Crépol : les juges retiennent la circonstance aggravante de racisme, contre l’avis du parquet

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C’est un renversement que peu attendaient. Dans un avis de fin d’information daté du 20 juillet, les juges d’instruction chargés du meurtre de Thomas Perotto à Crépol ont retenu contre les quatorze mis en examen la circonstance aggravante de racisme. Les faits, écrivent-ils, ont visé les victimes en raison de leur appartenance supposée « à la race blanche et à la nation française ».

Deux ans et huit mois après les faits, et alors que l’instruction était close.

Ce que dit la qualification

Le texte reproduit la formule du code pénal : les faits ont été précédés, accompagnés ou suivis de propos, écrits, images ou actes portant atteinte à l’honneur ou à la considération des victimes ou d’un groupe auquel elles appartiennent, à raison de leur appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion.

Et la précision qui suit : en l’espèce, la race blanche et la nation française.

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Il faut mesurer la rareté de la chose. La qualification existe depuis des années dans le code pénal, elle est régulièrement retenue lorsque les victimes sont d’origine étrangère ou de confession juive ou musulmane. Son application à des victimes françaises et blanches est, de l’aveu des juristes qui suivent le dossier, exceptionnelle.

Le parquet disait le contraire

C’est le second élément notable. Cette décision va frontalement à l’encontre du réquisitoire définitif rendu par le parquet de Valence le 12 juin. Le procureur y demandait le renvoi devant la cour d’assises des mineurs de onze des quatorze accusés, pour homicide volontaire et tentative d’homicide volontaire. Il écartait la qualification de bande organisée. Et il ne faisait aucune mention du motif racial.

Sollicité par plusieurs rédactions depuis l’annonce, le procureur Laurent de Caigny n’a pas réagi.

Quatorze témoignages, et une phrase

Sur quoi les juges se sont-ils appuyés ?

Quatorze témoignages recueillis pendant l’enquête font état de propos à caractère raciste anti-Blancs. Parmi eux, une phrase revient, rapportée par plusieurs personnes présentes pendant la scène de violence : « On va planter du blanc. »

Ces éléments figuraient au dossier depuis les premiers mois. Ils avaient été rappelés par les parties civiles dans leurs observations après la clôture de l’enquête annoncée en mai. Me Denis Dreyfus, qui défend quarante-quatre parties civiles ainsi que l’association des victimes du bal, se félicite d’une décision « exceptionnelle ».

« Les familles des victimes avaient très mal vécu que le procureur laisse tomber la bande organisée et cette circonstance aggravante de racisme, alors que c’était lancinant dans la procédure », explique-t-il. Et d’ajouter que la justice ne fait ici « que l’application du droit ».

L’AGRIF, qui s’était vu refuser sa constitution de partie civile par la chambre de l’instruction de Grenoble au motif qu’elle n’était pas saisie par des victimes du bal, a fini par l’obtenir. Elle représente désormais deux jeunes hommes présents ce soir-là, et son avocat Me Jérôme Triomphe a versé des observations sur ce point.

Il faut revenir sur un épisode qui n’a jamais été éclairci.

Le 23 novembre 2023, cinq jours après les faits, une enquêtrice de la gendarmerie rédige un procès-verbal de synthèse intitulé « éléments constitutifs de circonstances aggravantes ». Il compile les témoignages faisant état de racisme anti-Blancs et conclut que les auteurs pourraient être venus au bal de Crépol pour tuer des personnes de couleur blanche.

Le document décrit l’attitude des jeunes de la Monnaie ce soir-là : postés à distance de la piste, observant les autres groupes, multipliant les allers-retours entre l’intérieur et l’extérieur — ce que l’enquêtrice interprète comme des repérages. Il relève que les coups de couteau ont été portés dans des zones vitales, et en déduit une intention de tuer et non de blesser.

Ce procès-verbal, numéroté DA43, a été classé dans le dossier entre les notifications de droits de garde à vue de l’un des mis en cause. Perdu là, il n’a pas été porté à la connaissance de la justice.

À ce jour, le parquet de Valence n’a fourni aucune explication sur ce classement.

Il faut exposer l’autre version, car un procès s’ouvrira sur ces bases.

Les mis en examen ont réfuté tout mobile raciste lors de leurs auditions. Plusieurs affirment avoir été traités de « sales Arabes » pendant l’affrontement. La défense fait valoir un racisme émanant de certains rugbymen présents au bal.

Des enquêteurs spécialisés dans la recherche en sources ouvertes ont par ailleurs épluché les environnements numériques des mis en cause à la recherche de liens avec des contenus islamistes ou anti-Blancs. Le 23 janvier 2024, ils concluaient que ces recherches s’étaient révélées infructueuses.

L’enquête a longtemps privilégié le mobile de l’altercation futile : une dispute entre un rugbyman et un jeune de la Monnaie, dégénérant en rixe générale à la sortie de la salle des fêtes. Coups de poing, tessons de bouteille et chaises projetées au visage, puis les couteaux. Thomas Perotto, seize ans, touché au thorax et au flanc, meurt dans la nuit. Un vigile et trois autres participants sont grièvement blessés, certains hospitalisés en urgence absolue. Aucun des quatorze mis en examen n’a jamais reconnu avoir porté le coup mortel.

Les parties disposent d’un mois pour contester cette requalification. Les juges doivent ensuite rédiger une ordonnance de mise en accusation, attendue d’ici l’automne, en suivant ou non les réquisitions du parquet. La défense pourra en faire appel. Le procès est envisagé pour l’an prochain.

Rien n’est donc définitivement acquis. Mais quelque chose s’est déplacé.

Pendant deux ans, ceux qui relevaient les témoignages sur les propos entendus ce soir-là ont été renvoyés à l’instrumentalisation, à la récupération, au fantasme. Le mot même de racisme anti-Blancs a été présenté comme une invention militante sans consistance juridique.

Deux magistrats instructeurs viennent d’écrire, dans un document de procédure, qu’il désigne quelque chose de réel — et de suffisamment établi pour figurer dans un acte d’accusation. C’est le droit qui le dit, pas un éditorialiste.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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