Entre glorification de la masculinité toxique et remise en cause du féminisme, la dark romance est un véritable phénomène littéraire. Sous-genre à la qualité douteuse, elle met en scène des relations perturbantes, plonge les femmes dans des situations extrêmes, normalise toutes sortes d’abus et de violences sous couvert de passion. La dark romance est-elle un échappatoire émotionnel ou un incitateur puissant à la débauche pour une jeunesse désœuvrée ? Les avis sont partagés.
Le temps où la relation extraconjugale avec le jardinier sexy faisait vibrer la ménagère n’est plus qu’un lointain souvenir. Place désormais aux viols, aux enlèvements, à la prostitution, à l’échangisme forcé, au mariage forcé et à l’esclavage sexuel, à l’emprise et à la soumission d’hommes mauvais. Car tels sont les thèmes de prédilection de ce nouveau genre littéraire qui fait fureur chez les dames et les demoiselles.
Un tel contenu ne pouvait que diviser. Pour ses défenseurs, le genre permet de vivre une catharsis et d’explorer des thèmes tabous – obsession, soumission, violence – dans un cadre fictif, offrant une évasion face aux angoisses et restrictions contemporaines. Pour Camille Koskas, chercheuse en littérature :
« On reproche souvent à ces romans d’exposer les jeunes lectrices à des représentations problématiques des rapports amoureux et sexuels. Cela montre, d’une certaine manière, que l’on craint toujours la contagion morale ; que la fiction érotique n’est toujours pas perçue comme un espace de pure exploitation fantasmatique ; et que l’on croit en une forme de continuum entre la fiction et le comportement des lecteurs – et surtout des lectrices, puisqu’il s’agit là encore de la crainte que peuvent susciter les désirs féminins.
On peut certes déplorer la piètre qualité littéraire de bon nombre de ces textes. Mais avant de tout condamner en bloc, rappelons-nous qu’ils sont un moyen d’explorer des zones de transgression sans pour autant se mettre en danger, et de développer, par le biais de la fiction, son propre imaginaire érotique. »
Manifestation trash des fantasmes inavoués de femmes bridées par l’idéologie dominante, la dark romance apparaît comme le contrecoup d’un féminisme qui a poussé le vice jusqu’à la misandrie. C’est en tout cas l’avis de Jean Montalte, auteur chez Éléments :
« Majoritairement écrits par des femmes, à destination d’un public féminin pour l’essentiel, les livres placés sous la rubrique New Romance semblent saper tous les efforts de la propagande féministe pour inculquer aux femmes une vision égalitaire du rapport entre les sexes. En effet, les mauvais garçons sont à l’honneur, les muscles saillants suscitent le désir, les positions socialement valorisantes sont également érogènes – tant de titres comportant le mot Boss donnent un indice sur le pouvoir de séduction qui découle d’une inégalité de fait entre les hommes et les femmes. Alors, devant l’immense succès de librairie que connaît ce genre – près d’un tiers du chiffre d’affaires en rayon littérature chez certaines grandes enseignes –, il serait temps de se poser la question de l’influence réelle du féminisme en dehors des déclarations pour plateaux de télévision. »
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Certaines de ses écrivaines tentent avec maladresse de s’en disculper, soutenant que ces œuvres sont autant de moyens pour se « réapproprier la violence ». Une tentative pour échapper au qualificatif infamant de succube du patriarcat qui peine à convaincre…
Quant à la manière dont les « bobos de France Inter » accueillent cette remise en cause du féminisme, nous ne pouvons que vous recommander cette vidéo de Radio Maudin qui met en évidence toute leur hypocrisie :
S’il est intéressant de remarquer que ces textes sont autant de célébrations des différences de fonctionnement entre le cerveau masculin et féminin, ils peuvent aussi inquiéter. Parce qu’ils attirent essentiellement l’attention avec la liste de leurs « trigger warning », ces avertissements quant aux sujets sensibles traités. Plus le nombre de tabous transgressés est grand, plus l’ouvrage suscite de l’intérêt. Avec, en fond, une idéologie bien précise :
« le fantasme, somme toute assez répandu, de l’omnipotence sans culpabilité, sans responsabilité qui permet de tout faire sans en avoir à en subir les conséquences. Mélina [une des héroïnes de dark romance] peut tout se permettre, rien ne laisse de trace. Elle peut multiplier les partenaires sans conséquence, ne pas se préoccuper de comment gagner sa vie, mais avoir toujours un toit sur sa tête et à manger. C’est à peu près le modèle que l’on vend aux jeunes femmes. Il faut être jolie et tout le reste suivra, amuse-toi, profite de l’instant et ne pense pas au reste.«
Immergés que nous sommes dans la société du désir – magistralement analysée par Michel Clouscard dans « Le Capitalisme de la séduction » – il est légitime de nous interroger sur les répercussions possibles d’une telle littérature pour des générations qui n’ont reçu aucune éducation structurante, en quête constante de contenu choquant et en proie à la surenchère permanente.
Pour vous faire votre idée, Maudin, épaulé par Moss et Le Hussard, a mené l’enquête.
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : DevianArt – Darker Than Tears By NanFe
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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2 réponses à “La dark romance est-elle aux femmes ce que le porno hardcore est aux hommes ? Maudin nous explique ce phénomène littéraire [vidéo]”
Des auteuses qui ne sont pas des écrivaines mais des pondeuses de bouquins qui allient Harlequin et trash, des éditeurs qui ne sont pas des éditeurs mais des fabricants de produits collectors (couvertures spé, cards, effets sur tranches), des récits conçus pour les hilotes cramponnées à Tiktok… y’a plus qu’à attendre qu’avec l’I.A. chacune ou chacun puisse composer sa dark romance rien-qu’à-soi. « Chéri chéri fais-moi peur » : ni(hi)l novi sub sole
Même si je n’approuve pas de genre de littérature, il faut admettre qu’elle existe, et que surtout elle puisse permettre aux autrices de contrer le « porno hardcore » comme l’article l’énonce. Les films pornos (bien dominateurs) sont faits par des hommes. Alors autant que les femmes puissent, elles aussi, s’exprimer de leur point de vue, non ?