« Nantes est belle et mérite qu’on se batte pour elle », affirmait Johanna Rolland pendant la récente campagne électorale. Elle aura l’occasion de nous prouver son efficacité en la matière puisque sa ville enregistre déjà quatre morts liées au narcotrafic. En effet, depuis sa réélection, en un mois, les « exécutions » ont repris à un rythme soutenu. Un combat qui exige une volonté politique, des crédits, des effectifs et un quadrillage des quartiers « sensibles ». Seule une présence permanente sur le terrain de la police municipale peut non seulement endiguer le trafic, mais encore dissuader les « tireurs » de passer à l’acte.
On ne peut pas reprocher à Johanna Rolland d’être une excitée de la sécurité – ce n’est pas sa tasse de thé. Certes, pendant la campagne de ces récentes élections municipales, elle s’est engagée à mettre à la disposition de l’Etat des locaux pour l’installation d’un commissariat dans un des quartiers populaires de Nantes – sans préciser lequel. « Chaque semaine, on me parle des commissariats de proximité disparus », explique-t-elle (Ouest-France, Nantes, vendredi 16 janvier 2026) Elle s’engage également, si elle est réélue, à « renforcer les effectifs de police municipale et de prévention » (Ouest-France, Nantes, jeudi 29 janvier 2026)Son programme comprend deux cents mesures pour une ville de Nantes « juste, écologique et solidaire ». Parmi elles, le renforcement des effectifs de la police municipale, de l’unité métropolitaine des transports en commun… Plus facile à dire qu’à faire puisque les difficultés de recrutement sont réelles (Ouest-France, Nantes, mardi 3 février 2026). Arrive le premier tour des élections municipales. Dans la profession de foi de « La Gauche unie pour Nantes avec Johanna Rolland », quelques lignes sont consacrées à la sécurité : « Parce que la sécurité est un droit fondamental au cœur d’un pacte républicain, notre mobilisation aux côtés de l’Etat reste totale : doublement de la police métropolitaine des transports, renforcement des effectifs de la police municipale, plus de médiateurs de quartier, boutons SOS dans l’appli Naolib . »
« La résistance antifasciste » à Nantes
On sent davantage d’allant et de conviction lorsqu’il est question de l’“antiracisme“ et de la “lutte contre les discriminations“. « Parce que la République c’est pour toutes et tous, partout : dispositif d’accueil de la parole des victimes et soutien aux associations. Formation de tous les agents publics en contact avec le public, et des acteurs de l’emploi et du logement. » Au second tour, on a droit à la même musique, avec le renfort de William Aucant, tête de liste LFI, qui a pratiqué une « fusion démocratique » (sic) avec « La gauche unie pour Nantes avec Johanna Rolland » Dans la profession de foi, Aucant développe ses grandes ambitions : « Durant les six prochaines années, au sein du conseil municipal et du conseil métropolitain, nous serons aux côtés des Nantaises et des Nantais dans leurs luttes. En responsabilité, nous ferons du conseil municipal un lieu central de la résistance antifasciste à Nantes. Faisons de notre ville le point de départ de la reconstruction de ce qui a été détruit par les années Macron. » Si l’accord technique est une chose utile et passagère, il n’empêche pas les neuf élus de La France insoumise de constituer un groupe d’opposition au sein du conseil municipal. « Avec une boussole claire. “ On sera la conscience de gauche de la majorité sortante“, répond William Aucant. Cette ville qui, estime-t-il, pencherait parfois trop à droite, par exemple sur les questions sécuritaires, lui et ses colistiers veulent la “ remettre à gauche“ » (Ouest-France, Nantes, mardi 24 mars 2026). Confirmation est donnée par Andy Kerbrat (LFI), député de Nantes centre : « Johanna Rolland aura désormais un sacré caillou dans sa chaussure : mes camarades insoumis pour la ramener vers sa gauche. Face à une majorité socialiste coupée des luttes, ils seront le relais des colères et des mobilisations populaires. » (Presse Océan, mardi 24 mars 2026).
Peu de temps après sa réélection, Johanna Rolland aborde timidement la question de la sécurité. « Des Nantais ont-ils pu hésiter lors du premier tour pour des questions de sécurité ? C’est une vérité. Je l’ai entendu sur le terrain, bien que les résultats se soient améliorés. C’est pour cela que nous allons continuer à nous battre », explique-t-elle. Pleine de bons sentiments, elle fait référence au « devoir d’inventaire », elle évoque sa volonté de pas « se remettre au travail en mode routine », « mon humilité est totale », proclame-t-elle (Ouest-France, Nantes, 28-29 mars 2026) On comprend tout de suite que la sécurité n’est pas sa priorité.
Quatre morts en un mois
Bien sûr, dans les quartiers, la « routine » reprend le dessus : coups de feu ici et là, échanges de tirs entre bandes, balle qui traverse un appartement, adolescent blessé par des balles… Rien d’inquiétant pour les Nantais qui sont habitués depuis longtemps à cette situation. Et Johanna Rolland n’a pas lieu de se préoccuper de ces petites “bavures“ qui constituent son menu habituel. Les affaires sont les affaires : accaparer les points de deal est le souci quotidien des “bandes“. Jusqu’à ce que ces dernières passent au niveau supérieur : dans la guerre des stupéfiants, on tue. Le 28 avril, quartier de la Bottière, un mort et un jeune grièvement blessé. Le 14 mai, quartier de Port-Boyer, un mort et deux blessés. Le 26 mai, quartier de la Halvêque, un mort. Le 4 juin, quartier de la Bottière, un mort.
Question à William Aucant : est-ce que ces quatre morts entrent dans le cadre des « luttes » ? Question à Andy Kerbrat : est-ce que ces quatre morts entrent dans le cadre des « mobilisations populaires » ? Quant à Johanna Rolland, elle se contente d’un gentil blabla : « Les moyens doivent être mis en œuvre pour mettre un terme à ces règlement de compte. » (X, jeudi 4 juin 2026). Il est vrai qu’elle a une grande idée pour lutter contre le narcotrafic : « J’appelle à la création d’un service de renseignement dédié comme l’a fait la Grande-Bretagne, en nous inspirant de ce que nous avons créé en France pour lutter contre le terrorisme. En revanche, je ne pense pas que modifier la Constitution soit utile ni nécessaire. » (Dimanche Ouest-France, 24 mai 2026) Il faut la nommer ministre de l’Intérieur…
Si cette séquence dramatique avait eu lieu pendant la campagne électorale, Foulques Chombart de Lauwe (tête de liste droite et centre) aurait trouvé là un argument formidable : que fait Johanna Rolland pour empêcher les tueries ? Il est possible qu’il n’ait pas eu à lancer : « Madame Rolland, vous n’êtes pas débarrassée de moi, vous n’êtes pas débarrassée de nous. Je serai votre opposant en chef. Et nous vous battrons dans six ans » (Ouest-France, Loire-Atlantique, lundi 23 mars 2026). En effet un électeur qui a la trouille ne vote pas de la même manière qu’un électeur satisfait de son sort ; et ça change le résultat des élections…
Bernard Morvan
Photo : Theodore Markovic/Wikimedia (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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