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Une étude publiée en mai 2026 par l’Insee Bretagne dans son Insee Flash Bretagne numéro 123 livre un éclairage chiffré sur les modes d’habitat dans la péninsule. La région détient le taux le plus élevé de France pour les résidences principales en situation de « sous-occupation très accentuée » selon la définition de l’institut statistique : 36 % des ménages bretons occupent un logement disposant d’au moins trois pièces de plus que ce que la norme statistique calcule comme nécessaire à leur composition familiale.
L’étude, signée par Axel Bornerie et Jean-Marc Lardoux à partir des recensements de la population de 2011, 2016 et 2022, mérite une lecture attentive non seulement pour les chiffres qu’elle produit, mais aussi pour le concept de « norme » qu’elle mobilise et qui pose en lui-même des questions politiques que l’institut, dans son rôle, ne tranche pas.
Les chiffres bretons
La région compte 2 millions de logements, dont 80 % de résidences principales, 13 % de résidences secondaires ou occasionnelles, et 7 % de logements vacants. Sur les 1,6 million de résidences principales bretonnes, près de 1,3 million sont considérées comme sous-occupées au sens de l’Insee, c’est-à-dire qu’elles comportent au moins une pièce de plus que la norme calculée selon la composition du ménage.
L’institut distingue trois degrés de sous-occupation. En Bretagne, 22 % des résidences principales sont en sous-occupation modérée (une pièce excédentaire), 22 % en sous-occupation prononcée (deux pièces excédentaires), et 36 % en sous-occupation très accentuée (au moins trois pièces excédentaires). Ce dernier chiffre place la Bretagne au premier rang des régions françaises, devant la Bourgogne-Franche-Comté, les Hauts-de-France et les Pays de la Loire (31 % chacun). La Corse, l’Île-de-France et la Provence-Alpes-Côte d’Azur affichent toutes des taux inférieurs à 15 %. La moyenne nationale s’établit à 25 %.
Au sein de la péninsule, les Côtes-d’Armor (40 %), le Finistère (40 %) et le Morbihan (37 %) figurent parmi les neuf départements français présentant les taux les plus élevés, aux côtés de la Creuse, des Deux-Sèvres, du Gers, de la Haute-Saône, de la Meuse et des Vosges. L’Ille-et-Vilaine, avec 31 %, reste nettement au-dessus de la moyenne nationale.
Un parc dominé par les grandes maisons
L’étude identifie clairement les causes structurelles de cette spécificité bretonne. Près de la moitié des logements de la région (49 %) sont composés d’au moins cinq pièces, contre 36 % au niveau national. Cette part est la plus élevée de France devant les Hauts-de-France (46 %). Dans les Côtes-d’Armor et le Finistère, les logements composés d’au moins cinq pièces sont même majoritaires.
En Bretagne, 97 % des logements en sous-occupation très accentuée sont des maisons, contre 3 % d’appartements. La région compte 71 % de maisons dans son parc total, contre 55 % au niveau national. Les appartements bretons ne sont concernés qu’à hauteur de 4 %, soit le même taux qu’à l’échelle française.
Le profil sociologique des ménages concernés
L’enquête dresse un portrait précis des occupants de ces logements. Les couples sans enfant représentent 48 % des ménages occupant un logement en sous-occupation très accentuée, alors qu’ils ne constituent que 28 % de l’ensemble des ménages bretons. Plus d’un tiers de ces ménages (34 %) sont installés dans leur logement depuis au moins trente ans, contre 19 % parmi l’ensemble des ménages. Près de quatre personnes de référence sur cinq ont au moins cinquante ans, et 92 % sont propriétaires de leur logement (contre 67 % pour l’ensemble des ménages bretons).
Le profil-type qui se dégage est celui d’un couple de propriétaires âgés, installés depuis plusieurs décennies dans la maison familiale après le départ des enfants.
Une singularité littorale bretonne
Au sein de la région, les disparités sont marquées. Rennes Métropole détient le taux le plus faible avec 22 % de résidences principales en sous-occupation très accentuée, en raison d’un parc plus dense en appartements et d’une population plus jeune. À l’opposé, la communauté de communes du Pays d’Iroise culmine à 53 %.
L’étude souligne une particularité régionale : contrairement au littoral méditerranéen ou à la Corse, où la tension immobilière entraîne généralement une occupation plus serrée des logements, le littoral breton affiche des taux de sous-occupation très accentuée parmi les plus élevés. Plus de la moitié des résidences principales sont concernées dans les communautés de communes du Pays d’Iroise, de Lesneven Côte des Légendes, du Pays Fouesnantais ou du Pays des Abers. La Côte d’Émeraude et Concarneau Cornouaille Agglomération dépassent les 40 %. Le parc littoral breton, constitué principalement de maisons individuelles, explique cette spécificité.
Les sept villes bretonnes de plus de 40 000 habitants — Rennes, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, Saint-Malo et Saint-Brieuc — affichent toutes des taux inférieurs ou égaux à la moyenne régionale.
