Corse, Alsace, Bretagne : pourquoi le régionalisme de gauche ne fait pas le poids face à Marine Le Pen ou à Mélenchon ?

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25/04/2017 – 07h55 Rennes (Breizh-Info.com) – Le premier tour des élections présidentielles a rendu un verdict sans pitié dans les régions où, traditionnellement, le sentiment régional est particulièrement fort. En Corse, Marine Le Pen arrive en tête avec 27,88%, devant François Fillon 25,52%, Macron (18%) et Mélenchon (13%).

Dans une région administrée par les nationalistes Corses, cela pourrait surprendre ; il n’en est rien, c’est surtout le message que les élites régionalistes corses déclament au quotidien qui semble ne pas être le même que celui de la population, nous y reviendrons.

En Alsace, avec 24,69% dans le Bas-Rhin et 27,16% dans le Haut-Rhin, là encore, Marine Le Pen arrive en tête.

En Bretagne, dans les zones où Christian Troadec, chef de file des régionalistes de gauche n’ayant pas obtenu les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, réalisait ses meilleurs scores aux régionales (Centre Bretagne) c’est Mélenchon qui le remplace en tête des suffrages, c’est à dire un homme qui se revendique ouvertement du jacobinisme et de l’état central.

Quelles conclusions tirer ?

Non pas se contenter, comme Unser Land, les régionalistes de gauche alsaciens, de condamner Macron et le Front national : « nous rappelons que Marine Le Pen et son parti, le Front National, sont profondément jacobins et combattent l’idée d’une Alsace autonome et d’une Europe forte. Le FN ne représente en aucun cas une alternative souhaitable pour les Alsaciens ».

Car oui, qu’ils soient Bretons, Corses, Basques, Alsaciens, beaucoup ont lu que Marine Le Pen voulait supprimer les régions administratives, et ont été choqués et/ou révoltés. Beaucoup savent que le Front national – ou que le parti de Jean-Luc Mélenchon – sont des partis contre l’Europe des patries charnelles, contre la régionalisation. Et pourtant, beaucoup ont voté pour ces candidats.

La réponse est, tout simplement en ce qui concerne Marine Le Pen, que les Corses ou les Alsaciens votent pour elle avant tout par rejet de l’immigration (ce que ne semble pas comprendre non plus Marine Le Pen qui s’acharne sur des thématiques répulsives comme celle de la sortie de l’euro) une thématique de l’immigration jugée plus importante que la thématique régionale ; les régionalistes de gauche sont en effet empêtrés dans des contradictions que n’hésitent pas à souligner leurs détracteurs ; militants pour leur région et contre la disparition par exemple de leur région administrative, ils ne disent jamais mot sur l’immigration (ou alors l’épousent) qui pourrait elle, changer véritablement la composition ethnique de l’entité administrative qu’ils prétendent défendre.

En Corse, de nombreux contacts que nous avons nous confient d’ailleurs que certains responsables politiques nationalistes – s’ils tiennent en public des propos teintés d’une certaine langue de bois – sont nettement plus prononcés sur cette question dans un cadre privé.

En Bretagne – où l’immigration n’atteint pas les proportions de toutes les zones de France qui ont porté en tête Marine Le Pen, c’est vers Jean-Luc Mélenchon, notamment, que s’est portée une partie des électeurs du régionaliste Troadec, mais aussi vers Marine Le Pen. Pour la seconde, nous venons d’expliquer pourquoi. Pour le premier, les électeurs ont tout simplement considéré que le renversement de table, mais également la lutte sociale  y compris venant d’un homme qui a en horreur le régionalisme, valait mieux que l’immobilisme ambiant.

La morale de cette histoire ?

Le régionalisme de gauche est dans une impasse totale.

Imprégné de réflexes finalement très « républicains français » (condamnation systématique du FN, barrage sanitaire …), préoccupé par des sujets qui, pour le peuple, sont secondaires eu égard de la situation actuelle (comment expliquer à un électeur que la défense des langues régionales ou de la réunification bretonne serait une question fondamentale par rapport à celle de la lutte contre l »insécurité , le chômage, l’islamisme ?), comment peut-t-il encore peser, alors qu’il est de surcroit très souvent dirigé par des leaders vieillissants, imprégnés encore des idéologies (notamment tiersmondiste) du XXème siècle, et qui semblent hors du temps ?

Même à l’extrême gauche, les indépendantistes ne sont pas ou peu rejoints par leurs « camarades » dès lors qu’il s’agit de la question de la défense d’une identité régionale ou locale – défendre son identité étant jugé par certains trotskistes notamment comme « à la limite » du nationalisme.

Ces défaites et ces contradictions qui se répètent, ici ou là chez les régionalistes, à longueur d’élections , devraient entrainer, dans les mois à venir, une large réflexion. Tout du moins si les partisans des patries charnelles notamment espèrent encore un jour en France pouvoir réellement convaincre l’opinion du bienfondé de la rupture avec la République française …

Yann Vallerie

Crédit Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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6 réponses à “Corse, Alsace, Bretagne : pourquoi le régionalisme de gauche ne fait pas le poids face à Marine Le Pen ou à Mélenchon ?”

  1. Romain Cas dit :

    Merci de ne pas considérer « de gauche » tous ceux qui sont à gauche de l’extrême droite.
    Ça devient juste n’importe quoi.

    Moi je pense au contraire que Marine monte, justement parce qu’elle ralentit sur les délires liés à l’immigration et qu’elle recentre le débat sur un référendum pour ou contre l’UE (qui on le sait déplait fortement à un pays aux fortes valeurs nationalistes).

    Si vous pensez qu’un virage à l’extrème droite regardez ce qui se passe en Alsace, où il y a exactement 2 partis régionalistes :

    – Unser Land de centre droit qui a finit 3e derrière FN et UMP aux départementales et régionales qui a siphonné les voix du MODEM et une partie de l’UMP.

    – Alsace d’Abord qui tient exactement le même discours que vous et qui a complètement disparu en se faisant siphonner par le FN.

  2. Gwendal Pennanech dit :

    Il y eut le même phénomène en Ecosse pendant longtemps le vote se différenciait entre SNP aux élections locales et Labour aux élections générales. Puis les choses ont évolué. Il faut commencer petit. Puis s’enraciner dans le paysage politique. Cela étant dit le régionalisme est une impasse particulièrement dans le système français très prédateur. Examples : UDB et Alsace D’Abord. Il faut aller directenent au nationalisme sans outrance mais sans complexe.

    Comme nos petites nations sont minoritaires les élections présidentielles ne nous seront jamais favorables.

  3. aghir dit :

    Force est de constater qu’une fois de plus, les Bretons ont voté comme des cons!

    • Gwendal Pennanech dit :

      Je dirais plutôt : les Bretons ont voté ce qui est con! Il n’y avait que des candidats centralisateurs jacobins. Donc néfastes. Elections françaises = abstention bretonne

  4. FrankizBreizh dit :

    Ne pas mettre la Corse avec 31,96 % d abstention avec les pathologies névrotiques Bretonnes et alsacienne. Merci

  5. Romain Cas dit :

    Quoi qu’il en soit, on pourra vérifier votre théorie aux législatives :

    Unser Land et Alsace d’Abord se confrontent dans 3 circonscriptions (sans autre candidat régionaliste).

    Malheureusement j’ai peur que les enjeux français l’emportent sur tous les 2 …

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