Nantes : « Chombart » avait prévu la fusion PS-LFI

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Les valeurs c’est bien, les grands principes c’est formidable, les beaux discours c’est plaisant, les grandes déclarations c’est génial, mais il faut compter avec l’arithmétique électorale. Au soir du premier tour des élections municipales arrive l’heure de vérité. Voilà comment on peut résumer la situation à Nantes : la maire sortante Johanna Rolland (PS) n’aime pas les Insoumis mais elle a été contrainte de se marier avec eux compte tenu des résultats du premier tour. Elle n’avait nulle envie de prendre sa retraite, elle ne se voyait pas dans l’obligation de changer de métier et de s’inscrire chez France travail. C’est pourquoi elle a fait ce qu’il fallait pour sauver sa peau et conserver ses indemnités de maire de Nantes et de présidente de Nantes Métropole…

Johanna Rolland est la prudence même ; avant le premier tour, elle prend soin de ne pas évoquer la question d’une fusion avec les Insoumis au second tour. Pour ne pas insulter l’avenir, elle restait dans le vague lorsqu’elle était interrogée à ce sujet : « Je suis en campagne pour le premier tour. Avec un objectif extrêmement clair : être très nettement en tête le soir du premier tour. Notre cap, c’est celui-là et exclusivement celui-là. » Et de poursuivre : « Moi, ce que me disent les habitantes et les habitants sur le terrain, c’est qu’en fait, si l’on est déjà dans des discussions, des arrangements, cela n’est pas respectueux. Donc, étape après étape. » (Presse Océan, mardi 10 mars 2026). En réalité, elle ne souhaite pas parler de LFI… ni en bien ni en mal. Elle avisera selon les résultats du premier tour… Son adversaire n°1 Foulques Chombart de Lauwe (LR) a vu le coup venir : « Rolland, elle, est très, très compromise avec une extrême gauche qui abîme notre pays à mort. » Et de poursuivre : « Nous savons tous que Johanna Roland prépare les esprits des Nantais à une alliance au second tour avec LFI. Là où nous sommes extrêmement clairs sur l’impossibilité et le refus d’une alliance avec le Rassemblement national. » (Presse Océan, samedi 7 février 2026) Au cours d’un meeting à Nantes, Bruno Retailleau, président de LR, avait déjà annoncé la couleur : il est persuadé que Johanna Rolland s’alliera « avec les Insoumis au second tour. Or c’est l’alliance du pire. Foulques a lui de la franchise, de la sincérité, de l’authenticité. Et il a aussi un franc-parler. » (Presse Océan, vendredi 16 janvier 2026)

A la vérité, dans la dernière ligne droite, Johanna Rolland avait préparé  les « esprits » à cette alliance en tenant un discours que les Insoumis  ne pouvaient qu’applaudir : « Nous défendons une ville fière, qui est une part de la France, métissée, féministe, antiraciste, riche de ses valeurs d’inclusion et de fraternité. » (Presse Océan, jeudi 12 mars 2026) William Aucant (LFI) aurait pu dire la même chose…

Arrive le soir du premier tour : le résultat est loin d’être triomphal pour Mme Rolland. Si elle arrive en tête avec 35,24 % (42 599 voix), elle est talonnée par « Chombart » (33,77 %, 40 815 voix). En troisième position, on trouve William Aucant (11,20 %). Impossible pour ce dernier de se vanter d’une quelconque percée, certes il peut se maintenir au second tour, mais il lui semble plus rentable de « vendre » ses 13 542 électeurs à Johanna Rolland ; une bonne négociation vaut mieux qu’un médiocre second tour, alors que Mme Rolland nage dans la crainte de l’échec. Aucant ne perd pas de temps : il tend la main à la maire sortante  pour créer ce qu’il appelle « une fusion technique » ; il s’agit de fusionner les deux listes sans accord programmatique ou idéologique. En cas de victoire, le groupe des Insoumis n’appartiendrait pas à la majorité municipale.

