Vivons nous un de ces moments historiques dans lequel l’histoire du monde, telle la boussole qui hésite au passage du pôle nord magnétique avant de reprendre ses esprits pour redonner une direction stable ?
L’hypothèse d’un lien entre la guerre en Ukraine et celle en Iran, négligemment écartée d’un revers de main par les médias « bien pensants » semble maintenant trouver un certain crédit et l’analyse des forces en présence en est facilitée. Donald Trump avait dès sa première campagne de 2016, clairement affiché sa volonté de combattre ce qu’il appelait « le marigot de Washington » et que Peter Dale Scott, dans une trilogie très documentée, décrivait comme « l’État profond américain ».
De toute évidence, la guerre en Ukraine n’a pas commencé en 2022 comme beaucoup voudraient nous le faire croire, mais trouve ses origines profondes dans l’avancée progressive de l’OTAN vers l’Est sous l’administration Clinton. Pendant plus d’une décennie durant laquelle les pays de l’ancien « pacte de Varsovie » ont progressivement rejoint l’OTAN, passage quasi obligé vers l’Union Européenne, la Russie n’a guère bougé. L’accélération de l’histoire se situe, d’après moi, à l’éclatement de la crise des subprimes de 2007 qui a montré le vrai visage d’un libéralisme occidental dont la finalité était de « privatiser » les bénéfices et « socialiser » les pertes. Ce concept du « too big to fail » était en réalité aux antipodes de cette doctrine libérale qui, dorénavant, ne pouvait plus guider le monde. Cette crise montrait d’une manière non équivoque que le monde était dirigé par ceux qui émettaient le dollar en tant que monnaie internationale, Ce dernier apparaissait dès lors comme une arme redoutable échappant à tout contrôle politique. Ce monde « globalisé » résultait de la vision géopolitique de l’Angleterre, théorisée par John Mackinder en 1904 et le « heartland » reprise par Zbignew Brzezinski dans « le grand échiquier » publié en 1997.
Afin d’assurer la suprématie de l’Occident (entendez les États-Unis pour la puissance industrielle et la City pour la finance) il ne fallait pas que la Russie renaisse des ruines de l’URSS. Pour l’empêcher, il fallait la morceler et provoquer des troubles dans les républiques de la fédération, républiques qui avaient retrouvé une certaine indépendance à la fin de l’URSS. Les premières sollicitées furent la Géorgie et l’Ukraine, ainsi que les pays baltes cités plus haut.
Mais mon propos n’est pas d’analyser les causes de la guerre en Ukraine mais plutôt ses conséquences et mettre en lumière les analogies avec celle menée contre l’Iran.
La montée des BRICS et la lutte contre le dollar
C’est, à mon avis, la bataille qui surplombe toutes les autres car elle met en jeu l’existence même du pouvoir mondialiste. Les sanctions économiques décidées dans le cadre de l’ONU contre la Russie ont permis de révéler au monde entier deux choses : le système dollar à l’origine du programme SWIFT n’était plus seul dans l’espace économique international et il fallait dorénavant compter avec deux autres systèmes, le CFPS russe et le CIPS chinois qui ont d’ores et déjà vocation à fusionner assez rapidement avant de s’étendre aux BRICS.
L’autre enseignement à tirer vient de l’ONU, car cette organisation à vocation mondialiste apparaît complètement dépassée, un grand nombre de pays dits « du grand Sud » ayant clairement exprimé leur volonté de ne plus suivre aveuglément les règles dictées par les tenants du monde globalisé.
Ce danger qui menace le dollar avait été clairement dénoncé par Mark Carney dès 2019 lorsqu’il était gouverneur de la banque d’Angleterre, qui était en quelque sorte le prototype du système financier mondialisé. Visiblement, c’était déjà trop tard pour empêcher cette irrésistible montée des BRICS, pays que beaucoup de choses séparent mais qui ont comme intérêt commun la fin du dollar comme monnaie internationale et de tout le système FMI et banque mondiale issu des accords de Bretton Woods de juillet 1944.
Vers un monde tripolaire ?
