Centre de l’Imaginaire Arthurien : trente-huit ans de transmission au cœur de Brocéliande – Retour sur Beltaine et l’ouverture de la saison 2026

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Au cœur de la forêt de Paimpont, à Concoret, le château de Comper abrite depuis 1990 le Centre de l’Imaginaire Arthurien. Trente-huit ans après sa fondation par Claudine Glot, Michel Le Bris et leurs compagnons, l’association reste la principale gardienne savante et populaire de la matière de Bretagne. Sa saison 2026 — troisième volet du cycle consacré au chevalier Ségurant — confirme un dynamisme rare dans le paysage culturel rural. Reportage et tour d’horizon.

Beltaine 2026 : sous la pluie, mais en nombre

Jeudi 14 mai. Pour la fête celtique de Beltaine, qui marque traditionnellement le retour de la saison claire, le ciel breton avait visiblement décidé de retarder la cérémonie. Pluie soutenue deux heures après l’ouverture du domaine, ondées intermittentes l’après-midi, brume sur l’étang de Comper en fin de journée : l’édition 2026 du festival aura humide. Et pourtant, la cour du château était pleine, le sentier fréquenté par les familles, le marché de printemps actif d’un bout à l’autre de la journée. Les visiteurs ont joué le jeu : on s’est passé le mot que la magie de Brocéliande ne se laisse pas démonter par quelques nuages.

L’après-midi a vu s’enchaîner les rendez-vous classiques de la fête : la danse traditionnelle autour de l’Arbre de Mai, des contes, une séance de dédicace puis conférence de Claudine Glot, présidente du Centre, sur la signification du calendrier celtique et le sens profond de Beltaine. Les compagnies Tan Elleil et Sombralka ont fait sortir leurs créatures forestières dans le parc à plusieurs reprises pour le « Carnaval des esprits ».

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Trente-huit ans au service de la matière de Bretagne

Le Centre de l’Imaginaire Arthurien est né en mai 1988 à Rennes, sous l’impulsion d’un collectif réunissant l’écrivain Michel Le Bris, l’universitaire Gilbert Durand, Claudine et Hervé Glot ainsi que plusieurs membres de l’ancienne revue Artus qui, depuis 1979, défrichait le champ des cultures celtiques. Deux ans plus tard, en 1990, l’association s’installait au château de Comper, propriété privée bordée par le grand étang où la tradition situe le palais de cristal de la fée Viviane. Le lieu n’avait pas été choisi au hasard : il fallait à la fois un point d’ancrage symbolique dans la forêt légendaire et un espace susceptible d’accueillir expositions, librairie, conférences, spectacles et visiteurs.

Le bilan, trente-huit ans plus tard, parle de lui-même. L’association loi 1901 compte aujourd’hui 300 membres et six salariés permanents en CDI, complétés en saison par des emplois saisonniers. Elle est autofinancée à 97 % — un chiffre rare dans le secteur culturel français, et qui dit beaucoup sur l’engagement de l’équipe à ne pas dépendre des subventions publiques. Près de trente mille visiteurs franchissent chaque année les portes du domaine, dont environ un tiers de scolaires. Depuis la création, le château a reçu des invités prestigieux — Mario Vargas Llosa, le cinéaste John Boorman (venu pour l’exposition consacrée à son film Excalibur), Hugo Pratt, Jean Raspail, Laurent Voulzy, Nolwenn Leroy, Sylvain Tesson, Patrick Poivre d’Arvor — sans que jamais le projet ne dérive vers la mondanité culturelle. La rigueur scientifique reste tenue par un comité associant des médiévistes de premier plan : Denis Hüe, Emanuele Arioli, Christine Ferlampin-Acher, Bernard Sergent.

L’institution s’appuie aussi sur sa propre maison d’édition, Artus, héritière de la revue fondatrice, et qui a publié des ouvrages de référence sur Brocéliande, l’Écosse, l’Irlande, Tristan et Yseut ou Merlin. Une librairie permanente, l’Esplumoir, installée au rez-de-chaussée du château, prolonge cet effort éditorial en proposant l’une des sélections les mieux fournies de France sur la matière de Bretagne, l’héroïc fantasy et le monde celtique.

À la barre depuis 1988, Claudine Glot était présidente, jusqu’à cette année 2026. La direction opérationnelle est assurée depuis 2018 par Bruno Sotty, qui a succédé à Nicolas Mezzalira. La saison 2026 est officiellement présentée comme « la troisième année du cycle Ségurant » — et c’est sans doute l’une des plus ambitieuses qu’ait connue le Centre.

Ségurant, le chevalier ressuscité

Le parcours scénographique permanent du château, intitulé Le Chevalier au Dragon, mérite à lui seul le déplacement. Il s’étale sur deux étages et cinq salles, retraçant à la fois l’épopée arthurienne classique — Arthur, Merlin, Viviane, Lancelot, la Table ronde — et l’histoire extraordinaire de Ségurant, ce héros médiéval longtemps oublié qui a refait surface en 2010 grâce au travail du médiéviste italien Emanuele Arioli.

