Dans un entretien accordé à The European Conservative, Ignas Kriaučiūnas, secrétaire général du mouvement de jeunesse catholique lituanien Ateitis, livre une analyse sans concession de la déchristianisation européenne. Et pose une question dérangeante : l’Europe, qui envoya jadis des missionnaires aux quatre coins du monde, pourrait-elle être re-christianisée par les peuples qu’elle chercha autrefois à convertir ?
Fondée en 1910, Ateitis (qui signifie « Avenir » en lituanien) est la plus ancienne association de jeunesse catholique de Lituanie. Forgée par des décennies de résistance clandestine sous l’occupation soviétique, elle repose sur cinq principes fondateurs : le catholicisme, la nationalité, la famille, l’excellence intellectuelle et l’engagement public.
Dans l’environnement culturel européen actuel, ces principes constituent une réfutation directe des pressions idéologiques qui pèsent sur la société : relativisme, mondialisme déraciné, individualisme radical, médiocrité culturelle et effort constant pour chasser la foi de la vie publique.
Ignas Kriaučiūnas, diplômé en biotechnologie et philosophie de l’université de Vilnius et lieutenant de réserve des forces armées lituaniennes, explique comment son mouvement a refusé de disparaître de la vie publique tout en continuant à défendre les valeurs traditionnelles face à la pression progressiste.
Le sang des martyrs comme ciment
Interrogé sur ce qui a permis à Ateitis de rester explicitement religieux alors que la plupart des mouvements de jeunesse chrétiens européens se sont dissous ou sont devenus indiscernables des ONG laïques, Kriaučiūnas répond sans détour :
« La réponse, très franchement, c’est le sang des martyrs. Pendant l’occupation soviétique, pratiquer ouvertement le catholicisme pouvait signifier l’exil en Sibérie ou l’emprisonnement. Le fondateur de notre organisation, le professeur Pranas Dovydaitis, ancien Premier ministre de Lituanie, a été arrêté dès les premiers jours de l’occupation soviétique et emmené au fin fond de la Russie, où il a été fusillé deux ans plus tard. »
Il rejette l’idée que la Lituanie aurait simplement conservé sa religiosité grâce à l’occupation soviétique qui aurait « congelé » la société : « Ce qui nous a maintenus religieux, ce n’est pas une préservation passive mais une résistance active contre le communisme soviétique. »
Le paradoxe européen : le vide à l’Ouest
Le constat dressé par le responsable lituanien sur l’état du catholicisme en Europe occidentale est brutal. Après la restauration de l’indépendance lituanienne, Ateitis a rétabli des liens avec les organisations d’Action catholique dans d’autres pays.
« Et ce que nous avons trouvé, c’était le vide. Certaines d’entre elles comptent de nombreux membres, la plupart sont riches, et pourtant elles sont vides à l’intérieur. Nos représentants vont souvent à des événements communs comme une voix de protestation, leur rappelant que leurs organisations sont catholiques et devraient agir comme telles. »
Lors d’événements internationaux, explique-t-il, « c’est souvent parmi les représentants d’Europe centrale et orientale et, de manière surprenante, parmi les Africains et les Asiatiques, que l’on trouve les alliés les plus naturels. »
Le paradoxe est frappant : « Est-il impossible que l’Europe, qui envoya jadis des missionnaires aux confins de la terre, puisse se retrouver re-christianisée par les peuples mêmes qu’elle chercha autrefois à convertir ? »
Il poursuit : « Les catholiques lituaniens commencent à trouver plus de points communs avec les Africains qu’avec leurs propres compatriotes ou d’autres Européens. »
La crise démographique avant tout
Pour Kriaučiūnas, la crise démographique constitue la question prioritaire, particulièrement aiguë en Lituanie. « À quoi bon débattre de l’économie, de l’innovation ou de la défense, s’il n’y a tout simplement plus de gens pour en bénéficier ? »
Sa réponse personnelle : sa famille. « Ma fille nouveau-née, plus que tout autre chose, a aiguisé mon sens de pourquoi tout cela compte. Ma famille est ma réponse à cette question. C’est une confirmation quotidienne, pour moi-même et pour ceux qui m’entourent, que j’ai choisi la vie plutôt que l’extinction. »
Il propose même sa propre version de la célèbre phrase souvent attribuée à Jordan Peterson : « J’ai ma propre version : ayez vos propres enfants avant de commencer à vous inquiéter de la crise démographique. »
Nationalité et catholicisme : un équilibre délicat
L’un des cinq piliers d’Ateitis est la « nationalité », concept qui pourrait mettre certains mal à l’aise. Kriaučiūnas explique comment son mouvement distingue le patriotisme enraciné dans l’amour de son peuple et de sa culture de l’ethno-nationalisme.
« Notre identité repose sur le fait que nous sommes catholiques et que tous les chrétiens sont nos frères et sœurs. » Il cite l’exemple d’un prêtre argentin dans leurs rangs depuis de nombreuses années qui « a probablement fait plus pour le salut de la nation lituanienne que la plupart des Lituaniens ne le feront jamais. Je ne pourrais pas le considérer comme un étranger. »
Sa position : « Quiconque contribue au travail du salut de cette nation » appartient à la nation. « En théorie, réconcilier le catholicisme, qui appelle à l’universalité, avec la nationalité, qui appelle à la particularité, est véritablement difficile. Mais lorsqu’ils sont correctement combinés, cette tension peut générer un remarquable pouvoir culturel. »
Résister aux pressions institutionnelles
Face aux exigences croissantes de la Commission européenne concernant l’accès à l’avortement, l’idéologie du genre et les redéfinitions du mariage et de la famille, Ateitis a développé sa propre stratégie.