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Les pourparlers PS-LFI ont été âpres

Le journaliste Yan Gauchard raconte : « Une nuit  et une journée de tractations plus tard, M. Aucant est assuré de décrocher dix sièges d’élus, dont cinq à la métropole, en cas de réélection de Mme Rolland. Robin Salecroix , élu nantais (Parti communiste nantais français) et vice-président de la métropole a annoncé qu’ « un accord démocratique et technique » a été conclu avec les « insoumis », « la gravité de la période » rendant nécessaire ce rapprochement. La fusion signifie que le programme mis en œuvre sera exclusivement celui porté par la liste de Mme Rolland. De sorte que M. Aucant et ses camarades, une fois intégrés, pourront revendiquer d’être dans l’opposition. » (Le Monde, mercredi 18 mars 2026)

Les Insoumis siégeront dans l’opposition

« Au  travers des résultats, plus de 62 % des Nantais ont clairement dit qu’ils ne voulaient pas d’une droite superposée à l’extrême droite pour diriger notre ville. Nantes est et restera profondément attachée aux valeurs de justice, d’écologie populaire et d’émancipation, justifie Johanna Rolland. Le maintien d’une triangulaire au second tour ouvrait un risque impardonnable : celui de voir la droite l’emporter, malgré une gauche majoritaire dans la ville. Une telle situation serait un contresens démocratique et un réel danger pour les Nantais en général, et les classes moyennes et populaires en particulier » (Ouest-France, Nantes, mardi 17 mars 2026)

Dès le lendemain, Mme Rolland confirme son choix : « J’ai fait un choix de raison. Un choix de respect des électeurs. »  Elle s’appuie sur les résultats du premier tour pour justifier la fusion. « La gauche unie est arrivée en tête et la majorité des Nantais ont dit qu’ils voulaient que Nantes reste à gauche, où l’on est fier d’être une part de la France féministe, métissée, universaliste et antiraciste. » Et d’expliquer le fonctionnement de cet accord technique : « Si les Nantais nous font confiance, les élus insoumis siégeront dans l’opposition, et notre programme, celui que nous avons porté au premier tour, restera le même. » (Ouest-France, Nantes, mercredi 18 mars 2026) Elle résume la question ainsi : « La gauche, dans sa diversité, se mobilise. Toute la gauche a bien compris l’enjeu » (Ouest-France, Nantes, jeudi 19 mars 2026)

Une « foire d’empoigne » au conseil municipal  

En s’alliant avec William Aucant (LFI), Johanna Rolland provoque la fureur de Foulques Chombart de Lauwe, le patron de la liste de droite : « Aujourd’hui, nous vivons un moment qui est grave pour notre ville, déclare-t-il. La France insoumise, c’est un parti politique ouvertement antisémite, après les jeux de mots de Jean-Luc Mélenchon sur des noms à consonance juive publiquement moqués. Cela, Mme Rolland ne l’a jamais condamné, c’est une faute grave. » Et il enfonce le clou : « Mme Rolland devait choisir entre la défaite et le déshonneur et elle aura la défaite ». Combatif, il poursuit : « Pour garder  son poste, pour conserver un système, pour servir ses amis, la maire de Nantes – plus pour longtemps d’ailleurs – s’est compromise avec le pire. » Et de prévoir une « foire d’empoigne » au sein du conseil municipal si Johanna Rolland gagnait ces élections municipales (Presse Océan, mercredi  18 mars 2026) « Chombart » en veut particulièrement aux écologistes : Johanna Rolland « ne garde que les plus excités, que les extrémistes. Il faut quand même dire les choses : les Verts nantais parlent beaucoup moins d’écologie que de sujets chers à l’extrême gauche : l’intersectionnalité, le wokisme, etc. C’est ça leur plateforme politique. » (Presse Océan, jeudi 19 mars 2026)

Le « barrage » pour que Nantes « reste à gauche »

Mme Rolland aborde ce second tour dans de bonnes conditions car elle dispose des réserves offertes par les quatre listes d’extrême gauche présentes au premier tour. En effet, William Aucant et la liste insoumise ont obtenu 13 542 voix (11,20 %), tandis que la liste Nantes populaire de Margot Medkour récoltait 6 683 voix (5,53 %). A cela, il faut ajouter la liste NPA-Révolutionnaires conduite par Alexandre Gauvin (0,87 %, 1046 voix) et celle de Lutte ouvrière dirigée par Nicolas Bazille (0,70 %, 847 voix). Soit un pactole de 22 118 voix ; ce qui va permettre à la maire sortante de passer de 42 599 suffrages le 15 mars à 64 644 le 22 mars – soit une progression de 22 045 suffrages. Le soir du premier tour, elle avait su utiliser les mots que les électeurs de gauche veulent entendre : elle évoque le contexte « de la vague forte d’une droite dure et d’une union des droites en marche » et appelle « solennellement celles et ceux qui veulent faire barrage à la droite qui fait le choix de converger à l’extrême droite » à la rejoindre (Presse Océan, lundi 16 mars 2026). Quelques jours plus tard, elle continue à dire ce qu’il faut dire : « Je n’ai qu’un adversaire : la droite et l’extrême droite » (Presse Océan, mercredi 18 mars 2026). Elle insiste : « Je suis mobilisée à fond pour que Nantes reste à gauche. C’est la seule chose qui est dans mon esprit » (Presse Océan, vendredi 20 mars 2026) Les électeurs de gauche sont obligés de comprendre le message quelle que soit la famille à laquelle ils appartiennent…  Ils sont invités à « bien voter »…

