L’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA), l’une des plus anciennes associations françaises de protection animale, vient de publier une infographie pédagogique consacrée à un sujet rarement abordé dans le débat public : le devenir des viandes issues d’abattage sans étourdissement. Le constat est sans détour : une partie de ces viandes, produites dans le cadre d’une dérogation prévue pour l’abattage rituel (halal et casher), peut être commercialisée dans le circuit conventionnel sans que le consommateur en soit informé.
Le principe : étourdissement obligatoire, dérogation rituelle
En France, le droit impose depuis 1964 — par un décret obtenu à l’époque grâce à l’action de l’OABA elle-même, alors récemment fondée — un étourdissement préalable à toute mise à mort en abattoir. L’objectif est clair : priver l’animal de conscience et de douleur au moment de la saignée. L’insensibilisation peut être mécanique (matador) ou électrique selon les espèces.
Cette obligation souffre toutefois d’une exception, prévue tant par le droit français que par le droit européen : la dérogation pour abattage rituel, qui autorise les abattoirs habilités à pratiquer l’égorgement de l’animal en pleine conscience, conformément aux préceptes religieux musulmans (halal) et juifs (casher). Une dérogation contestée par plusieurs États membres de l’UE — notamment la Belgique, dont la Cour constitutionnelle a validé l’interdiction de l’abattage sans étourdissement dans les régions flamande et wallonne — mais maintenue en France.
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La Bretagne dans la moyenne basse nationale
L’infographie publiée par l’OABA livre une cartographie inédite, issue d’une enquête réalisée en 2026, qui détaille région par région la proportion d’abattoirs de boucherie autorisés à pratiquer l’abattage sans étourdissement.
En Bretagne, ce taux s’établit à 27 %. Un chiffre qui place la région parmi les territoires les moins concernés par la dérogation rituelle, derrière certaines régions de l’ouest et du nord-ouest, mais nettement en deçà des taux relevés dans des régions comme la Normandie (55 %), les Hauts-de-France (63 %), le Grand Est (79 %) ou l’Île-de-France, qui atteint 100 % de ses abattoirs habilités à la dérogation. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (46 %) affiche le taux le plus bas avec 25 %.
Pour mémoire, chaque année, environ 3,9 millions de bovins, 5,3 millions d’ovins et 1 million de caprins sont envoyés à l’abattoir en France. À ces chiffres s’ajoute le secteur de la volaille, où la transparence est encore plus faible : aucune cartographie publique ne permet à ce jour de savoir quels abattoirs procèdent à un étourdissement suffisant de leurs animaux.
Le principe de « complémentarité des circuits »
Le cœur du problème de transparence soulevé par l’OABA tient à un mécanisme peu connu du grand public : le principe de complémentarité des circuits. Lorsqu’un animal est abattu sans étourdissement dans le cadre de la dérogation rituelle, sa carcasse subit ensuite une inspection rituelle. Les morceaux jugés conformes par les autorités religieuses sont estampillés halal ou casher et commercialisés dans le circuit confessionnel. Mais les morceaux rejetés par cette inspection — pour des motifs religieux variés — ne sont pas détruits : ils rejoignent le circuit conventionnel.
Conséquence directe : un consommateur français qui achète une viande non labellisée, sans précision particulière sur le mode d’abattage, peut tout à fait consommer une viande halal ou casher issue d’un abattage sans étourdissement préalable, sans en avoir été informé. Une situation qui pose une triple question : celle de la transparence vis-à-vis du consommateur, privé d’un choix éclairé, et celle de la bientraitance animale, l’étourdissement préalable ayant précisément vocation à éviter toute souffrance au moment de la mise à mort. Mais aussi celle de l’impôt religieux payé, indirectement, du fait de l’abattage halal ou casher.
Une bataille juridique remportée pour le label bio
L’OABA n’en est pas à sa première victoire sur ce dossier. En février 2019, l’association a obtenu une décision majeure devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) : depuis cette date, toute viande estampillée du label Agriculture Biologique (« AB ») doit obligatoirement provenir d’un animal abattu après insensibilisation. Une avancée présentée par l’association comme historique, qui a mis un terme à l’« affaire du bio halal » — la commercialisation de viandes bio issues d’abattage sans étourdissement, jugée incompatible avec le cahier des charges éthique du label.
Pour les viandes non bio, en revanche, le flou demeure. L’OABA publie sur son site une liste des abattoirs disposant ou non d’une dérogation à l’étourdissement, à destination des consommateurs souhaitant orienter leurs achats en connaissance de cause. Une démarche qui repose, faute de réglementation imposant la mention du mode d’abattage, sur la seule diligence du citoyen.
L’opacité ne s’arrête pas aux étiquettes. Malgré plusieurs demandes officielles formulées par l’OABA, le ministère de l’Agriculture indique ne pas être en mesure de fournir le nombre exact d’animaux abattus sans étourdissement chaque année en France. Une carence informationnelle que l’association a décidé d’attaquer juridiquement : un contentieux a été engagé en 2025 pour contraindre les pouvoirs publics à publier ces données.
Autre point soulevé par l’OABA : la dernière inspection nationale dite de « protection animale » dans les abattoirs français remonte à 2016. À l’époque, 80 % des établissements présentaient des non-conformités. Près de dix ans plus tard, aucune nouvelle inspection nationale n’a été conduite, ce qui rend toute évaluation actualisée des pratiques particulièrement difficile.
