Stalingrad, la nouvelle bande dessinée d’Antonio Gil

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La bataille de Stalingrad est considérée comme le tournant de la Seconde Guerre mondiale. Une captivante bande dessinée dévoile la souffrance des combattants lors de cette terrifiante bataille urbaine.

14 octobre 1942. Roland Niemann, appelé Rollo, officier de la Wehrmacht, profite des moments de calme pour écrire à sa femme Magda. Il lui raconte les premières semaines de la bataille de Stalingrad, cette ville industrielle située sur les rives du puissant fleuve Volga. D’abord, l’approche de la ville par les armées de l’Axe, de juillet à septembre 1942. Et maintenant, les féroces combats urbains. Les défenseurs transforment les immeubles en forteresses avec mines, barbelés, meurtrières au ras du sol… Face aux troupes soviétiques retranchées, l’armée allemande perd l’avantage de sa mobilité. L’usage de l’artillerie et de l’aviation est compliqué par l’imbrication des lignes de front. En raison de la proximité des belligérants, les chars deviennent très vulnérables aux armes antichars adverses. La bataille se joue dans les étages et surtout les sous-sols. Les Russes se réfugient dans les caves, seuls endroits qui n’ont pas été détruits par les bombardements. Ils se déplacent par les égouts, puisqu’ils en ont la carte, contrairement aux Allemands.

Au fil des semaines, Roland Niemann est de plus en plus pessimiste sur l’issue de la bataille. Les conditions hivernales deviennent particulièrement rudes. Puis, à partir de fin novembre, c’est la contre-offensive soviétique, aboutissant à l’encerclement des troupes allemandes repliées dans des poches et leur reddition, le 31 janvier 1943.

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Curieusement, la célèbre bataille de Stalingrad n’a fait l’objet que de peu de bandes dessinées. Dans l’album Ostfront, le scénariste-dessinateur Fabrice Le Henanff insistait davantage sur la psychologie des soldats, souffrant du froid, de la faim et de l’épuisement, que sur les combats. Ses planches étaient superbes. Dans Stalingrad Khronika, le scénariste Sylvain Ricard imaginait qu’à la demande de Staline lui-même, un commissaire du peuple devait produire un film, en plein milieu des combats de Stalingrad, à la gloire des troupes soviétiques. Ce scenario original, bénéficiant parfois d’un humour grinçant, ne dissimulait pas les turpitudes du régime communiste. Le magnifique dessin expressif de Frank Bourgeron insistait sur les personnages et délaissait la ville de Stalingrad. On n’apercevait que ses bâtiments écroulés sur une neige salie.

Le scenario de ce nouvel album, intitulé Stalingrad – Lettres depuis la Volga, est signé Daniel Ortega del Pozo. Né à Valladolid en 1979, après ses études à l’Université de Burgos, il devient l’auteur de plusieurs romans sur la Seconde Guerre mondiale : Berlin 1945, Renégats de la Wehrmacht…

Il commence par adapter, en bande dessinée, son livre Ciel rouge, aigles bleus, traitant de l’Escadrille bleue, composée de vétérans de la guerre civile espagnole s’engageant auprès de l’Allemagne. Daniel Ortega explique que « les vaincus et leur point de vue vilipendé ont été quelque peu malicieusement oubliés… Où est le témoignage des perdants des conflits de guerre ? » (https://danielortegaescritor.com).

Dans Stalingrad – Lettres depuis la Volga, il présente chronologiquement le déroulement de cette bataille du point de vue des soldats allemands. Chaque chapitre s’ouvre sur une page de texte qui contextualise les combats à venir. On reste saisi par le drame humain vécu pas les soldats et les civils. Les tués ou blessés totalisent 1 130 000 soldats soviétiques et 760 000 soldats allemands, roumains, italiens, hongrois et croates (dont 244 000 prisonniers). En ajoutant les 100 000 civils soviétiques, cette bataille a fait en tout près de 2 millions de victimes.

Le dessinateur espagnol Antonio Gil est un spécialiste de l’histoire militaire. Ses illustrations figurent dans plus d’une centaine de périodiques et dans des ouvrages consacrés à différentes périodes de l’histoire, de la Rome antique aux opérations récentes en Afghanistan et en Irak. Il a également réalisé en Espagne plusieurs bandes dessinées historiques, comme Flandes 1566-1573. Avec le scénariste espagnol Daniel Ortega, il a déjà réalisé 1941 : Voljov (éd. Cascaborra, 2021), une bande dessinée sur la Division Bleue.

En France ont pour l’instant été publiés ses récits sur la seconde guerre mondiale :

– Hans Joachim Marseille. Cet album présente Hans-Joachim Marseille, pilote de chasse allemand surnommé « L’Étoile d’Afrique ». À bord de son Messerschmitt Bf 109, il cumule le record absolu de 158 victoires aériennes contre les Alliés, au-dessus de la Manche ou en Afrique du Nord. Le récit dévoile sa vie agitée, son attitude chevaleresque mais aussi sa désobéissance envers l’autorité.

– La première Escadrille bleue. En juillet 1941. L’Espagne franquiste envoie des pilotes et des mécaniciens, tous volontaires, pour former une escadrille de chasse aux côtés de l’Allemagne. Le commandant Ángel Salas Larrazábal boucle la liste. Au nombre de 113, il s’agit souvent d’anciens Phalangistes qui déjà s’étaient battus pendant la Guerre d’Espagne. Arrivés sur le front, après des exercices de pilotage, les hommes de Salas reçoivent leurs Bf 109. Les pilotes de l’escadrille Bleue se signalent par leur courage et leur efficacité.

–  Richard Halsey Best. Cet album décrit les exploits d’un pilote de l’US Navy durant la guerre du Pacifique. Basé avec son escadron sur l’USS Enterprise, ce pilote de bombardier en piqué a coulé un porte-avions japonais durant la bataille de Midway (juin 1942).

– Lidiya Litvyak. Cet album rappelle le parcours d’une aviatrice soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle avait, à son décès à 21 ans, accompli 168 missions et comptait 12 victoires.

– Rudolf Hess – Le mystère non résolu. Cet album se concentre sur le vol de Rudolf Hess, le 10 mai 1941, lorsqu’il se rend, seul, en Écosse, dans le plus grand secret, aux commandes d’un avion Messerschmitt Bf 110, afin de proposer un traité de paix séparée avec le Royaume-Uni.

– Ye Olde Pub. Cet album se concentre sur le vol du Bombardier B-17 « Ye Olde Pub », de l’Air Force, qui décolle de la base de Kimbolton en Angleterre, avec pour mission de bombarder à Brême des usines de fabrication du Focke-Wulf 190.

– Le flûtiste de Arnhem – Opération Market garden. Pendant la bataille de Market Garden, les Alliés forment un commando à la hâte afin de récupérer les informations vitales détenues par le dernier membre du SOE sur le sol hollandais.

Le dessin réaliste d’Antonio Gil convient bien à un récit historique. Il dessine à la perfection les uniformes et le matériel de guerre, notamment les avions de la Luftwaffe. La colorisation sombre insiste sur le ton particulièrement dramatique du scenario.

Kristol Sehec

Stalingrad – Lettres depuis la Volga, 112 p., 29,95 euros. Edition Clair de Lune, Collection Envergure.

Illustrations : DR

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