À quelques jours seulement des élections législatives hongroises de ce week-end, Viktor Orbán achève sa tournée du pays. Retour sur un entretien accordé à Szekszárd, dans le sud de la Hongrie, aux médias locaux du comitat de Tolna — un entretien qui résume à lui seul la méthode et la vision du Premier ministre hongrois à la veille d’un scrutin décisif : nucléaire, souveraineté industrielle, agriculture, refus du Mercosur, et ancrage rural revendiqué.
Paks II : « Le plus grand investissement de toute l’histoire de la Hongrie »
C’est le sujet central de l’entretien. Le 5 février 2026, le premier coulage de béton a eu lieu sur le chantier de Paks II, l’extension de la centrale nucléaire historique du pays. Selon les standards internationaux, la Hongrie dispose désormais officiellement d’une centrale nucléaire en construction. Pour Viktor Orbán, l’affaire est entendue : c’était la meilleure décision possible.
« L’énergie sera la question la plus déterminante des vingt à trente prochaines années », explique-t-il, avant de développer un raisonnement que beaucoup, en France, feraient bien de méditer. La Hongrie ne dispose ni de matières premières propres, ni de ressources fossiles significatives, ni même de grands fleuves à fort débit permettant de construire des barrages hydroélectriques. L’intelligence artificielle, les télécommunications, le traitement des données, la robotisation — tout cela exige des capacités électriques considérables. « Sans énergie nucléaire, il n’y a ni économie hongroise prospère, ni ménages capables de fonctionner à des coûts abordables. »
L’ambition affichée est claire : si Paks II est achevée et la durée de vie de Paks I prolongée, la Hongrie pourra couvrir 60 à 65 % de ses besoins électriques grâce au nucléaire, 25 % grâce au solaire et 10 % grâce au gaz. « Le monde entier nous enviera », glisse le Premier ministre — et l’on se prend à penser que l’expression sonne étrangement familière aux oreilles françaises, qui ont entendu pareille chose il n’y a pas si longtemps, avant que l’Hexagone ne se mette à fermer Fessenheim et à hésiter sur sa propre filière.
Le coût estimé du chantier est vertigineux : entre 15 et 20 milliards d’euros, ce qui en ferait, de l’aveu même d’Orbán, le plus grand investissement jamais réalisé dans l’histoire du pays. Mais le Premier ministre s’en accommode : « Du point de vue de l’économie nationale dans son ensemble, il s’agit clairement d’une bonne décision. »
Rocades, ponts, autoroutes : le roman des infrastructures hongroises
L’entretien prend ensuite un tour très concret, presque provincial — et c’est précisément là que réside sa force. Orbán parle ponts, rocades, autoroutes avec la précision d’un élu local. Il évoque avec fierté le pont de Paks sur le Danube, inauguré récemment : « Une réalisation d’ingénierie et d’industrie de très haut niveau. Il a été conçu par des ingénieurs hongrois et construit par des entreprises hongroises. Nous n’avons besoin d’aucune aide étrangère pour réaliser des ouvrages d’un tel niveau technique. »
L’autoroute M9, qui doit un jour relier d’est en ouest le sud du pays, figure bien dans les plans. Mais elle attendra : la priorité va d’abord à la rocade de Szekszárd, divisée en trois tronçons, dont le premier entre en phase d’appel d’offres et dont l’achèvement est programmé entre 2026 et 2030. Un autre pont monumental est par ailleurs en construction près de Mohács. Le Premier ministre énumère ces chantiers avec une satisfaction non dissimulée : un pays qui construit, voilà qui tranche avec les discours creux.
Santé : un nouvel hôpital comital, pas un simple bloc obstétrical
Autre annonce concrète : la construction d’un nouvel hôpital comital à Szekszárd, en remplacement de l’actuel établissement organisé en pavillons vieillissants. « Lors de ma dernière visite, les responsables locaux souhaitaient conclure un accord pour compléter l’hôpital par un nouveau bloc obstétrical. Je l’ai promis. Nous nous sommes assis, nous avons commencé à planifier, et nous avons compris qu’il ne fallait pas un simple bloc obstétrical, mais un nouvel hôpital. »
La formule est caractéristique. Là où les technocrates français gèrent la pénurie en rognant sur les budgets hospitaliers, Orbán choisit d’élargir le projet en cours de route. « Un grand bâtiment compact, rationnel à exploiter, garantissant mieux la sécurité des soins », promet-il pour le cycle électoral à venir. À cela s’ajoute la rénovation du palais des sports de la ville, qui accueille notamment l’équipe féminine de basket du TARR KSC Szekszárd. « Qu’y a-t-il de plus important que les enfants ? », justifie le Premier ministre.
