Trente ans à la Border Patrol américaine, diplômé de la prestigieuse National War College, Gregory Bovino est devenu, sous le second mandat de Donald Trump, le visage opérationnel et médiatique le plus exposé de la lutte contre l’immigration illégale aux États-Unis. Los Angeles, Chicago, Charlotte, La Nouvelle-Orléans : partout où la confrontation s’est durcie, on l’a vu en première ligne. Théoricien de la stratégie autant qu’homme de terrain, Gregory Bovino livre à Voxeuropa et à Breizh-info, en exclusivité, un entretien sans détour : sur la guerre interne qu’il a menée contre les bureaucrates de Washington, son chiffre vertigineux de cent millions de clandestins, l’aide qu’il veut apporter à l’Europe, et ce qu’il appelle, sans ciller, « la marche vers la victoire totale ».
Comment un agent de terrain devient-il, en l’espace de quelques mois, le visage public le plus médiatisé et le plus controversé de la politique migratoire américaine ?
Gregory Bovino : Les concepts stratégiques nouveaux — ou ceux tombés depuis longtemps dans l’oubli — attirent inévitablement l’attention dès qu’on les met en œuvre à l’échelle nationale ou internationale. En temps normal, c’est la direction de l’agence qui assure le rôle de porte-parole, et le commandement de terrain se concentre sur l’opérationnel. Mais il arrive, comme l’histoire le montre à maintes reprises, que des circonstances singulières obligent un chef opérationnel à assumer aussi la dimension stratégique et publique d’une opération. Pensez à Rommel en Allemagne, à J. Edgar Hoover au FBI, à Patton aux États-Unis, ou encore à Lawrence d’Arabie au Royaume-Uni : chacun combinait une expertise unique en son genre avec une conjoncture exceptionnelle qui bouleversait la hiérarchie de communication classique. Ils étaient peut-être les seuls qui pouvaient — et qui devaient — incarner publiquement leur situation. Par nécessité et par expertise personnelle, ils ont capté l’imagination du public tout en conduisant des opérations efficaces au niveau stratégique. Ils saisissaient la stratégie d’ensemble là où d’autres, au gouvernement ou dans la classe politique, ne la voyaient pas ou refusaient de la voir. L’expertise stratégique conjuguée au commandement de terrain, surtout dans des événements chaotiques et exposés, c’est ce qu’il y a de plus rare. Voilà pourquoi il est rare de voir ce phénomène prendre forme sous ses yeux.
Prenons maintenant l’Opération At Large, conduite à travers les États-Unis. Au sein de Customs and Border Protection et du Department of Homeland Security (CBP/DHS), il n’existait pas de commandement disposant de l’expertise nécessaire pour mener une opération de cette ampleur, aussi exposée publiquement — à l’exception d’un seul secteur de la Border Patrol. Celui d’El Centro, que j’avais dirigé pendant cinq ans, maîtrisait déjà l’application des lois migratoires à l’intérieur des terres. J’avais moi-même conduit la première véritable opération intérieure d’envergure nationale depuis des décennies, le 29 juillet 2010, avec l’opération Don’t Let ‘Em Ride, à Las Vegas. Par la suite, j’ai passé deux ans à affûter ces opérations comme Chief Patrol Agent du secteur de La Nouvelle-Orléans, en frappant les clandestins et les réseaux de passeurs en Louisiane, en Alabama, dans l’est du Texas, au Mississippi et en Arkansas. L’expertise était donc indiscutablement présente à El Centro.
J’ai par ailleurs passé cinq ans à travailler avec les équipes exceptionnelles d’El Centro pour bâtir une stratégie d’application intérieure capable d’expulser des dizaines de millions de clandestins du cœur du pays. À El Centro, nous avons tenu notre portion de frontière pendant la période Covid, et comme notre secteur était le seul à être resté sous véritable contrôle opérationnel à la fois durant le Covid et durant les années désastreuses de frontière ouverte sous Biden, nous avons pu peaufiner cette stratégie sur la durée. Quand les opérations intérieures ont véritablement démarré à Bakersfield, en Californie, en janvier 2025 — encore sous Biden —, la direction de CBP et du DHS y était lamentablement impréparée et n’en voulait à aucun prix. Quand nous sommes intervenus à Los Angeles quelques mois plus tard, les deux professionnels de carrière en matière d’immigration, le commissaire de CBP Rodney Scott et le Border Czar Tom Homan, n’avaient non seulement aucune expérience de l’application intégrale des lois migratoires, mais refusaient de prendre la parole publiquement pendant les opérations. Leur réticence a déclenché la conjoncture singulière que j’évoquais plus haut. Je n’ai ni cherché ni demandé à devenir le visage public de l’opération ; mais pour ce type d’opération, il ne peut y en avoir qu’un. La responsabilité m’est revenue.
