Irlande. Massacre de Ballymurphy : les familles évoquent « l’utilisation illégitime de la force par l’armée britannique »

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Le Massacre de Ballymurphy – durant lequel 10 personnes ont été tués en Irlande – à l’ouest de Belfast, en août 1971 a été le résultat d’un « usage illégitime, injustifié et aveugle de la force par l’armée britannique » a-ton entendu au tribunal de Belfast ce lundi 12 novembre à l’occasion de la réouverture de l’enquête sur cette affaire douloureuse.

ballymurphy

Joseph Corr, Danny Taggart, Eddie Doherty, Fr Hugh Mullan, Frank Quinn, Paddy McCarthy, Joan Connolly, John McKerr, Noel Philips, John Laverty and Joseph Murphy,assassinés dans l’ouest Belfast en 1971

Neuf hommes et une femme ont été tués dans ces fusillades, connues sous le nom de « massacre de Ballymurphy », qui ont duré trois jours en août 1971.

Les meurtres ont eu lieu au cours d’une opération de l’armée britannique connue sous le nom d’opération Demetrius. Suite à cette opération des individus suspectés d’appartenir à l’IRA avaient été détenus sans procès. Cette nouvelle politique à l’époque en Irlande du Nord permettait un internement sans procè. Le régiment de parachutistes chargé de l’opération est le même que celui qui sera responsable ultérieurement du Bloody Sunday dans Derry, le 30 janvier 1972.

En réaction à l’arrivée des troupes britanniques, des scènes de panique ont lieu dans les quartiers catholiques et des barricades sont érigées. La population se prépare pour une émeute. Certains jeunes confectionnent des cocktails Molotov. Le quartier protestant voisin n’est séparé alors que par une barrière de moins de 2 mètres de haut, contre un mur de plus de 5 mètres actuellement. Des heurts ont lieu entre les deux communautés, avec des jets de pierre et quelques tirs au fusil de chasse, faisant au moins un blessé. L’armée s’interpose pour les faire cesser. Les catholiques proches de la rue Singmartin quittent alors leur maison. Les tirs mortels commencent peu avant la tombée du jour. Selon la déclaration des soldats du régiment parachutiste, alors qu’ils entraient dans la zone de Ballymurphy, ils ont répliqué à des tirs de militants républicains. Cependant, aucune arme n’est retrouvée sur les cadavres.

En 2011, le procureur général d’Irlande du Nord, John Larkin, avait ordonné que de nouvelles enquêtes soient ouvertes après une longue campagne. Menée par des membres de la famille qui prétendaient que les premières enquêtes étaient faussées.

Les soldats ont longtemps été tenus pour responsables du meurtre des dix personnes. Ce récit officiel s’est obscurci récemment lorsque d’anciens membres de la force paramilitaire volontaire de l’Ulster (UVF-loyalistes) se sont manifestés. Ils affirment que leur organisation était également impliquée.

Lors de l’ouverture des enquêtes à Belfast lundi, Sean Doran, représentant des médecins légistes, a déclaré que chaque incident individuel et chaque décès nécessiteraient un « examen minutieux ». Ce dernier a déclaré : « La défense des militaires s’appuie sur le fait que l’usage légitime de la force a été utilisé à une époque de tensions accrues et de réponse à des menaces spécifiques.»

Ce dernier d’ajouter : « C’est une version opposée à celle des familles qui estiment que les décès sont le résultat d’un usage illégitime, injustifié et indiscriminé de la force par l’armée sur des civils ». Ce dernier a déclaré que les enquêtes avaient été très limitées, notamment en raison des difficultés à obtenir des témoignages, et des rapports de médecine légale précis – en raison de la période de troubles de l’époque.

Pour M. Doran, l’enquête initiale n’est pas allée assez loin, ce qui nécessite de nouvelles enquêtes, qui devraient se poursuivre jusqu’en mars prochain. M. Doran a déclaré que le tribunal examinerait une période de temps à Belfast pendant laquelle il y a eu environ 12 explosions, 59 fusillades, 17 morts, 25 blessés, 13 émeutes, 18 incendies criminels et de nombreux actes de guerre civile.

https://www.youtube.com/watch?v=idPHsKbC2Ds&list=PLeUc96RFPGrcRQuVCCYELjHIvvi2J38aw

Les familles mobilisées

Les familles des 10 victimes se sont rassemblées devant le tribunal de Laganside à Belfast avant l’enquête, tenant des photos des victimes et des banderoles appelant à la justice. Des représentants politiques du Sinn Féin, du SDLP, de People Before Profit et de Alliance étaient également présents.

John Teggart, dont le père Daniel était l’un de ceux qui ont été tués, a déclaré avant l’audience : « Ce sont des émotions mitigées devant le tribunal aujourd’hui, mais la détermination des familles à découvrir la vérité nous a menés jusqu’ici. »

L’avocat Pádraig Ó’Muirigh, qui représente certaines des familles, a déclaré : « Aujourd’hui, 47 ans après que ces familles aient perdu leurs proches, 46 ans après l’enquête initiale, sept ans après l’orientation d’une nouvelle enquête, nous sommes enfin ici. C’est un hommage à la résilience de ces familles courageuses, alors je tiens à les féliciter pour tous les jours difficiles qu’elles ont vécus. J’espère qu’il s’agit d’un nouveau départ d’un processus visant à découvrir ce qui est arrivé à leurs proches. Au cours des prochains mois, le tribunal examinera les preuves et nous sommes très confiants que l’innocence de leurs proches sera clairement établie et que leurs noms seront enfin blanchis.»

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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