L’alternative à un monde globalisé est un monde qui respecterait les souverainetés nationales. Assez paradoxalement, les partisans de ce monde global ont voulu justifier leur démarche en s’appuyant sur les bienfaits de la liberté et de la démocratie alors même que l’aboutissement de leur projet mondialiste ne pouvait que faire disparaître l’une et l’autre. Conscients du danger que pouvait représenter le réveil des peuples jusqu’alors endormis par des promesses à l’évidence non réalisables et dont certains d’entre-eux, notamment en Asie, en Afrique et même en Amérique du Sud avaient connu cette amère expérience, les mondialistes semblent avoir misé sur le « great reset » pour endiguer par les peurs collectives cette volonté d’émancipation qu’ils qualifiaient de « populisme ». Ce ne fut pas, du moins jusqu’à maintenant, couronné de succès.
Le retour de Donald Trump
Appliquant le principe du « Tout ce qui ne nous abat pas nous renforce », son retour à la Maison Blanche ne pouvait qu’inquiéter les mondialistes et ils avaient raison. La base de cette mouvance est ce qu’il est convenu d’appeler « l’État profond ». Dès sa première campagne, Trump a déclaré qu’il lui mènerait une guerre sans merci et celle-ci semble avoir porté ses premiers fruits. Combattu sur le sol américain, le « deep state » a retraversé l’Atlantique en chemin inverse de ce qu’il avait fait au début du vingtième siècle et l’Europe de l’Ouest apparaît comme étant son dernier bastion. Cela était décrit par Peter Dale Scott dans « l’État profond américain » comme étant la « supranationalisation » de cet État profond vers une Union Européenne devenue une sorte d’appartement-témoin de cette mondialisation. L’attitude de Donald Trump vis à vis de cette dernière est logique et témoigne que sa ligne de conduite n’a pas varié.
Donald Trump sait également que ce deep state supranational est encore puissant et qu’il doit trouver des alliés pour arriver à ses fins. Il doit se livrer à un jeu subtil qui explique que certains de ses choix semblent assez déconcertants à première vue. Dans une grille de lecture classique, le président des États-Unis ne peut en aucun cas pactiser avec cet ennemi héréditaire qu’est devenue la Russie, surtout depuis la guerre en Ukraine, pas plus qu’il ne peut le faire avec la Chine communiste héritée de Mao Tsé Toung. L’erreur que commettent les mondialistes est de penser que le peuple américain est devenu « globaliste » alors qu’il est resté « isolationniste » pour une part majoritaire. Le problème majeur qui se pose aujourd’hui à Donald Trump est de réussir maintenir en état une économie américaine qui puisse résister à la perte de l’internationalisation du dollar. Il doit avancer pas à pas et donner des gages à tous.
La rencontre avec Xi Jing Ping
Certains pensaient qu’en raison de la guerre avec l’Iran et les difficultés du franchissement du détroit d’Ormuz, cette visite serait retardée voire même annulée. Leurs espoirs ont été déçus, ce qui donne une indication sur l’importance que cette démarche représentait pour Donald Trump. Les déclarations qui ont suivi ont été très modérées. Pourtant, analysées à la lecture de ce qui précède, elles sont sans ambiguïté. Et si d’aucuns ont encore des doutes, la venue de Vladimir Poutine à Pékin dans les tous prochains jours devrait permettre de les lever. Elle ne doit rien au hasard. Une rencontre à trois eut été prématurée mais une telle rapidité d’invitation est suffisamment éloquente. Les globalistes auront dorénavant du mal à empêcher la venue d’un nouvel ordre mondial qui est en train de naître sous nos yeux. Le monde de demain sera multipolaire, et même probablement tripolaire car les trois protagonistes que sont l’Amérique, la Chine et la Russie y ont un intérêt manifeste.
Il est fort probable que nous assistions dans les prochains mois à une nouvelle conférence qui ne sera pas sans rappeler celle de Yalta de févier 1945. Elle devrait permettre de re-déterminer les « zones d’influence » de chacun des participants mais l’enjeu ne sera plus l’Europe mais le monde entier.
Comment, dans ces conditions ne pas garder en mémoire la vision de de Gaulle d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural ?
Les dirigeants français ont délibérément choisi, depuis des décennies, de lier le sort de la France au projet mondialiste, sans jamais consulter le peuple français. Peut-être serait-il temps pour la France de retrouver son existence en tant que nation et se souvenir qu’elle déborde largement le cadre européen par la diversité de son territoire et de son domaine maritime qui est l’un des plus étendus.
