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La Chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne vient de publier un rapport d’observations définitives accablant sur la commune de Saint-Thélo (Côtes-d’Armor, 378 habitants) et l’association « La Maison du Forgeron ». Le constat est sévère : un projet surdimensionné endossé sans précaution par la municipalité, des marchés publics entachés de graves irrégularités, une gestion associative dysfonctionnelle émaillée de conflits d’intérêts, et au bout du compte, près de 900 500 € d’argent public engloutis dans un projet aujourd’hui abandonné.
Un village endetté trois fois plus que la moyenne
Saint-Thélo est une petite commune rurale située à l’ouest de Loudéac, labellisée « Commune du patrimoine rural de Bretagne » en 2022. Avec des ressources annuelles de fonctionnement d’environ 391 000 € en moyenne, la commune disposait de marges financières extrêmement limitées.
Or, sur les dernières décennies, la municipalité a multiplié les acquisitions immobilières — logements locatifs, salles polyvalentes, espaces associatifs — sans jamais évaluer correctement les charges d’entretien récurrentes. Résultat : en 2024, la dette par habitant de Saint-Thélo étaittrois fois supérieureà la moyenne des communes de sa strate démographique, avec une capacité de désendettement atteignant dix années, et un fonds de roulement négatif.
Un projet pharaonique pour 378 habitants
C’est dans ce contexte déjà tendu qu’en 2016, la commune s’est lancée dans l’achat et la rénovation d’un corps de ferme de 550 m² en plein bourg, pour un coût total de 784 256 €, afin de le mettre gracieusement à disposition de l’association « La Maison du Forgeron », elle-même créée la même année. Le projet — initialement privé, porté par le fondateur de l’association — a été endossé par la commune sans étude préalable de sa capacité à en assumer la charge financière.
Le coût final a dépassé de près d’un quart le budget prévisionnel, et la commune a dû financer l’opération à hauteur de près de 50%, les subventions espérées n’ayant pas couvert l’intégralité du projet.
Des marchés publics truffés d’irrégularités
La CRC relève de graves irrégularités dans la passation des marchés publics liés à l’aménagement du bâtiment : manque de transparence, consultations directes hors délais, neutralisation inappropriée du critère technique, ruptures d’égalité dans les négociations. Plus troublant encore : l’ancien président de l’association est directement intervenu dans la préparation et le suivi des marchés passés par la commune, configurant un conflit d’intérêts caractérisé. Son nom apparaît même dans l’organigramme d’une entreprise candidate à l’un des lots du marché.
Ces manquements ont exposé la commune à des risques juridiques majeurs, notamment l’annulation du marché et le délit de favoritisme.
Une association gérée comme un fief personnel
Côté associatif, le tableau n’est pas plus reluisant. La Maison du Forgeron a été dirigée de manière quasi-autocratique par son président-fondateur, en contradiction avec les statuts. Le conseil d’administration a été réduit à un rôle de chambre d’enregistrement.
Parmi les constats les plus sévères de la CRC :
- 126 200 € d’avances de trésorerie et de frais consentis par l’ancien président, sans autorisation du conseil d’administration, ayant créé une situation de dépendance financière.
- 66 460 € de subventions perdues (soit 20% des montants attendus), faute de justificatifs conformes, conséquence directe d’un suivi administratif défaillant et d’une rotation de 14 personnes sur les postes clés entre 2019 et 2023.
- Une fausse facture utilisée pour obtenir une subvention de la Région Bretagne : la CRC a constaté que l’objet réel des travaux facturés ne correspondait pas à celui présenté au financeur.
- Des conflits d’intérêts impliquant le fils du président, artisan ferronnier installé dans les locaux, qui a bénéficié de conditions d’hébergement réduites de 700 € à 50 € par mois sans justification, de doubles paiements non remboursés et de factures impayées à hauteur de 6 200 €.
