Lannion : la chambre régionale des comptes épingle une situation financière fragile et des irrégularités dans la gestion du personnel

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Pour boucler les investissements de son budget principal en 2023 et 2024, Lannion n’a pas emprunté : la commune a puisé dans des lignes de crédit à court terme et dans la trésorerie de ses budgets annexes. Résultat, un fonds de roulement tombé à -2,3 M€ fin 2024. C’est l’un des constats du rapport d’observations définitives que la chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne a délibéré le 29 janvier 2026, au terme d’un contrôle portant sur les exercices 2019 et suivants. Deuxième ville des Côtes-d’Armor avec un peu plus de 20 000 habitants, sous-préfecture et ville-centre de Lannion-Trégor Communauté, la cité héritière du CNET et de la photonique en ressort avec un bilan nuancé : gestion prudente au quotidien, mais marges de manœuvre étranglées et une série d’irrégularités à corriger.

Un autofinancement structurellement faible

La photographie financière tient en quelques chiffres. En 2024, la capacité d’autofinancement brute ne représentait que 10,4 % des produits de gestion, loin du seuil de 15 % généralement jugé satisfaisant. Le taux médian des communes bretonnes de la même strate atteint 17 % : Lannion se classe tout en bas.

En cause, d’un côté un rendement fiscal modeste — le produit des impôts locaux par habitant (678 € en 2024) reste nettement sous la moyenne nationale (793 €), et la dotation globale de fonctionnement est particulièrement basse, à 145 € par habitant contre 205 € au plan national. De l’autre, des charges qui progressent plus vite que les recettes (+4,6 % par an contre +4,1 %). La commune peut mettre en avant des dépenses de fonctionnement par habitant inférieures aux moyennes nationales, mais l’équilibre reste tendu.

Des investissements financés à découvert

Le point le plus sensible relevé par la chambre concerne le mode de financement des investissements. En fin de période, faute de recourir suffisamment à l’emprunt, la commune a couvert son besoin par des ressources qui n’ont pas vocation à durer : une ligne de trésorerie de 1,1 M€ et 1,34 M€ ponctionnés sur les budgets annexes, eux-mêmes en partie alimentés par des crédits de trésorerie et un emprunt.

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La CRC estime ainsi que l’endettement « réel » du budget principal avoisine plutôt 20 M€ que les 17,3 M€ affichés. Le message est sans ambiguïté : les équipements doivent être financés par des ressources longues, comme l’emprunt, et le fonds de roulement reconstitué. La dette proprement dite, elle, demeure maîtrisée : 728 € par habitant fin 2024, sous la moyenne de la strate (968 €), avec une capacité de désendettement inférieure à six ans.

Les charges de personnel, talon d’Achille

Plus de 70 % des charges de la commune sont des dépenses de personnel — dix points au-dessus de la moyenne. Ces charges ont bondi de 36 % entre 2019 (13,9 M€) et 2024 (18,9 M€), soit 22,7 % à périmètre comparable. Les effectifs ont progressé de 6,4 % sur la période, y compris dans des services destinés à des publics en diminution, comme la petite enfance.

La commune assume ce choix, revendiquant une gestion « en régie directe » et un rôle de ville-centre. Mais le coefficient de rigidité qui en découle limite fortement sa capacité à réagir en cas de coup dur budgétaire — d’autant que près de 100 départs en retraite sont attendus dans les six prochaines années.

Régime indemnitaire et temps de travail : la série d’irrégularités

C’est sur la gestion des ressources humaines que le rapport se fait le plus incisif. Plusieurs anomalies sont pointées :

  • le complément indemnitaire annuel (CIA), composante pourtant obligatoire du régime indemnitaire, n’a jamais été versé depuis 2020 ;
  • les heures supplémentaires sont payées sans dispositif de contrôle automatisé du temps de travail, contrairement à la réglementation ;
  • le recrutement massif de contractuels (87 % des embauches sur emplois permanents) n’a pu être justifié, faute de comptes rendus d’entretiens ;
  • le poste de directrice de cabinet présente plusieurs irrégularités à régulariser.

Le chapitre sur le temps de travail est particulièrement sévère. Les agents bénéficient de 32 jours de congés annuels au lieu des 25 réglementaires, assortis de jours supplémentaires et de sujétions spéciales que la chambre juge non conformes. Le contrôle de légalité de la préfecture avait déjà signalé ces irrégularités… dès 2019. Présenté à l’époque comme un « accord de transition », le protocole n’a jamais été mis en conformité avec les 1 607 heures légales. La CRC rappelle que la délibération de 2019 n’a fait naître aucun droit acquis : la durée du travail devra être corrigée.

Patrimoine et « Lannion 2030 » : des risques à surveiller

La commune gère un patrimoine bâti important — 152 actifs recensés, dont plusieurs monuments historiques et cinq églises — pour un coût de 2 à 3 M€ par an. La baisse continue des effectifs scolaires (-45 % en trente ans, 950 élèves aujourd’hui contre 1 750 en 1995) devrait conduire à repenser le nombre de groupes scolaires, alors qu’une vingtaine de salles de classe sont déjà inoccupées.

Sur le vaste chantier de revitalisation du centre-ville « Lannion 2030 », la chambre attire l’attention sur les opérations portées par l’établissement public foncier de Bretagne (EPFB). Celui-ci acquiert des immeubles, les dépollue ou les démolit, puis les revend à des opérateurs à un prix souvent inférieur aux dépenses engagées. Ce « déficit foncier » revient à la commune et n’est pas toujours mesurable au démarrage. Le projet « Les Hauts de Penn Ar Stang », sur l’ancien collège Charles Le Goffic, est ainsi estimé à environ 5 M€ nets pour la ville, financés par une participation du budget principal pendant potentiellement trente ans.

Deux maires, deux réponses

Le rapport intervient au moment d’une alternance municipale. Paul Le Bihan, maire pendant toute la période contrôlée, a été remplacé en mars 2026 par son ancien adjoint Éric Robert (union de la gauche), qui hérite du dossier. Dans leurs réponses respectives, les deux hommes saluent le constat introductif de la chambre selon lequel la fiabilité des comptes ne présente pas d’anomalies majeures, et mettent en avant une gestion « rigoureuse et responsable » contrainte par une DGF faible et le rôle de ville-centre.

Paul Le Bihan regrette un rapport à ses yeux trop « tatillon », dont l’accumulation d’observations « mineures » pourrait, selon lui, jeter le doute sur des comptes pourtant fiables. Éric Robert, tout en contestant certaines analyses — notamment le calcul du coût de l’opération Penn Ar Stang et l’appréciation du temps de travail —, indique que la collectivité entend répondre aux treize recommandations. Plusieurs chantiers de régularisation sont d’ores et déjà annoncés : gestion en autorisations de programme, comptabilisation des travaux en régie, déploiement en 2026 d’un logiciel de décompte automatisé des heures, ou encore intégration de la prime annuelle dans le régime indemnitaire.

Reste à traduire ces engagements dans les faits. La loi impose à la commune de présenter, dans un délai d’un an, un rapport détaillant les suites données aux observations de la chambre.

Photo : DR[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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