Gael Briand relate “gentiment » les déclarations de Marine Le Pen lors des débats à l’Assemblée nationale consacrés à l’examen de la proposition de loi constitutionnelle visant à accorder une certaine autonomie à la Corse ; or, il aurait pu la massacrer en soulignant ses incohérences… « Marine Le Pen cite plusieurs écueils, mais affiche la volonté d’aller vers une “réconciliation“. Refusant “l’affirmation constitutionnelle d’une communauté corse“ au motif que “la République ne reconnaît qu’une seule communauté : la communauté nationale, dont les Corses sont les enfants“, la patronne du RN parle en revanche d’“âme corse“ ! (…) “Si l’autonomie se fait au nom du nationalisme tiers-mondiste des années 1970, si c’est un sésame pour ouvrir la Corse à la submersion extra-européenne, c’est non. Si c’est pour abandonner nos compatriotes corses à des logiques féodales ou mafieuses, c’est non. Si c’est le cadeau d’adieu d’un régime aux abois à la division antinationale, c’est encore non.“ Mais elle défend “ l’instauration de la préférence locale sur l’île pour les logements HLM.“ Selon elle, “ l’autonomie doit être raisonnable. Si les capacités d’adaptation législative nous semblent pertinentes, voire nécessaires, elles ne peuvent ouvrir une compétence législative générale, qui serait à la fois absurde et impraticable“. Un contrôle de légalité serait en revanche nécessaire pour celle qui, rappelons-le, veut purement et simplement faire disparaître l’échelon régional. » (Le Peuple breton, juillet-août 2026) Au final, le RN a voté contre le projet de loi.
Marine Le Pen n’a pas la reconnaissance du ventre
Effectivement, plusieurs arguments peuvent être opposés à Marine le Pen. D’abord, elle aurait pu se souvenir des services rendus par la Corse à sa cause. Ainsi, à plusieurs reprises, si Jean-Marie Le Pen et elle ont pu être candidats à l’élection présidentielle, c’est grâce aux parrainages fournis par les maires corses. On peut également lui remettre en mémoire les résultats du second tour de l’élection présidentielle de 2022 : en Corse, elle écrase Emmanuel Macron ((58,08 %/ 41,92 %). Alors que le Rassemblement national, en tant que formation politique, n’existe pas en Corse, Marine Le Pen décide de soutenir aux élections municipales la liste conduite par Nicolas Battini à Bastia – or le leader de Mossa Palatina est un nationaliste pur et dur ! Au même moment, le conseiller de Marine le Pen Philippe Olivier déclare dans Corse Matin : « Notre réflexion sur la Corse s’inscrit dans une approche plus girondine, comme pour d’autres régions telles que la Bretagne ou l’Alsace ou la Picardie. Nous souhaitons promouvoir les identités et cultures locales sans qu’elles entrent en conflit avec la culture nationale. »
A propos de « l’autonomie raisonnable » et de la « communauté nationale », il est bon de rappeler que la République française, outre les régions (métropole et outre-mer), comprend une collectivité à statut particulier (Corse), quatre territoires d’outre-mer (Wallis-et-Futuna, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, terres Australes et Antarctiques), deux collectivités d’outre –mer à statut particulier (Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon), trois provinces au sein d’un TOM (Nouvelle-Calédonie). Quant à Gilles Simeoni, il s’empresse de souligner que « la Corse est la seule grande île en Méditerranée et de la façade atlantique à ne pas bénéficier d’un statut d’autonomie. Les Açores, la Sicile, la Sardaigne, les Baléares, les Canaries ont su construire une relation apaisée avec leurs Etats respectifs. Elles ne revendiquent pas l’indépendance. » (La Tribune Dimanche, 14 juin 2026)
Bernard Morvan
Photo d’illustration : DR
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