Jean-Corentin Carré, l’enfant soldat du Faouët (bande dessinée)

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L’intégrale des trois albums de la bande dessinée Jean-Corentin Carré l’enfant soldat vient de paraitre. Profitons-en pour découvrir le parcours hors du commun de ce Breton qui était considéré comme le plus jeune poilu de France.

Août 1914, au Faouët, chef-lieu de canton du Morbihan. L’ordre de mobilisation générale est affiché sur les murs. La revanche de 1870 a enfin sonné ! Mr Carré enfile son uniforme militaire et, dans l’allégresse générale, part avec les autres hommes du village. Il laisse sa femme et son fils Jean-Corentin. Celui-ci, né le 9 janvier 1900, se démarque déjà par son intelligence. Il rêve également de partir au front… mais il n’a que 14 ans. Sa demande d’engagement volontaire est refusée par le maire du village. Sa mère espère de tout cœur qu’il restera bien au Faouët. Toujours décidé à porter l’uniforme, il se présente en mai 1915 au bureau de recrutement, sous une fausse identité. Pour être admis, il déclare s’appeler Auguste Duthoy et être né à Rumigny en 1897 dans le département des Ardennes. Puisque ce département est alors occupé par l’armée allemande, aucune vérification n’est possible…

Malgré son visage juvénile, Jean-Corentin parvient ainsi à être incorporé, à Rennes, au 410ème Régiment d’infanterie. Il est alors l’un des plus jeunes soldats de France. Il se retrouve parmi ses compatriotes bretons. C’est en Champagne qu’il découvre la guerre, le 15 novembre 1915, dans le secteur du Mesnil-lès-Hurlus. Dans la boue des tranchées, les poilus tentent de le protéger. En 1916, à seulement 16 ans, il participe à la bataille de Verdun et fait preuve d’un courage et d’un sens du devoir exemplaires. Malgré son dégout de la guerre des tranchées, promu caporal, il est souvent volontaire pour mener à bien les missions périlleuses. Même si, dans son village breton natal, les autorités sont fières de lui, sa mère a le cœur serré lorsqu’elle reçoit un courrier de son fils.

Le « Petit Poilu du Faouët »

Fin 1916, Jean-Corentin Carré est envoyé sur le front de Champagne. Sa notoriété va grandissante. On l’appelle le « Petit Poilu du Faouët ». Il avoue sa véritable identité en 1917, lorsqu’il atteint l’âge légal pour s’engager comme volontaire. Mais il culpabilise de voir ses camarades mourir alors qu’il survit à toutes les missions risquées. Souhaitant quitter la guerre des tranchées, il commence son instruction dans l’armée de l’air à Dijon puis à Étampes, et obtient le 3 octobre son brevet de pilote. Dans le ciel de la Meuse, il effectue des vols de reconnaissance puis devient pilote de chasse. Mais il périt dans un combat aérien le 18 mars 1918…

L’histoire de Jean-Corentin Carré (1900-1918) a captivé Pascal Bresson, qui vit dans le pays malouin. Ce scénariste respecte le parcours du jeune Jean-Corentin. Pour donner de l’authenticité, il utilise même, par moments, la langue bretonne ainsi que des termes d’argot de l’époque. Il révèle avoir eu l’idée d’adapter en bande dessinée la vie de Jean-Corentin Carré lorsqu’il s’est rendu compte que son arrière-grand-père avait combattu à ses côtés. Il apprécie les valeurs patriotiques transmises par cet adolescent qui se sauve de chez lui pour se battre.

Dans le tome 2, Pascal Bresson décrit l’enfer de Verdun. Les soldats français s’y battent avec acharnement pour refouler l’ennemi. En découvrant l’horreur des tranchées (humidité, froid, boue… et perte des amis) Jean-Corentin Carré perd son âme d’enfant. A l’arrière, dans son village breton, le discours patriotique des politiciens perd également de sa vigueur. Il n’y est pas pour rien. Lorsqu’il obtient quelques jours de permission et revient en Bretagne, il témoigne en effet de l’horreur de la guerre. C’est pourquoi, dans le tome 3, il va rejoindre les pilotes qui, survolant les champs de batailles, meurent avec panache…

Le dessin est réalisé par Stéphane Duval, pour les douze premières pages qui sont de meilleure qualité, puis par Lionel Chouin, pour les suivantes. Né à Rennes, Stéphane Duval a réalisé de nombreuses œuvres sur le monde celtique (Les Lutins et Red Caps aux éditions Delcourt) et les Vikings (Aëla, aux éditions Delcourt). Le dessinateur Lionel Chouin, né à Quimper, vit à Rennes. Les couleurs sont réalisées par Jean-Luc Simon.

Le dessin accentue judicieusement l’expression des visages. La reconstitution des tranchées et du village du Faouët est convaincante. Stéphane Duval et Lionel Chouin dessinent admirablement les Halles, l’église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption ainsi que les ruelles tortueuses du Faouët. La description des tranchées est également réussie et certainement proche de la réalité. Les auteurs ne dissimulent pas que de l’eau de vie était servie eux bretons avant un assaut périlleux. Ce dessin adoucit la dureté du récit.

Le monument à Corentin Carré, au Faouët (Morbihan). Photo Breizh-info.com

Cette bande dessinée exalte ainsi le patriotisme de celui qui était considéré comme le plus jeune poilu de France. En quelques mois, le petit écolier du Faouët devient un héros en Bretagne. Aujourd’hui encore, on peut voir, dans sa commune natale du Faouët, le monument en l’honneur de Jean-Corentin Carré.

Kristol Séhec

Jean-Corentin Carré, l’enfant soldat : Intégrale, 144 pages. 29 euros. Editions Paquet.

Illustrations : DR
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