Bien que j’aie été un chef de terrain, la Border Patrol forme dans ses rangs des stratèges mobilisables à tout moment pour des fonctions plus élevées. Heureusement, la Border Patrol — sur l’impulsion du Chief Patrol Agent Paul Beeson et de l’Associate Chief Steven Pastor, aujourd’hui à la retraite tous les deux — m’a envoyé en 2008 à la meilleure école de stratégie au monde, le National War College, pour y apprendre la formulation stratégique et surtout l’intégrer aux opérations de la Border Patrol. Être projeté dans une opération nationale inédite faisait partie de mon entraînement : je m’y étais préparé pendant des années. Il faut d’ailleurs rappeler que la Border Patrol est déjà engagée dans des opérations de pointe susceptibles à tout instant de basculer sous les projecteurs nationaux ; l’Opération At Large n’était donc pas si différente de ce que je faisais depuis trente ans. Elle l’était pour les Rodney Scott (titulaire d’un simple diplôme de lycée) ou les Tom Homan, bureaucrates du statu quo, mais pas pour des chefs aguerris de la Border Patrol comme le Chief Mike Banks, le Chief Jason Owens ou moi-même.

Quelle opération représente le mieux votre approche ?
Gregory Bovino : L’opération Catahoula Crunch. Elle s’est déroulée de fin novembre à début janvier 2025-2026. Elle a été d’une efficacité redoutable, sans accroc, avec un seul incident violent sur toute la période. Catahoula Crunch a mobilisé 250 agents de la Border Patrol et des agents des opérations spéciales d’ICE pour mettre totalement à l’arrêt l’immigration clandestine dans toute l’agglomération de La Nouvelle-Orléans. Des communautés entières de clandestins se sont auto-expulsées ou ont migré vers d’autres États. Nos agents ont travaillé main dans la main avec les autorités locales, étatiques et fédérales pour à la fois faire reculer la criminalité et stopper l’immigration illégale. Ils ont patrouillé en commun avec les polices locales pour démultiplier la capacité d’action. Aucun clandestin n’était en sécurité, et les groupes anarchistes radicaux ne se risquaient pas en Louisiane. Le soutien allait du président Trump au gouverneur Landry, en passant par la secrétaire Noem et jusqu’aux agents de terrain. Avec la possibilité de mener une application à grande échelle sans entrave significative, les résultats ont été immédiats. Catahoula Crunch dérangeait les médias américains : c’est pour cela que vous n’en avez jamais entendu parler. C’est pourtant ce que nous cherchions à accomplir dans tous les États, et le contraste avec des États violents dirigés par les démocrates — Minnesota, Illinois, Californie — était saisissant. Aucun reportage sur le succès de Catahoula Crunch, justement parce qu’il était trop éclatant. On aurait pu croire que les tenants du statu quo, Scott et Homan, auraient applaudi ; ils sont restés apathiques et farouchement silencieux.
À noter : il y a une vraie distinction entre ICE et la Border Patrol. ICE, ce sont les « inspecteurs » en civil qui mènent des opérations longues ou ciblées contre toutes sortes de malfaiteurs. La Border Patrol, c’est la branche en uniforme de l’application des lois migratoires. Elle dispose de la formation, de l’expertise, du matériel et surtout de l’état d’esprit nécessaires à une application intégrale. Souvent appelée le « Corps des Marines des forces de l’ordre fédérales », la Border Patrol peut opérer partout sur le territoire américain et dans les territoires associés, et remplir simultanément l’ensemble des missions d’application : patrouille mobile, opérations spéciales, ciblage, renseignement, points de contrôle routiers, patrouilles pédestres, quadrillage de zones, etc. Sa structure est entièrement conçue pour l’application et la patrouille, et elle reste la seule organisation capable de planifier et d’exécuter ce type d’opérations. Le fiasco de Newark, hier soir dans le New Jersey, illustre ce qui se produit quand on envoie des enquêteurs non formés gérer une situation qui relève de spécialistes en uniforme.
