Un sondage OpinionWay pour la plateforme d’investissement Nalo, réalisé début mars 2026 auprès de 1 071 Français représentatifs, dresse un portrait sans fard d’une France qui s’intéresse à son argent… sans vraiment savoir quoi en faire. Derrière les chiffres, une mutation profonde des comportements, portée par le numérique et l’intelligence artificielle — avec tout ce que cela implique de promesses et de dangers.
L’épargne oui, l’investissement non merci
Premier enseignement, sans surprise pour qui connaît le tempérament français : 81 % des sondés se disent intéressés par l’épargne. Mettre de l’argent de côté, constituer un matelas de sécurité — c’est dans l’ADN d’un peuple qui ne fait confiance ni aux marchés ni aux politiques pour assurer ses vieux jours. Mais dès qu’il s’agit d’investir — c’est-à-dire de prendre un risque calculé pour faire fructifier son capital — l’enthousiasme retombe : à peine 47 % se disent intéressés par les investissements financiers, soit un recul de deux points par rapport à 2025.
L’aversion au risque reste massive. Huit Français sur dix privilégient des placements sécurisés à faible rendement. 78 % détiennent des livrets réglementés. Seulement 17 % possèdent des actions ou des ETF, et 7 % des cryptomonnaies. La France épargne comme elle vote : prudemment, frileusement, en regardant derrière elle.
Qui sait vraiment ce qu’est un PER ?
L’auto-évaluation de la culture financière est édifiante. Seuls 36 % des Français estiment avoir une bonne ou excellente culture financière — chiffre stable depuis un an. En face, 35 % jugent la leur faible ou inexistante. Les femmes (43 %), les 18-24 ans (50 %) et les foyers aux revenus les plus modestes (44 % sous 1 000 € mensuels) sont les plus nombreux à reconnaître leurs lacunes.
Paradoxe savoureux relevé par l’étude : dans le même temps, 80 % des sondés estiment avoir une culture financière au moins aussi bonne que celle de leur conjoint. Et 77 % pensent en savoir plus que leurs amis et collègues. Le classique biais de supériorité illusoire, appliqué à la finance — tout le monde se croit dans la moyenne haute, alors que la moyenne est médiocre. Ce décalage entre perception et réalité est lui-même un risque.
YouTube et TikTok, nouveaux professeurs de finance
Là où le sondage devient vraiment instructif, c’est sur les modes d’information. La presse traditionnelle reste la première source pour 55 % des Français — mais elle est talonnée de près par YouTube (46 %), Facebook (42 %) et les sites spécialisés (42 %). WhatsApp, Instagram et les podcasts complètent le tableau. Au total, 60 % des Français consultent au moins un réseau social pour s’informer sur l’épargne ou l’investissement.
Chez les 18-24 ans, c’est une autre planète : 91 % d’entre eux passent par les réseaux sociaux, dont 72 % au moins une fois par semaine. YouTube (82 %), Instagram (76 %) et TikTok (68 %) forment leur trinité informationnelle. La presse n’arrive qu’en sixième position dans leurs habitudes. Ce sont des générations qui ont grandi avec des créateurs de contenu comme professeurs — y compris en matière d’argent.
Pour autant, s’informer ne signifie pas obéir. 67 % des Français refusent catégoriquement de suivre des conseils financiers trouvés sur Internet pour gérer leur capital. Et parmi les 16 % qui l’ont fait, le bilan est désormais plus souvent négatif que positif : 9 % estiment avoir reçu de mauvais conseils, contre 7 % de bons. Le fossé entre curiosité et confiance reste abyssal.
Les finfluenceurs, trop peu connus pour être vraiment dangereux
Le phénomène des « finfluenceurs » — ces créateurs de contenu spécialisés en finances personnelles — est encore marginal dans l’opinion générale. 54 % des Français n’en ont jamais entendu parler. Seulement 8 % en suivent activement un sur les réseaux sociaux. Et leur niveau de confiance est le plus bas de toute la chaîne : 14 % seulement leur feraient confiance pour des conseils financiers, loin derrière les professionnels du patrimoine (69 %) et même l’entourage (62 %).
Chez les moins de 35 ans, le tableau est différent : 35 % font confiance aux finfluenceurs. Mais pour gagner cette confiance, les Français exigent deux choses avant tout : une expertise réelle (45 %) et une transparence totale sur les partenariats commerciaux (43 %). Les promesses de gains faciles ne convainquent que 25 % — ce qui signifie tout de même qu’un quart des sondés reste sensible au discours du rendement miraculeux.
L’IA s’installe comme conseiller financier de masse
Le chiffre le plus frappant de l’étude concerne l’intelligence artificielle. Un quart des Français (27 %) utilisent déjà des outils d’IA — ChatGPT, Gemini et consorts — pour comprendre des notions financières. 23 % pour comparer des produits financiers. 21 % pour les aider à prendre des décisions personnalisées d’épargne ou d’investissement.
Chez les moins de 35 ans, ce taux monte à 52 % pour la compréhension des notions financières. La moitié d’une génération consulte une machine avant de décider où mettre son argent.
Et la confiance suit : 44 % des Français font confiance à l’IA pour comprendre la finance, 41 % pour comparer des produits. C’est davantage que la confiance accordée aux médias généralistes (42 %) — et presque autant que celle accordée aux médias spécialisés (47 %). L’IA dépasse le journaliste financier dans l’estime du public.
Ce que cela révèle — et ce que cela cache
Cette démocratisation numérique de la culture financière est réelle. Elle est aussi porteuse de risques que l’étude effleure sans vraiment les nommer. Lorsqu’une génération entière apprend à gérer son épargne via TikTok et ChatGPT, sans formation scolaire digne de ce nom sur ces sujets, sans culture du risque réellement intériorisée, la question n’est pas de savoir si des erreurs seront commises — mais combien et à quelle échelle.
L’étude note elle-même, par la voix de son commanditaire, que « l’outil technologique ne doit en aucun cas se substituer à l’esprit critique humain ». C’est exactement le problème : l’esprit critique ne s’improvise pas. Il se construit, il s’éduque, il se transmet. Et sur ce terrain-là, la France accumule un retard considérable, que ni YouTube ni les algorithmes ne combleront.
Sondage OpinionWay pour Nalo, réalisé du 4 au 5 mars 2026 auprès de 1 071 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus, méthode des quotas, système CAWI.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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2 réponses à “L’IA remplace le banquier : les Français et l’argent, radiographie d’une fracture”
La plupart des conseillers bancaires de nos banques sont nuls en placements financiers, j’en ai fait l’expérience hélas…..il ne faut pas s’étonner qu’on se passe de leurs conseils pour préférer l’IA pour nos investissements.
Revenons au PINAY de nos parents, aux coupons Pétrole d’Aquitaine, EDF, GDF et autres dont je ne souviens pas me contentant d’accompagner mon père pour récupérer le montant des coupons. Sinon les jaunets et les oeuvres d’art.