L’OABA prend soin, dans son dossier de presse, de positionner clairement sa démarche. L’association se définit comme « welfariste » : elle ne milite pas pour l’arrêt de l’élevage ou de la consommation de viande, mais pour l’amélioration concrète des conditions de vie et de mise à mort des animaux destinés à la consommation. Une approche pragmatique qui distingue l’association d’autres organisations plus radicales comme L214, et qui lui vaut d’être reconnue d’utilité publique depuis 1965, consultée régulièrement par les pouvoirs publics et habilitée à mener des audits dans les abattoirs — une exclusivité dont elle est la seule association non gouvernementale de protection animale à bénéficier en France.
L’OABA déploie par ailleurs une activité de terrain intense : en 2024, ses équipes ont pris en charge 3 149 animaux maltraités ou abandonnés (une hausse de 40 % par rapport à 2023, reflet de la crise agricole en cours), pour un coût approchant le million d’euros, financé presque exclusivement par les dons et legs des particuliers. Près de 670 animaux rescapés vivent désormais paisiblement au sein du « Troupeau du Bonheur », réseau de 43 fermes-refuges partenaires réparties sur l’ensemble du territoire — dont plusieurs en Bretagne et dans l’ouest de la France.
Pour le consommateur breton, quelques repères concrets
Pour qui souhaite consommer de la viande tout en évitant l’abattage sans étourdissement, l’OABA formule des recommandations claires. Le label Agriculture Biologique (AB) garantit, depuis 2019, un étourdissement préalable obligatoire — c’est aujourd’hui la seule certification qui assure cette garantie de façon absolue. L’Étiquette Bien-Être Animal, dispositif multicritère noté de A à E que l’association a cofondé avec d’autres ONG et le groupe Casino en 2017, déjà déployée dans environ 70 % de la grande distribution sur la filière poulet de chair, constitue un autre repère utile, en particulier pour les volailles classées A à D.
Pour les viandes non labellisées, l’OABA met à disposition sur son site officiel (oaba.fr) la liste des abattoirs français habilités ou non à pratiquer l’abattage sans étourdissement. Une transparence laissée à la charge du consommateur — faute de législation l’imposant sur les emballages — mais qui reste à ce jour l’unique moyen de faire un choix réellement éclairé.
Une situation que l’OABA juge insatisfaisante. L’association milite, dans les instances consultatives nationales auxquelles elle participe, pour la généralisation de l’étiquetage du mode d’abattage sur l’ensemble des produits carnés. Une exigence qui rencontre, depuis plusieurs années, des résistances notables de la part de certains acteurs de la filière comme de représentants religieux. Le débat, lui, reste ouvert.
Pour en savoir plus : oaba.fr et troupeaudubonheur.fr. Liste des abattoirs disposant d’une dérogation à l’étourdissement consultable sur le site de l’OABA.
Photo d’illustration : DR
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9 réponses à “Abattage : en Bretagne administrative, 27 % des abattoirs autorisés à abattre les animaux sans étourdissement (halal et casher)”
Le vétérinaire Alain de pereti de vigilance hallal .
Qui combat l’abattage hallal pour des raisons sanitaires.
A lancé un label : suivez le coq »
Des boucheries qui ne fournissent pas de viande hallal
Une application permet de savoir si la viande est hallal ou pas .
Selon les numéros des abattoir
Cet abattage est un scandale sanitaire !
Contamination de la viande par E Coli responsable des gastro enterites souvent mortelles ..car les français consommant la viande saignante …la cuisson détruit l’E Coli comme pour toute la cuisine arabe et les met à l’abri de la contamination.
Il est inadmissible que le consommateur ne soit pas a minima informé du mode d’abattage. Que font les associations UFC, Que Choisir, 60M de consommateurs… les grandes surfaces michel Édouard Leclerc, Intermarché, Auchan… les zécolos sandrine Rousseau, Marine Tondelier…et les journaleux du commerce benoit Merlaud, yves Puget ou encore ce donneur de lecons sur rtl d’olivier Dauvers?
Là on les entend pas …
Pas un bruit du côté des écolos_bobos, Rousseau, Caron…..L’idéologie rend-elle aveugle et sourd ?
bonjour, il y a une erreur dans l’article concernant les pourcentages selon les régions. Se référer à la carte.
Sinon merci pour cet article très complet !
Les mêmes qui hurlaient contre la corrida sont bien silencieux sur l’abatage halal mais leur idéologie les rend muets !
Merci BI.com de cet article avisé. Juste une précision : sauf erreur, Intermarché a certifié ne pas vendre de viande Halal mais je préfère aller chez mon boucher traiteur et lui poser la question suivante qui fait mal et pourrait me faire accuser de racisme » vendez vous de la viande Halal ? « alors, je vais préférer lui poser cette question pertinente : « vendez vous de la viande avec ou sans étourdissement ? Je parie mon livret A que c’est avec (je rigole).
On ne mangera plus que du porc, il n’y a aucun risque.
En clair: les parties avant de l’animal bonnes pour les musulmans, les parties arrière « impures » bonnes pour les mécréants qui bouffent de la viande stressée, contaminées et halal à leur insu plus l’impôt payé à la GRANDE MOSQUEE DE PARIS…on nous prend vraiment pour des billes!