-mère des Bretons.
Le Jubilé 2023-2025, point d’orgue d’une longue mémoire
L’événement n’arrive pas par hasard. Le sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray, en Morbihan, a vécu en 2023-2025 un Jubilé exceptionnel marquant le quatrième centenaire des apparitions reçues par le paysan Yvon Nicolazic. Entre 1623 et 1625, ce laboureur de Keranna disait avoir reçu plusieurs apparitions de sainte Anne, qui lui aurait indiqué l’emplacement d’une ancienne chapelle disparue et demandé qu’elle soit reconstruite. La découverte d’une statue ancienne enfouie dans un champ accrédita le récit. De ce lieu naquit l’un des principaux sanctuaires mariaux et anniens d’Europe occidentale, où afflueront pendant des siècles les Bretons en pèlerinage.
Le pardon annuel de Sainte-Anne d’Auray, célébré chaque 26 juillet, demeure aujourd’hui l’un des plus importants rassemblements catholiques de France. La Troménie de 2025 est venue couronner les célébrations jubilaires en portant pendant cinq mois la statue de la sainte jusque dans les paroisses les plus reculées du diocèse, à la rencontre des populations qui ne peuvent ou ne veulent plus se déplacer jusqu’au sanctuaire mère.
Une démarche éditoriale qui dépasse la simple pieuse souscription
Le projet de livre-souvenir s’inscrit dans une dynamique éditoriale locale plus large. Le site breton Ar Gedour, qui suit de près l’actualité religieuse, linguistique et culturelle de la péninsule armoricaine, avait précédemment soutenu plusieurs initiatives autour de sainte Anne, dont la bande dessinée Keranna consacrée à l’histoire des apparitions à Yvon Nicolazic. Le présent ouvrage prolonge cette logique de transmission par l’image et par l’écrit, à destination notamment des jeunes générations dont une partie ne participe plus directement aux pratiques religieuses traditionnelles mais reste attachée à l’héritage breton.
L’enjeu est aussi mémoriel au sens fort. Les pardons bretons, les processions ambulatoires, les chants en breton et en latin, les costumes traditionnels, l’attachement aux saints locaux : autant d’éléments d’un patrimoine immatériel menacé par l’uniformisation culturelle française et européenne. Garder trace d’un événement comme la Troménie de Sainte-Anne, c’est aussi documenter pour l’avenir ce que fut, en 2025, l’expression collective d’une foi enracinée dans un territoire et dans une langue.
La campagne actuellement ouverte sur CredoFunding — plateforme française de financement participatif spécialisée dans les projets chrétiens — permet de pré-acheter le livre et de contribuer à l’édition. Pour beaucoup de souscripteurs, il ne s’agit pas tant d’acquérir un objet supplémentaire que de participer à la préservation d’une mémoire commune : celle des chemins parcourus, des chants entonnés à la cornemuse ou à la biniou, des temps de prière partagés dans les chapelles rurales, de l’hospitalité reçue dans les communes traversées.
À une époque où l’on s’inquiète, à juste titre, de l’effacement progressif des particularismes régionaux français, des initiatives comme celle-ci rappellent que la Bretagne dispose encore d’une vitalité spirituelle et culturelle dont peu de régions de l’Hexagone peuvent se prévaloir. La Troménie de Sainte-Anne et son livre-souvenir en sont une illustration concrète. Reste désormais à chacun, selon ses moyens et ses convictions, de soutenir ou non cette démarche — sans qu’il soit besoin d’être un fervent catholique pour reconnaître la valeur patrimoniale d’un tel projet, dans une Bretagne qui sait encore, lorsqu’il le faut, se mettre en marche derrière sa patronne.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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