Disparition de biens patrimoniaux
La CRC a également constaté la disparition de la plupart des balustrades signées Raymond Subes — célèbre ferronnier d’art du XXe siècle —, données par la Samaritaine à l’association. Ces pièces, dont certaines estimées à plusieurs milliers d’euros, seraient « stockées chez l’ancien trésorier » sans convention ni vérification possible. Des ordinateurs portables (7 sur 16), du mobilier et du matériel de formation ont également disparu, pour un préjudice financier minimal estimé à 9 025 €, probablement sous-évalué.
Aucune plainte n’a été déposée par l’association pour préserver ses intérêts.
Liquidation judiciaire et impasse financière
Incapable de faire face à ses dettes, l’association a été placée en liquidation judiciaire le 4 juin 2025 par le tribunal de Saint-Brieuc, après une saisie conservatoire de ses comptes bancaires liée au litige sur les avances de l’ancien président.
La commune se retrouve aujourd’hui avec un bâtiment inoccupé, conçu spécifiquement autour d’une forge, difficilement reconvertible sans travaux importants, et dont elle doit assumer seule l’entretien. La CRC l’invite à ne pas écarter la piste d’une mise en vente du bien à court terme.
900 500 € d’argent public pour un projet abandonné
Au total, le projet « Maison du Forgeron » aura englouti 900 500 € de soutiens publics— acquisition, travaux, équipement et fonctionnement — auxquels s’ajoutent 159 320 € de subventions régionales pour la formation de stagiaires. Le tout pour un projet désormais à l’abandon, dans une commune qui n’a toujours pas les moyens de consolider son église du XVIIe siècle ni de rénover ses logements communaux.
La CRC formule quatre recommandations à la commune : étudier la vente des bâtiments inutiles, établir une programmation pluriannuelle des investissements, réintroduire un suivi budgétaire par opérations, et résilier sans délai la convention d’occupation avec l’association en liquidation.
Ce rapport illustre une réalité que l’on rencontre trop souvent dans les petites communes rurales bretonnes : des élus de bonne volonté, mais dépassés par l’ampleur de projets qu’ils n’ont pas les moyens humains, techniques ni financiers de piloter correctement. Le tout dans un mille-feuille administratif où les subventions publiques — européennes, régionales, départementales — créent un effet d’aubaine qui pousse à investir sans mesurer les risques.
Le cas de Saint-Thélo pose aussi la question de la responsabilité des acteurs associatifs qui, sous couvert de projet culturel et patrimonial, ont pu bénéficier d’une manne publique considérable sans rendre de comptes véritables. Conflits d’intérêts, fausse facture, disparition de biens : les constats de la CRC sont d’une gravité qui pourrait appeler des suites judiciaires.
Reste une question que le rapport ne tranche pas : qui, au final, paiera la facture de cet échec ? Les 378 habitants de Saint-Thélo, bien sûr — et à travers les subventions perdues, l’ensemble des contribuables bretons.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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3 réponses à “Saint-Thélo (22) : le rapport accablant de la Chambre régionale des comptes sur le fiasco de la « Maison du Forgeron »”
Mieux vaut une maison du forgeon dans le 22 .
Que la maison des Yvelines que l’ex président lr pierre bedier avait fait construire pour 2 millions dans un bled paumé du Sénégal.
Pour faire plaisir a la communauté Sénégalaise de Mantes-la-Jolie et avoir leurs votes aux élections
Il serait intéressant que chaque commune , ville ou communauté de communes fassent un audit sur c e et à qui sont versées les subventions qui nous coutent « un pognon dingue ». Au niveau national ce sont les belles pièces du mobilier que l on ne retrouvent plus après changement de l’équipes ministérielle, et à saint-Thélo ce sont des balustrades signées en plus du matériel informatique.
Il y a eu des municipales dernièrement. Incompréhensible de ne pas nous dire si la municipalité en place a été reconduite ou blackboulée !