Jean Goychman
Illustration : DR
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9 réponses à “Quand Donald rencontre Xi, Vladimir n’est pas loin… [L’Agora]”
Qui cherche à vous faire croire que la guerre d’Ukraine a commencé en 2022 ? Qui pourrait vous croire naïf à ce point ? La guerre en Ukraine a commencé avec l’invasion de la Crimée en 2014 (un acte de guerre, contraire au droit international) et dans la foulée le déclenchement d’une rébellion dans le Donbass, dotée d’armes lourdes par la Russie ; la destruction du vol MH17 de Malaysia Airlines date ainsi du 17 juillet 2014. Mais Vladimir Poutine avait montré des signes clairs d’agressivité envers l’Occident dès 2007 (peut-être par désir d’une exploitation opportuniste de la crise des subprimes comme vous l’envisagez, du fait d’une mauvaise analyse de ses conséquences).
Dans votre désir d’applaudir Poutine, vous omettez un fait géopolitique essentiel. Si vous les connaissiez un peu, vous sauriez que les peuples d’Europe de l’Est n’ont pas envie d’être russifiés de force. Ils se battront pour conserver leur identité et leur indépendance — hormis bien sûr une frange de collabos, comme il en existe toujours, y compris potentiellement en France. Cela ne concerne pas uniquement les anciennes colonies soviétiques mais aussi la Finlande et la Suède, qui ont adhéré à l’Otan sous la pression russe alors qu’elles s’y étaient refusées pendant des décennies, mais sous la menace russe. A trop vouloir expliquer le monde par des coups de billard à 36 bandes, vous oubliez cette réalité humaine élémentaire.
Excellent article avec certains passages lus deux fois pour mieux comprendre ; je pense, donc, comme vous en tant que Gaullien à « la vision de De Gaulle d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural » ; bref, l’Europe des Nations est à reconstruire avec une France maritime capable de s’entendre avec la Russie, la Chine, les USA et tous les pays des BRICS afin de mettre fin à la guerre en Ukraine, en Iran et au Proche Orient. Ce n’est pas avec des armes que les problèmes s’apaisent. Ainsi je vous invite à écouter l’émission de TVL « Politique et Eco « Trump – Xi : finance vs industrie, qui prend l’avantage ? – Hervé Juvin | Politique & Eco – TVL » « https://www.youtube.com/watch?v=9mK9a4msXK8 ».
@Pschitt – Pour avoir visité la Crimée à deux reprises dans les années 1994 – 1995, je puis vous dire que les habitants rêvaient que d’une chose : revenir dans le giron russe. C’est drôle mais les envahisseurs russes ont été accueillis avec enthousiasme. Enfin libérés. Pas un seul coup de fusil ! Pas un seul mort ! Ca ne vous interpelle pas ??? Et jamais la moindre résistance, le moindre attentat. Bizarre, non ?
@Pschitt. Et je vais vous dire encore autre chose dont la presse occidentale s’est bien gardée de relater. . Lorsque les Russes sont venus en Crimée, leur flotte était toujours stationnée à Sébastopol liée à un bail avec l’Ukraine. Les navires de l’OTAN se sont vite rapprocher de Sébastopol avec la certitude que la population allait leur prêter main forte et être accueillis en libérateurs. Mais ils ont vite fait demi-tour car ils ont vite compris qu’il allaient être reçus par la population ….à coups de Kalachnikov ! Oui, mon cher Pschitt j’ai sillonné la Crimée par 2 fois de Simféropol à Yalta, à Koktebel, Soudak, Kerch etc. Chaque fois pendant 2 semaines. Très beaux voyages après la chute de l’URSS.