Le taux de sous-occupation très accentuée des résidences principales bretonnes est passé de 33 % en 2011 à 34 % en 2016, puis à 36 % en 2022. Deux dynamiques expliquent cette progression : l’augmentation de la part des logements composés d’au moins cinq pièces (un point sur la période) et le vieillissement de la population. La proportion de personnes âgées de 65 ans et plus est passée de 18 % à 23 % de la population régionale entre 2011 et 2022, soit plus de 200 000 personnes supplémentaires. Selon les projections de l’Insee, cette part dépassera 30 % à l’horizon 2050.
La définition de la « norme » par l’Insee
L’institut précise la définition statistique sur laquelle repose son étude. Une résidence principale est considérée comme sous-occupée si elle comporte plus de pièces que le nombre théoriquement nécessaire au ménage qui l’occupe, selon une norme définie dans le cadre d’un groupe de travail du Conseil national de l’information statistique en 2011. Cette norme comprend une pièce de séjour pour le ménage, une pièce pour chaque couple, une pièce pour chaque personne de 19 ans ou plus ne vivant pas en couple, et pour les personnes de moins de 19 ans, une pièce pour deux si elles ont le même sexe ou moins de 7 ans, sinon une pièce par personne. La cuisine n’est comptée comme pièce que si elle mesure plus de 12 mètres carrés.
L’institut, dans son rôle, ne porte pas de jugement sur ces situations de sous-occupation. Il décrit une réalité statistique, mesurable, sans formuler de proposition politique.
Une étude qui a fait débat au plan national
Lorsque des notes similaires ont été publiées par l’Insee à l’échelle nationale, elles ont suscité des débats sur le concept même de « sous-occupation » et sur la « norme » statistique mobilisée. Plusieurs responsables politiques, à droite comme à l’extrême droite, se sont interrogés sur les usages que pourraient faire d’autres acteurs publics de ce type de catégorisation. À l’inverse, des économistes, des chercheurs et certains élus de la majorité présidentielle ou de la gauche ont défendu l’utilité de l’étude pour mieux comprendre les contraintes du marché du logement.
L’Insee a rappelé à cette occasion que sa mission consistait à fournir des chiffres fiables dans la neutralité, sans juger les choix d’occupation des Français mais en les décrivant.
Une réalité régionale à plusieurs lectures
L’étude bretonne offre ainsi un constat brut sur la manière dont la péninsule habite son territoire. Pour une partie de ses lecteurs, ces chiffres traduisent un attachement légitime à un mode de vie pavillonnaire, à la transmission familiale d’un patrimoine bâti, et à un enracinement territorial qui distingue la Bretagne d’autres régions françaises. Pour d’autres, ils pourront soulever des questions d’efficacité collective du parc immobilier, dans une période où le logement reste tendu dans plusieurs zones urbaines et littorales du pays.
Le débat sur l’usage politique éventuel de telles catégories statistiques — qu’il s’agisse de mesures fiscales, réglementaires ou incitatives — n’est pas tranché et dépasse le champ de l’étude. Mais la publication régulière de ce type de données invite chacun à mesurer la portée des concepts mobilisés par la statistique publique, et la manière dont ils peuvent ensuite alimenter les politiques publiques à venir.
Crédit photo : capture site ville de Guérande (photo d’illustration)
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5 réponses à “Logement en Bretagne aministrative : 36 % des résidences principales disposent d’au moins trois pièces de plus que la norme statistique”
Avant de taper , comme c’est probable, sur le français moyen qui , à force de privations et d’économies a réussi à avoir une résidence secondaire, on s’intéressera à tous les gens du spectacle et de la politique qui prônent le » bien vivre ensemble » dans leurs nombreuses villas et autres propriétés réparties dans le monde
Par la suite, l’INSEE Bretagne nous donnera un éclairage chiffré sur le nombre de paires de chaussettes ou de slips par habitant.
Nom d’une pipe !
A quand l’inspection des armoires pour y compter les petites culottes ? Le comptage des assiettes, etc ?
C’est fou ces statistiques.
Les gens vivent dans LEUR maison ; ils y ont élevé des enfants qui retrouvent leur chambre de temps en temps le week-end ou pour les vacances.
Beaucoup de ces maisons en sont à la troisième génératioN… rénovées, modernisées.
Moi j’attends d’autres statistiques : combien d’appartements attribués aux familles polygames alors que la polygamie est illégale en France ? Par exemple…
Comme vous êtes râleurs, comme me l’avait dit un bénévole du Secours Catholique « Vous ne voulez pas aider vos frères musulmans vous n’êtes pas un bon chrétien ». Vers 2010 à Morlaix un contrôleur présentait son phénomène un Sénégalais ayant 40 enfants déclarés! Et on s’étonnera du déficit abyssal!
c’est idiot ! Quand on reçoit enfants + petits-enfants en vacances, on les met où ?? Et si Mr et Mme ne supportent plus, au bout de 40 ans , de dormir dans la même chambre ?