Ce que Londres refusait d’entendre, Édimbourg s’apprête peut-être à le redemander. John Swinney, Premier ministre écossais et chef du Parti national écossais (SNP), vient de déclarer qu’un second référendum sur l’indépendance de l’Écosse était « parfaitement concevable » dès 2028 — soit à peine plus d’une décennie après le premier vote de 2014, que les unionistes avaient pourtant présenté comme « une décision d’une génération ».
Le contexte
Le premier référendum, en septembre 2014, avait vu le « Non » à l’indépendance l’emporter avec 55 % des voix. Les défenseurs de l’union avaient alors solennellement affirmé que la question était réglée pour une génération. Deux ans plus tard, le Brexit venait tout rebattre : l’Écosse avait voté à 62 % pour rester dans l’Union européenne, mais s’était retrouvée entraînée hors de l’UE par le vote anglais. Pour une large partie de l’opinion écossaise, le contrat implicite était rompu.
Depuis, la Cour suprême du Royaume-Uni a statué en 2022 que l’Écosse ne pouvait pas organiser de référendum sans l’accord de Westminster — ce que le gouvernement travailliste de Keir Starmer refuse catégoriquement d’accorder. Le ministre de la Santé britannique Wes Streeting a été direct : « Il n’y en aura pas. Ce pays en a assez du chaos. »
Les nationalistes montent en puissance
Swinney a appelé les électeurs écossais à lui donner « un mandat incontestable, une majorité SNP, afin que l’avenir de notre pays soit pris en main ». Les Verts écossais apportent leur soutien à cette démarche, estimant qu’une majorité de parlementaires pro-indépendance au Holyrood suffirait à légitimer la demande d’un nouveau vote. Ross Greer, co-dirigeant des Verts, a qualifié le refus de Westminster d’« profondément antidémocratique ».
La situation est d’autant plus favorable aux nationalistes que le gouvernement travailliste de Starmer est particulièrement impopulaire en Écosse. Le Labour, qui s’oppose au référendum, pourrait paradoxalement voir son mauvais bilan renforcer le camp de ceux qui veulent couper les amarres avec Londres.
Du côté unioniste, les Conservateurs écossais avertissent qu’un Premier ministre britannique « faible » pourrait finir par céder à la pression de Swinney. Reform UK, le parti de Nigel Farage, estime de son côté que les Écossais n’ont pas d’appétit pour un nouveau référendum — tout en reconnaissant qu’un seuil de 60 % de soutien à l’indépendance dans les sondages pourrait changer la donne.
Ce que cette séquence dit aux peuples sans État
Pour les Bretons, les Basques, les Corses et tous ceux qui, en Europe occidentale, portent une identité nationale distincte de celle de l’État qui les administre, l’exemple écossais est riche d’enseignements — dans ses réussites comme dans ses limites.
Premier enseignement : les questions nationales ne meurent pas par décret. On avait dit aux Écossais que 2014 était définitif. Ce n’était pas vrai. Les circonstances changent — le Brexit en est la preuve — et ce qui paraît réglé peut se rouvrir. La volonté d’un peuple n’a pas de date de péremption.
Deuxième enseignement : la voie institutionnelle est longue, incertaine et soumise au bon vouloir de l’État central. L’Écosse dispose d’un parlement autonome, d’un gouvernement, d’une capacité législative réelle — et elle se heurte quand même au veto de Westminster pour organiser un vote. Les peuples qui n’ont pas même ce niveau d’autonomie mesurent l’ampleur du chemin.
Troisième enseignement : la construction d’une alternative crédible prend du temps. Les critiques les plus acérées du SNP — y compris au sein du camp nationaliste — portent sur le fait que le parti, outre ses délires idéologiques sur les questions sociétales, contestées même en interne – n’aurait pas suffisamment préparé la société écossaise à la réalité concrète de l’indépendance : monnaie, économie, relations extérieures, défense. Une indépendance proclamée sans projet de gouvernance solide peut se retourner contre ses propres promoteurs.
Quatrième enseignement : l’Europe est un terrain ambigu. Les nationalistes écossais veulent l’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni mais souhaitent réintégrer l’Union européenne. Certains au sein même du mouvement s’interrogent sur la cohérence d’un tel projet : quitter la tutelle de Londres pour adopter celle de Bruxelles, est-ce vraiment la souveraineté ?
2028 : une date symbolique
Si référendum il y a en 2028, ce sera quatorze ans après le premier. Quatorze ans de patience, de construction institutionnelle, de travail politique, d’éducation populaire. Quatorze ans pendant lesquels le SNP a gouverné, démontré sa capacité à administrer, et maintenu vivante une aspiration que beaucoup voulaient enterrée.
Ce n’est pas un modèle exportable tel quel — chaque peuple a son histoire, son rapport à l’État, ses leviers propres. Mais c’est un rappel utile : les combats longs ne sont pas des combats perdus. Ils sont des combats patients.
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3 réponses à “Écosse : Vers un référendum sur l’indépendance en 2028 ? Une leçon pour les peuples sans État”
Airson Alba neo-eisimeileach: air adhart! / For an independent Scotland: onward! / Evit Bro-Skos dizalc’h : war-raok ! / Pour l’Écosse indépendante : en avant !
Per una Escòcia independenta: endavant !
Òc !