@Michel Avoir visité la Crimée en 1994-1995 ne fait pas forcément de vous un arbitre des élégances quant à ce qui s’est passé vingt ans plus tard en 2014. Par ailleurs, vous n’avez peut-être pas rencontré les bonnes personnes. Certes, l’oblast de Crimée s’est montré le moins favorable à l’indépendance de l’Ukraine lors du référendum de 1991, mais le « oui » a quand même été très largement majoritaire, le non n’obtenant que 40 %. Ce qui fait déjà pas mal de gens, bien sûr, assez pour que vous en rencontriez quelques uns. Quant à ce que vous dites des navires de l’OTAN, c’est du n’importe quoi : 1) l’Ukraine n’étant pas membre de l’OTAN, une intervention de l’Organisation était hors de question, 2) la flotte de l’OTAN en mer Noire, strictement limitée par les accords de Montreux, n’était pas de taille à affronter la flotte russe, 3) elle n’était pas non plus de taille à effectuer le débarquement nécessaire pour être accueilli par la population, quel que soit cet accueil. Votre narratif est absurde, tachez de le perfectionner si vous voulez être pris au sérieux. Deux visites touristiques en Crimée voici trente ans ne font pas un géopoliticien expert…
@Pschitt, vous semblez penser que Poutine décide seul du sort de la Russie. Or depuis fort longtemps les discours du fin Lavrov indiquaient que trop de lignes rouges étaient franchies et que la Russie n’allait plus le tolérer.
Poutine est un modéré, certains membres de la douma le sont beaucoup moins, il aime son pays. La plupart des Russes, qui n’aiment pas la guerre, lui sont reconnaissants d’avoir mis fin à l’alcoolisme dans le pays et surtout d’avoir évité la « vente à la découpe » du pays commencée sous la gouvernance du triste Eltsine.
Il y un problème avec nos aînés, c’est qu’ils pensent encore que la Russie reste une grande puissance du seul fait qu’elle l’a été. Mais qu’au bout de quatre ans la Russie piétine encore dans le Donbass, ne parvenant pas à conquérir des territoires hâtivement annexés, prouve que ce n’est plus qu’une puissance moyenne… mais nucléarisée, un peu comme la Corée et la France. Pire même, les drones ukrainiens affaiblissent militairement, énergétiquement, économiquement, stratégiquement la Fédération de Russie – jusqu’à l’Oural ma chère ! – un peu plus chaque jour, tandis que ceux de Moscou ne parviennent qu’à faire des victimes civiles, leurs drones étant de qualité inférieure à ceux, plus diversifiés et plus sophistiqués, des Ukrainiens. Les Ukrainiens ne peuvent que se réjouir de la guerre en Iran, pendant ce temps ils regrignotent davantage de terrain qu’ils ne continuent d’en perdre ailleurs, mais en toute discrétion, sans le revendiquer trop bruyamment. On peut le dire maintenant : l’offensive russe de printemps a été stoppée net. Avez-vous entendu parler des actuels exercices nucléaires en Russie ? Quand elle est en faiblesse, la Russie ressort le joujou nucléaire, mais Poutine est trop dans la main de Xi pour se risquer à utiliser cette arme qui nous tuerait tous. (Et il est Russe, pas Teuton : le crépuscule des Dieux c’est pas pour lui et la fortune indue que ce chef mafieux a accumulée). Tout ça pour dire que nous sommes entrés dans l’ère d’un duopole Chine – USA. La Russie ? hors jeu. L’Inde ? c’est pas gagné. A l’Europe de savoir si elle veut continuer à agiter ses souverainetés, ou à se fédérer en tant que puissance militaire, économique et diplomatique. Ce qu’elle ne saurait faire, au demeurant, qu’en recouvrant son identité culturelle et civilisationnelle. Suivez mon regard.
@ Pschitt: je publie un papier sur une hypothèse qui devient de plus en plus vraisemblable, à savoir la venue d’un monde tripolaire (en tous cas multipolaire) et vous nous embarquez sur la Russie, qui n’est qu’un des éléments de ce qui peut s’apparenter à un nouveau Yalta. Vous êtes hors sujet.
@ JLP, la puissance de la Russie est avant tout géographique. Je vais essayer de vous retrouver l’article de Mackinder publié en 1943 après la bataille de Koursk dans lequel il passait en revue tous les points forts de la Russie. Le fédéralisme européen est un leurre agité par les mondialistes. Souvenez-vous de la phrase de de Gaulle: »Les seules réalités internationales, ce sont les nations »
JLP, je n’ai pas retrouvé ce papier de Mackinder, mais j’ai trouvé celui-ci:
https://www.terreetpeuple.com/geopolitique-reflexion-69/10276-levolution-de-la-pensee-de-mackinder-dans-le-contexte-de-la-seconde-guerre-mondiale.html