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Trois hommes grièvement blessés dans des attentats de l’IRA en Angleterre viennent de renoncer à leur procès civil contre l’ancien président du Sinn Féin, Gerry Adams. Ils affirment que cette issue « ne représente en rien une victoire » pour lui, mais le résultat d’un système qui les exposait soudain à des conséquences financières « potentiellement dévastatrices ».
Trois victimes des Troubles face à l’ex‑chef républicain
Les plaignants sont trois Britanniques marqués à vie par le terrorisme républicain : John Clark, blessé lors de l’attentat à la voiture piégée devant l’Old Bailey à Londres en 1973, Jonathan Ganesh, touché dans l’explosion du quartier des Docklands en 1996, et Barry Laycock, victime de la bombe du centre commercial Arndale à Manchester la même année.
Ils avaient choisi la voie civile pour tenter d’engager la responsabilité personnelle de Gerry Adams, qu’ils accusent d’avoir joué un rôle dirigeant au sein de l’IRA provisoire et d’avoir approuvé, au plus haut niveau, la campagne d’attentats sur le sol britannique.
Leur demande était purement symbolique sur le plan financier – 1 livre sterling de dommages et intérêts – mais lourde politiquement : obtenir, noir sur blanc, la reconnaissance par une juridiction anglaise d’un lien entre Adams et les attaques qui les ont mutilés.
L’intéressé a, comme toujours, nié en bloc : aucune appartenance à l’IRA, aucune participation au « conseil de l’armée », aucune implication ni connaissance préalable des attentats incriminés.
Le coup de théâtre judiciaire : la peur d’une facture « qui détruit une vie »
Pendant des années, les trois hommes se sont crus protégés par un dispositif de « protection des coûts » : quoi qu’il arrive, ils ne pouvaient être condamnés à prendre en charge les honoraires d’avocats de Gerry Adams, très élevés après quatre ans de procédure.
Tout a basculé en fin de procès. Le juge de la Haute Cour, Jonathan Swift, a annoncé qu’il envisageait de vérifier si cette action ne relevait pas d’un « abus de procédure » – autrement dit, si elle n’utilisait pas la justice à d’autres fins qu’un litige civil classique, en se rapprochant d’une sorte d’enquête publique sur le passé de l’ex‑dirigeant républicain.
S’il avait conclu à cet abus, la protection tombait : les victimes devenaient alors exposées à la possibilité d’être condamnées à régler l’intégralité des frais de défense de Gerry Adams. Les avocats des plaignants parlent d’un risque de conséquences « bouleversant toute une vie », pour des hommes déjà physiquement, psychologiquement et financièrement fragilisés.
Dans la nuit, les choses se dénouent : les représentants d’Adams proposent un accord dit « à frais partagés » (drop‑hands) – chacun paie ses propres coûts, l’affaire est abandonnée, aucun jugement n’est rendu.
Au matin, les trois hommes acceptent. Le juge acte alors la fin de la procédure, sans décision sur le fond et « sans ordonnance de frais ».
« Ce n’est pas une victoire » : les victimes dénoncent un système injuste
Dans une déclaration commune, John Clark, Jonathan Ganesh et Barry Laycock expliquent qu’ils n’avaient « plus d’autre choix réaliste » que de se plier à cette offre, compte tenu du risque de devoir rembourser la totalité des frais de l’adversaire en cas d’« abus de procédure » retenu.
Ils insistent sur plusieurs points :
- leur renoncement ne reflète « aucune perte de confiance » dans la solidité de leur dossier ;
- ils n’agissaient pas pour l’argent, mais pour « la vérité » et « une forme de réparation morale », comme en témoigne la demande symbolique d’1 £ ;
- ils jugent profondément inéquitable que la protection financière qui leur avait été accordée puisse être remise en cause en toute fin de parcours.
Barry Laycock, gravement blessé à Manchester en 1996, s’est dit « complètement dévasté », estimant que le « procès équitable » qu’ils recherchaient amèrement – mettre Gerry Adams dans le box des témoins devant un tribunal anglais – avait bien eu lieu, mais qu’ils en sortaient malgré tout perdants sur le terrain procédural.
Adams soulagé, mais prudent sur le mot « victoire »
Gerry Adams, qui a passé deux jours à répondre aux questions de la partie adverse, a salué une fin « nette et sans ambiguïté » d’une affaire qui, selon lui, « n’aurait jamais dû être intentée ».
Depuis Belfast, entouré d’élus du Sinn Féin, il a réaffirmé qu’il avait « de la sympathie » pour les victimes et rappelé que lui‑même avait été blessé par balles et perdu des proches durant le conflit.
L’ancien président du Sinn Féin a toutefois dénoncé une procédure qui, par moments, ressemblait selon lui à un « procès politique », avec des témoins anonymes issus des services de renseignement britanniques, protégés derrière des paravents, et des allégations qu’il dépeint comme des « calomnies » recyclées.
Il se défend d’avoir présenté l’issue comme une victoire personnelle et affirme qu’il n’a jamais eu l’intention de réclamer ses frais de justice aux plaignants, expliquant qu’ils seraient réglés « avec l’aide d’amis ».
Il a, enfin, profité de l’occasion pour réaffirmer la « légitimité de la cause républicaine » et appeler à se concentrer sur la voie politique de l’après‑guerre, dans le cadre de l’accord du Vendredi saint.
Un appel à aller plus loin : enquêtes publiques plutôt que procès civils ?
Du côté unioniste, l’amertume est forte. Le député DUP Gregory Campbell estime que l’abandon du dossier « ne peut pas être la fin de l’histoire » et qu’il reste un « besoin permanent de justice » pour les victimes de l’IRA.
Le chef du parti unioniste Ulster (UUP), Jon Burrows, va plus loin et réclame la mise en place d’une enquête publique sur la direction de l’IRA, jugeant que « les tribunaux, à eux seuls, ne peuvent pas fournir toute la vérité » sur la chaîne de commandement de l’organisation.
Cette affaire met en lumière les limites de la justice civile face à des faits vieux de plusieurs décennies :
- les preuves directes sont rares, parfois classifiées ;
- les protagonistes clés sont morts, silencieux ou protégés ;
- et les victimes qui tentent de contourner l’absence de poursuites pénales se heurtent à un mur procédural et financier.
Les trois plaignants considèrent malgré tout qu’ils n’ont pas agi en vain : pour la première fois, Gerry Adams a dû venir s’expliquer pendant des heures, sous serment, devant une juridiction anglaise, et une masse de documents sur son rôle présumé au sein de l’IRA a été portée sur la place publique.
À défaut de jugement, disent‑ils, cette matière est désormais disponible « pour le jugement de l’Histoire ».
Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction debreizh-info.comet relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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