L’histoire vaut d’être rappelée. Tombant par hasard sur un manuscrit ancien dont le récit s’interrompait brutalement, alors que le héros poursuivait un dragon, Arioli a entrepris une recherche méthodique à travers les bibliothèques européennes. Au terme de plusieurs années d’enquête, il avait rassemblé vingt-huit manuscrits qui, mis bout à bout, permettaient de reconstituer l’intégralité du cycle perdu : la quête de Ségurant, ses combats, son passage par le tournoi de Winchester où débute son histoire, sa course-poursuite contre le dragon, son lien avec la Table ronde. Une découverte philologique majeure, qui a fait l’objet de publications grand public (Dargaud pour la bande dessinée, Les Belles Lettres pour le texte savant, Seuil Jeunesse pour l’album illustré) et d’un documentaire diffusé sur Arte et disponible en VOD.

Le Centre Arthurien a fait de Ségurant le fil rouge d’un cycle triennal d’expositions, dont 2026 constitue l’année de clôture. La scénographie installée à l’étage du château recrée l’atmosphère du tournoi de Winchester et immerge le visiteur dans les paysages du chevalier oublié : l’Île non Sachante, la quête du dragon, les confins du monde arthurien. La qualité graphique — décors, costumes, illustrations — confirme la réputation que s’est forgée le Centre en matière de mise en scène. Sans surenchère technologique, sans facilité interactive, l’exposition mise sur la justesse plastique et le récit. C’est de bonne facture, soigné, intelligent. Une réussite.

Pour les visiteurs pressés, un moment conté intitulé Sur les traces du roi Arthur est proposé tous les jours d’ouverture à 16 h au printemps et à l’automne, puis trois fois par jour pendant les vacances d’été (11h30, 14h30, 16h30).

An English Fairyland : un dialogue entre Brocéliande et le Dartmoor

L’exposition temporaire de printemps-été 2026, ouverte du 4 avril au 6 septembre, s’intitule An English Fairyland et explore la féerie anglaise et les légendes du Dartmoor, ce vaste plateau de landes du sud-ouest de l’Angleterre. Elle s’inscrit dans le prolongement d’un jumelage culturel ancien entre Brocéliande et le Dartmoor, deux ensembles légendaires que tout rapproche : la prégnance des esprits des lieux, la mémoire des récits, la présence obstinée d’une tradition orale dans des territoires que la modernité aurait pu effacer.

Quatre artistes britanniques contemporains — Elfenwild, Iris Compiet (dont l’illustration sert d’image-phare à la communication 2026), Kelly Martinez et Marc Potts — proposent un véritable cabinet de curiosités féerique reconstitué à l’intérieur du château. Travail à l’encre, peintures, sculptures, créatures sorties des sous-bois : un parcours sensible plus qu’un cours d’histoire de l’art. Le Centre prévoit également la projection du film Labyrinth à l’occasion du quarantième anniversaire de l’œuvre de Jim Henson, et les artistes seront présents en dédicaces lors du festival Pendragon, début août.

Une saison ponctuée de trois festivals

Au-delà des deux expositions phares, la saison 2026 s’articule autour de trois grands festivals devenus, au fil des années, des incontournables du calendrier culturel breton.

Beltaine, le 14 mai

On l’a vu plus haut : la fête du retour de la saison claire, organisée le jour de l’Ascension, ouvre traditionnellement le calendrier festif. Marché de printemps, danse de l’Arbre de Mai, sentier des pixies, ateliers de masques sylvestres, conférence, contes, carnaval des esprits, concert irlandais le soir avec le groupe Eirdan, procession masquée et spectacle de feu : la formule s’est imposée comme l’un des temps forts de l’année en Brocéliande. Tarif unique journée + soirée : 10 euros.

Les Universités d’été arthuriennes, 11 et 12 juillet

Moment plus discret mais essentiel de la saison, les Universités d’été réunissent chaque année universitaires et passionnés autour d’une thématique précise. Pour 2026, le sujet retenu — Fées, souveraines et magiciennes — promet d’attirer un public à la fois savant et grand public. Le programme inclut un colloque scientifique le samedi et le dimanche, ainsi qu’une veillée contée originale, créée en résidence, intitulée Les Dames de Brocéliande et portée par Roxane Ca’orzi et Julie Boite, deux conteuses venues de Belgique. Tarifs : 12 euros pour une journée, 20 euros pour les deux.

Pendragon, 1er et 2 août : le festival médiéval-fantastique

Le grand rendez-vous estival. Marché fantastique, tavernes thématiques, spectacles, jeux, quêtes immersives, contes, concerts, dédicaces d’auteurs : Pendragon est devenu en quelques années la plus importante manifestation médiévale-fantastique de Bretagne. La nocturne du samedi soir, avec la Maisnie Hellequin pour un concert et une grande farandole célébrant la fête celtique de Lugnasad, attire chaque année une foule considérable. L’accès est inclus dans le billet d’entrée au domaine, avec un supplément de 8 euros pour la soirée. Réservation indispensable, le festival affichant régulièrement complet.

