Terrain MINé pour le PS de Loire-Atlantique

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18/05/2015 – 07H00 ‑ Rezé (Breizh-info.com) ‑ Le projet de Notre-Dame-des-Landes n’est pas la seule opération immobilière de grande envergure à susciter des convoitises au sud de la Bretagne. Le transfert du marché d’intérêt national (MIN) de Nantes provoque aujourd’hui de violents remous au sein du Parti socialiste local.

Le MIN, plate-forme régionale de commerce de gros de produits alimentaires, est actuellement implanté sur une vingtaine d’hectares à Nantes, en bord de Loire ; sur l’autre rive, c’est Rezé. Le MIN, qui concentre plus de cent entreprises et plus de mille emplois, s’est installé là en 1969. Son capital est réparti entre Nantes Métropole, le département de Loire-Atlantique et la Caisse des dépôts (28 % chacun) ainsi qu’une demi-douzaine de partenaires, mais la communauté urbaine de Nantes y tient la barre. Elle a décidé de transférer l’établissement à Rezé en 2018 pour libérer le terrain où Jean-Marc Ayrault souhaitait reconstruire le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes.

Cet énorme jeu de taquin (déplacement du MIN, déplacement du CHU, réutilisation des terrains du CHU dans le centre de Nantes, construction de giratoires et d’une nouvelle bretelle d’accès au périphérique de Nantes, etc.) met en jeu des intérêts financiers colossaux. Par exemple, la rémunération de l’architecte parisien chargé de la construction du nouveau MIN dépasse à elle seule 4,2 millions d’euros (les conditions de sa désignation ont par ailleurs été contestées).

S’y ajoutent des enjeux de pouvoir. Nantes et Rezé, 40.000 habitants tout de même, se regardent en chiens de faïence depuis toujours ; cette fracture ne fait qu’aggraver les luttes de courants et les conflits de personnes au sein de la gauche locale, qui a presque tout le temps gouverné Rezé depuis le 19e siècle. Lors des municipales de 2014, le socialiste Gilles Retière ne se représentant pas, un ancien assistant parlementaire de Jean-Marc Ayrault, Thierry Violland, longtemps patron de l’agence locale d’urbanisme, aurait voulu récupérer la place avec la bénédiction du prédécesseur de Retière, l’ancien député Jacques Floch. Sévèrement blackboulé par les militants locaux, qui lui avaient préféré Gérard Allard, ancien adjoint de Gilles Retière, Violland avait été recyclé comme conseiller de Johanna Rolland, nouvelle maire de Nantes (en attendant un siège de conseiller régional, au détriment de l’un des conseillers PS sortants).

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Le MIN doit se choisir un nouveau président ce mercredi. Nantes Métropole a décidé que ce serait Pascal Bolo, ancien inspecteur des impôts, ancien directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, premier adjoint au maire de Nantes, vice-président de Nantes Métropole, conseiller départemental, suppléant du député François de Rugy, président de la société nantaise de transports publics (Semitan), représentant de Nantes Métropole dans divers conseils d’administration ou de surveillance. « Bolo souffre de boulimie institutionnelle », estime un socialiste déçu. « Il compense sa frustration de n’avoir pas été choisi comme successeur de Jean-Marc Ayrault ».

La désignation de cet archi-cumulard a fait bondir Gérard Allard, nouveau maire de Rezé, qui assure que le poste lui revient de droit puisque le MIN va être transféré sur sa commune. Et aussi, semble-t-il, parce qu’il lui avait été promis en haut lieu. En tout cas, il se proclame publiquement très déçu de la « nouvelle gouvernance » annoncée par Johanna Rolland. Les barons de cette dernière ont aussitôt serré les rangs. Fabrice Roussel, maire de La Chapelle-sur-Erdre, a reproché à son collègue rezéen une « attitude irresponsable ».

La droite nantaise compte les points avec délectation. « Johanna Rolland est incapable de dire non à son adjoint Pascal Bolo », commente Laurence Garnier, candidate d’union de la droite battue aux dernières municipales, tandis que son collègue et rival Julien Bainvel fustige « l’amateurisme de Gérard Allard » (ces deux déclarations figurent dans le dossier publié par Presse Océan le 14 mai). Quant à Gatien Meunier, président de Démocratie 44, il dénonce la « gestion très opaque » du MIN.

« Tout le monde semble avoir oublié que ce cirque lamentable découle tout entier du projet de transfert du CHU sur le site du MIN », ricane cependant un militant de droite. En effet, ce coûteux projet de Jean-Marc Ayrault, un dossier à plus d’un milliard d’euros, contesté sur le plan médical et financier, pourrait avoir du plomb dans l’aile vu l’état des finances publiques. S’il était abandonné, le transfert du MIN ne serait qu’un vaste gâchis. Et l’étalage d’ambitions actuel aussi.

Photo : copie d’écran Google Earth
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