Agriculture : la fin d’un cycle, et le refus du Mercosur
Le passage consacré à l’agriculture est peut-être le plus révélateur de la vision du monde orbanienne. Interrogé sur les accords avec le Mercosur, le Premier ministre n’y va pas par quatre chemins : « Nous ne voulons pas ratifier les accords Mercosur. » Et d’ajouter, dans le même souffle, qu’il « pousse les produits ukrainiens vers la sortie » — allusion à ces céréales importées à bas coût qui, depuis le début du conflit russo-ukrainien, déstabilisent les marchés agricoles d’Europe centrale.
Mais au-delà de la question commerciale, Orbán livre un diagnostic de fond qui devrait intéresser bien au-delà des frontières hongroises : « L’agriculture fondée sur la grande culture céréalière en vastes parcelles arrive à la fin d’un cycle. Elle ne disparaîtra pas, mais ses capacités vont reculer. » En cause : le changement climatique d’un côté, la concurrence étrangère de l’autre. Il faut donc, dit-il, changer de stratégie agricole, s’asseoir avec la chambre d’agriculture, aider ceux qui ne pourront plus vivre de la production céréalière, investir massivement dans l’irrigation — « pour que l’eau du Danube ne quitte pas simplement le pays, mais soit captée et utilisée à des fins agricoles ».
Sur le plan viticole, Orbán reconnaît les difficultés : « Le marché du vin rouge est ébranlé dans le monde entier, et il n’existe aucun gouvernement capable de boire les excédents. » Un trait d’humour qui dissimule mal une inquiétude bien réelle pour les vignerons hongrois, notamment ceux de Szekszárd. Mais là encore, pas question de baisser les bras : « La viticulture et l’œnologie sont une question d’identité nationale, pour le pays tout entier. » En Bretagne, où l’on sait ce que « terroir » et « identité nationale » veulent dire, la formule ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.
La sécurité, critère central du vote
Invité à parler des élections à venir, Orbán évite toute forfanterie. « Toute élection est difficile. Celui qui sous-estime la difficulté d’une élection sous-estime aussi les citoyens. » Mais il pose un cadre politique clair : « Dans une époque où de graves menaces pèsent sur l’ensemble de la civilisation européenne et occidentale — de la migration à la guerre russo-ukrainienne, en passant par les changements climatiques —, autrement dit dans une époque de dangers, le critère le plus important est la sécurité. »
Et de revendiquer assumément son ancrage rural : « Nous sommes un gouvernement profondément enraciné dans la Hongrie rurale, et je n’ai aucune raison d’en avoir honte. Beaucoup de membres du gouvernement viennent de villages, voire de régions rurales. Nous ne faisons pas des visites à la campagne : nous en sommes issus. Et les gens le savent, ils le ressentent. » La phrase mérite d’être pesée. En France, où la fracture entre les métropoles et les territoires n’a cessé de se creuser depuis vingt ans, rares sont les responsables politiques capables de la prononcer sans sonner faux.
Un modèle à méditer
À lire cet entretien dans son intégralité, on est frappé par le contraste avec la parole politique française. Orbán parle concret : du nucléaire, des ponts, des hôpitaux, des vignerons, des enfants, des rocades. Il n’a pas peur de dire qu’un chantier coûtera 15 à 20 milliards d’euros. Il ne se cache pas derrière des formules creuses sur la « transition écologique » ou la « modernisation ». Il assume une vision — souveraineté énergétique, refus du Mercosur, priorité au monde rural, défense de l’identité nationale — et il la met en œuvre, chantier après chantier.
Viktor Orbán a une direction. Et il s’y tient. Dans une Europe qui semble avoir oublié jusqu’au sens du mot « projet », c’est déjà beaucoup. Suffisamment, en tout cas, pour que les électeurs hongrois, à qui il s’adresse ici directement, puissent faire leur choix en connaissance de cause au prochain scrutin. Et pour que, ailleurs en Europe, on s’interroge sur ce que serait une politique française capable de parler d’infrastructures et de souveraineté avec la même franchise.
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3 réponses à “Viktor Orbán : « Sans énergie nucléaire, il n’y a pas d’économie hongroise prospère »”
il s’agit de l’avenir de l’Europe ou de la chute finale
Orban , un vrai chef d’Etat qui a une vision à long terme pour le développement de son pays, pas comme les minus qui nous gouvernent qui ne pensent qu’à eux et qui dépensent sans compter pour des causes étrangères qui n’en valent pas le peine.Depuis plusieurs décennies nous assistons à la dégradation de notre pays , c’est à pleurer.
Demat ; oui fort bien tous ces commentaires et cet article bien sûr (attention à l’IA qui pourrait mettre « forban » mais ce n’est que de l’humour et ça fait du bien) ; je viens de regarder TVL qui en en a fait une émission que je vous invite cordialement à écouter et liker : « Hongrie : scrutin décisif, pressions globales, fracture européenne – Le Zoom – Thibaud Gibelin – TVLhttps://www.youtube.com/watch?v=Dw1NVhZEMCE » ; or, la chanson du jour est : « Politik » du groupe Coldplay . Kenavo