Pendant tout l’été, du 11 juillet au 23 août, le château accueille également le campement des Héritiers de la Table ronde, troupe immersive proposant chaque jour ateliers de chevalerie, dragonologie, plantes et potions, archerie, confection de familiers magiques. Une formule particulièrement appréciée des familles, avec un passeport légendaire à tamponner au fur et à mesure des aventures.

La Semaine de Samain et la Fête de la Sorcière, fin octobre

Le calendrier celtique boucle sa boucle avec Samain, équivalent ancien de Halloween qui marque le retour de la saison sombre. Pour la huitième édition, le Centre Arthurien organise du 24 au 31 octobre une Semaine de Samain riche en dédicaces, spectacles, conférences, concerts et soirées insolites. Les 24 et 25 octobre se tient en parallèle la Fête de la Sorcière, troisième édition d’un événement qui s’est rapidement imposé : artisans, baguettes, bijoux magiques, créatures, onguents, contes ensorcelés, restauration thématique, ateliers de citrouilles maudites. Tarif unique : 10 euros, réservation obligatoire.

L’exposition d’automne, ouverte du 12 septembre au 31 octobre, sera consacrée à l’artiste graphique Stan Manoukian, dessinateur, sculpteur et storyboarder dont le bestiaire onirique gravé à l’encre est reconnu à l’international. Intitulée Le Laboratoire Fantastique, elle s’articulera notamment autour de son adaptation récente du Frankenstein de Mary Shelley.

Un rayonnement qui dépasse la Bretagne

L’année 2026 marque également le lancement d’un projet documentaire ambitieux : à l’approche de ses quarante ans, le Centre Arthurien coproduit avec Valais Studio un film de 52 minutes intitulé Il était une fois la Table Ronde, tourné en immersion sur une saison entière au château de Comper. Diffusion prévue en salles et en ligne. Le Centre poursuit par ailleurs son jumelage avec la forêt de Sherwood, terre de la légende de Robin des Bois : après deux années de venue des Sherwood Outlaws en Brocéliande, ce sont les Héritiers de la Table ronde qui se rendront en Angleterre les 8 et 9 août 2026 pour participer au Robin Hood Festival d’Edwinstowe.

Informations pratiques

Le domaine est ouvert du 4 avril au 31 octobre 2026. Horaires : 14h-18h au printemps et à l’automne (mardi-dimanche en avril, week-end ensuite), 11h-18h en été (mardi-dimanche, fermé le lundi). Tarifs d’entrée château + parc + animations : 8 euros (6 euros tarif réduit) au printemps et à l’automne, 9 euros (7 euros) en été. Du 11 juillet au 23 août, le tarif incluant le campement des Héritiers passe à 11 euros (9 euros). Gratuité pour les moins de 4 ans. Carte famille nombreuse : 30 à 32 euros. Tarifs réduits accordés aux moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, personnes en situation de handicap, militaires, pass éducation et habitants de Ploërmel Communauté, sur justificatif.

Accès depuis Rennes en 35 minutes par la N24 (sortie Plélan), puis direction Paimpont et Concoret. Pour les voyageurs sans véhicule, gare TGV de Rennes puis bus 1A jusqu’à Paimpont (le château reste à 7 kilomètres du bourg, prévoir un complément). Les chiens sont admis dans le parc tenus en laisse, et à l’intérieur du château uniquement s’ils peuvent être portés. Espèces, carte bancaire et chèques-vacances acceptés ; les chèques bancaires ne le sont plus en raison d’un nombre élevé d’impayés.

Adresse : Château de Comper, 56430 Concoret. Téléphone : 02 97 22 79 96. Réservation conseillée pour les festivals et ateliers via la boutique en ligne du site officiel.

Une pierre essentielle de l’édifice culturel breton

Dans un paysage culturel français qui peine à transmettre les récits longs et qui voit s’effriter le tissu associatif rural, le Centre de l’Imaginaire Arthurien fait figure d’exception. Quatre cents membres, six salariés permanents, 97 % d’autofinancement, trente mille visiteurs annuels, un cycle d’expositions de référence, trois festivals enracinés, une maison d’édition, une coopération internationale active : la mécanique fonctionne parce qu’elle repose sur un patrimoine immatériel — la matière de Bretagne — dont les Bretons n’ont jamais cessé de mesurer la valeur. La saison 2026, malgré la pluie de Beltaine, le confirmera sans aucun doute avec éclat.

Photo d’illustration : Breizh-info.com

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Centre de l’Imaginaire Arthurien : trente-huit ans de transmission au cœur de Brocéliande – Retour sur Beltaine et l’ouverture de la saison 2026”

  1. JLP dit :

    Parmi les visiteurs de marque, il faut ajouter Julien Gracq venu en 1992 (expo Bourgeon) mais qui, avec sa discrétion légendaire, ne se fit pas reconnaître, sinon par un accompagnateur au moment où il quittait le site ! (cf. revue 303, 2006, p208).

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