La « fusion démocratique » a permis la victoire

Ce qui devait arriver arriva, au second tour Johanna Rolland l’emporte (64 644 voix, 52,18 %), tandis que Foulques Chombart de Lauwe doit se contenter de 59 233 voix (47,82 %). La première se félicite d’avoir pratiqué la « fusion technique ». « Du plus profond de mes convictions, je revendique et je ne regrette pas une seconde le choix qui a été le mien de faire cette fusion démocratique », martèle la maire de Nantes (Presse Océan, lundi 23 mars 2026). Pendant ce temps, « Chombart » en a gros sur la patate : « C’est un moment triste pour Nantes. Pour sauver son poste, Johanna Rolland a trahi les valeurs de la République, en distribuant dix places à LFI. Cela restera une tache aux yeux de beaucoup de Nantais. » Et de s’adresser à son adversaire : « Madame Rolland, vous n’êtes pas débarrassée de moi, vous n’êtes pas débarrassée de nous. Je serai votre opposant en chef. Et nous vous battrons dans six ans. » (Ouest-France, lundi 23 mars 2026)

Bernard Morvan

Crédit photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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7 réponses à “Nantes : « Chombart » avait prévu la fusion PS-LFI”

  1. Pschitt dit :

    Contrairement à ce que vous écrivez, Johanna Rolland avait exclu explicitement une fusion avec LFI, ce qui était d’ailleurs la consigne du Parti socialiste, dont elle est numéro 2. Elle se sentait probablement certaine de l’emporter au second tour, sur la foi d’un sondage Odoxa. Les socialistes ont été paniqués au soir du premier tour par un résultat beaucoup plus serré que prévu et leur « accord technique » avec LFI fait figure de radeau de sauvetage cher payé.

    « Chombart » n’est pas seul à protester. Johanna Rolland a perdu le soutien du Parti radical de gauche (mais l’un de ses deux représentants est quand même resté sur sa liste) et d’adjoints importants de son précédent mandat. D’électeurs, aussi : le nombre de bulletins blancs ou nuls a bondi au second tour.

  2. guillemot dit :

    Les citoyens ont une arme redoutable pour se faire entendre : le vote. Dans les élections municipales le taux d’abstention a fait le jeu des LFI alors il ne faut pas pleurer maintenant

  3. Brun Daniel dit :

    C’est quand même beau, la « technique »

  4. Dédou dit :

    Chers nantais, on a les politiques qu’on mérite et qui nous ressemblent !

  5. Dumont dit :

    La vie politique nantaise actuelle, comme celle de Paris, est une excellente représentation du cloaque politique français, de ce qu’est devenue la servile « majorité » des Français, supplantée par une noria de « Français de papiers » dans les urnes.

    Tout cette opération s’étant réalisée « tranquillou », depuis quatre-vingts ans, avec l’appui de De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron… Bravo à eux, bravo à nous qui, dans de nombreuses élections, avons été assez stupides pour leur donner, à l’un, à l’autre, ou même à tous, nos voix…

    Le redressement aura un jour lieu… mais il sera raide. Il se fera hélas, très probablement, à la suite d’un épisode d’une grande violence.

  6. Yoaren dit :

    Si Chombart avait été si exceptionnel et irréprochable, il aurait été élu dès le premier tour, non ?

  7. Herminie44 dit :

    Je nuancerai le propos. S’il est clair que Rolland ne s’attendait pas au bouillon du premier tour, elle a toujours soigneusement ménagé les insoumis locaux. En particulier, elle n’a JAMAIS condamné Andy Kerbrat député insoumis de Nantes pris la main dans le sac à acheter de la drogue à un mineur. La fusion était ďéjà écrite.
    Et les verts élus à Nantes – de l’espèce bien woke – vont être à surveiller de près : ils sont dans la majorité eux.
    Tout cela n’annonce rien de bon pour cette ville

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