« Notre méthode consiste à travailler avec les jeunes, dès leur plus jeune âge à travers des camps d’enfants, où nous formons les jeunes dans une culture chrétienne authentique. Un environnement où il est normal d’être croyant, de vouloir une grande famille et de chérir les valeurs du mariage. C’est notre force. »
Sur le plan financier, le mouvement a préservé son indépendance : « La plupart de nos revenus ne proviennent pas de sources de financement étatiques. Nous avons notre propre fonds de capital immatériel et nous avons développé notre propre système de collecte de fonds. »
Kriaučiūnas admet toutefois que la fenêtre pourrait bientôt se refermer : « Nous remarquons une augmentation de diverses conditions idéologiques dans les concours de financement de projets. »
Refus du manichéisme
Interrogé sur la question de savoir si le progressisme a gagné la guerre culturelle en Europe, le responsable lituanien refuse la logique binaire : « Il n’y a pas besoin de gagner contre qui que ce soit. Il n’y a pas d’ennemis irréconciliables ou de groupes de personnes qui doivent être détruits. Et les ‘gauchistes’ ou ‘progressistes’ sont des personnes dotées de leur propre dignité inhérente, simplement égarées ou dans l’erreur. »
Il préfère le concept de « structures de péché » développé par Jean-Paul II : « Au 19e et 20e siècles, c’était le communisme ; maintenant, ce sont certains mouvements idéologiques qui détachent la liberté de la responsabilité morale. »
Sa conviction : « À la fin, ce n’est pas le péché qui a gagné, mais le Christ. À un moment donné, même le gauchisme vraiment populaire tombera, mais je n’ai aucun doute que de nouvelles ‘structures de péché’, de nouvelles idéologies toxiques émergeront. »
Des braises pour rallumer le feu
Malgré la noirceur du tableau, Kriaučiūnas trouve des raisons d’espérer : « Même si la civilisation actuelle s’effondre, je vois qu’il y a des braises qui pourraient plus tard allumer un nouveau feu. Les familles chrétiennes, leurs cercles et des groupes organisés comme Ateitis, qui pratiquent différentes façons de vivre qui pourraient un jour être utiles à la civilisation. »
Il cite l’exemple des monastères lors de l’effondrement de l’Empire romain : « Grâce auxquels l’héritage de la civilisation a été préservé puis restauré dans l’Europe chrétienne. »
La plus grande menace pour son mouvement ? « La perte de l’esprit combattif. Notre fédération est née sous le signe de la lutte et dans un certain sens, elle doit le rester. Pas seulement dans la lutte contre les pressions externes, mais dans la lutte intérieure concernant le combat spirituel constant contre nos propres faiblesses. »
Sa conclusion résonne comme un avertissement à l’Europe entière : « Les organisations vivent ou meurent non pas à cause des structures de financement ou des pressions juridiques, mais à cause des idées. Les institutions ne sont que la forme visible de convictions invisibles. Si l’idée vivante est présente, le reste suivra : les membres, les ressources, la résilience. Si l’idée s’estompe, aucun soutien institutionnel ne peut la sauver. »
« C’est peut-être le défi le plus profond auquel l’Europe est confrontée aujourd’hui : non pas principalement un déclin économique ou politique, mais la perte silencieuse des idées et de l’idéalisme qui donnaient autrefois sens et direction à sa civilisation. »
Un témoignage qui résonne étrangement avec la situation de nombreux mouvements identitaires et chrétiens en Europe occidentale, confrontés aux mêmes pressions mais dépourvus, peut-être, du ciment qu’offre l’expérience du martyre.
Photo d’illustration : The Ateitis Fondation
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6 réponses à “Lituanie : « Les jeunes catholiques européens trouvent parfois plus de points communs avec les Africains qu’avec leurs compatriotes »”
Un excellent article!
Le catholicisme, qui appelle à l’universalité, avec la nationalité, qui appelle à la particularité, sont parfaitement assimilable l’un par l’autre, Carl gustav Jung , repris par Annick de sounezell dit qu’il faut que l’une er l’autre se mangent pour être un : c’est l’union des contraire.
il est cocasse de parler du catholicisme lituanien quand on sait que c’est le pays le plus païen d’Europe !!!
Le catholicisme est une impasse, il est devenu le cheval de Troie de l’invasion migratoire et ses adeptes préféreront toujours un africain catholique à un blanc païen ou athée. Les catholiques empêcheront la prise de conscience raciale des blancs et empêcheront ainsi leur survie.
J’espère qu’ils recevront des milliers de ces africains catholiques qu’il semble adorer. Si c’est le Christ qui le demande, faites vous culturellement enrichir !
Personne n’en a rien à cirer du paganisme en Lithuanie, ni en Europe en général. Il y’a plus de musulmans ou de témoins de Jéhovah en Lithuanie en fait lmao. Et effectivement les gens en tendance a préférer les personnes avec un minimum de moral aux dégénérés de toutes sortes, même lorsqu’ils sont blancs. C’est toute la connerie et l’échec du nationalisme blanc.
J’espère que tu fais preuve de plus de virilité quand tu te fais agresser dans ka rue par un migrant… Mais l’extrême droite athée on l’a connait, tout juste bon à pleurer sur le net