Qu’est-ce qui change opérationnellement quand on passe d’un État coopératif comme la Louisiane à un État hostile comme l’Illinois ou le Minnesota ?
Cela ne signifie pas que les opérations dans les villes et États sanctuaires aient été masquées ou interrompues. Elles ne l’ont pas été. Elles ont simplement pris une autre teinte. À Los Angeles et à Chicago, la Border Patrol a écrasé la violence de grande ampleur dans les premières heures ou les premiers jours. À Los Angeles, l’émeute de Paramount a éclaté moins d’une heure après notre arrivée. Après celle-ci, aucune opposition organisée à grande échelle ne s’est plus manifestée contre les agents ou les bâtiments fédéraux — jusqu’à la capitulation au Minnesota. Idem en Illinois : dès que la Border Patrol a pris le relais d’ICE, l’opposition organisée s’est effondrée. Il y a bien eu des actes de violence isolés, mais plus de grands cortèges anarchistes marchant sur les tribunaux ou les bâtiments fédéraux. La capacité à affaiblir, dissuader et décourager la violence de masse est la marque de fabrique de l’application intégrale par la Border Patrol. C’est inhérent à notre vocation expéditionnaire, depuis cent deux ans. Quand James Meredith est entré à l’université du Mississippi en 1962, c’est la Border Patrol qui a été sollicitée pour épauler les US Marshals dans un contexte d’extrême violence. Le constat vaut pour les villes d’aujourd’hui : la Border Patrol opère en milieu non permissif depuis le premier jour de son existence.
Des bureaucrates du statu quo comme Scott et Homan n’ont jamais saisi ce concept, et ont pris au Minnesota des décisions catastrophiques qui ont conduit à de mauvais résultats. Si la Border Patrol avait été aux commandes dès le début au Minnesota, aucune opposition organisée n’aurait pu se constituer, et l’on aurait peut-être pu éviter des pertes humaines — comme on les a indiscutablement évitées à Bakersfield, Los Angeles, Sacramento, Riverside, Chicago, Charlotte, La Nouvelle-Orléans et dans les districts voisins. Pour nos amis européens, le Minnesota était l’un des théâtres les moins violents, après La Nouvelle-Orléans. L’opération Metro Surge n’avait tout simplement pas de commandement ni de présence de la Border Patrol au moment décisif — c’est-à-dire au lancement. Pourquoi laisser son équipe titulaire sur le banc le jour du match décisif ? Folie, incompétence, ou les deux ?
En quoi les groupes antifascistes contribuent-ils à transformer les opérations d’ICE en points de friction violents ?
Gregory Bovino : Il n’existe pas de groupes antifascistes. Je les appelle des groupes pro-fascistes, parce qu’ils ont beaucoup plus en commun avec le fascisme qu’avec les organisations qu’ils prétendent combattre. Ces groupes pro-fascistes sont richement financés et s’organisent pour stopper, retarder ou entraver les agents des forces de l’ordre. Ce faisant, ils mettent tout le monde en danger. Lors d’un épisode au Minnesota, je me souviens d’un anarchiste qui a percuté des véhicules des forces de l’ordre puis a foncé directement vers une zone scolaire pour maximiser l’« effet » médiatique. En quelques minutes, cette zone scolaire s’est retrouvée envahie par des dizaines d’émeutiers et d’anarchistes décidés à agresser les agents tout en se posant en victimes devant les caméras. Cette tactique a été mise au point par des groupes pro-fascistes similaires pendant la guerre du Vietnam, et nous l’avons revue à l’œuvre lors des récentes opérations intérieures. Leurs tactiques n’ont pas mis fin aux opérations, mais leur collusion avec les médias pro-fascistes a réussi à effrayer les bureaucrates frileux du DHS, ainsi que le cortège habituel de politiciens davantage préoccupés par les sondages que par les dégâts causés par des dizaines de millions de clandestins.
Au CPAC, vous avez déclaré vouloir expulser cent millions de personnes. Pew Research avance le chiffre de quatorze millions. Que représente votre estimation ?
Gregory Bovino : J’estime à cent millions le nombre de clandestins actuellement présents sur le sol américain. Le chiffre de Pew Research n’a pas bougé depuis les années 1970 : il est, à tous points de vue, dépourvu de sens, ancré dans le politiquement correct et dans une recherche médiocre — ils s’appuient sur des enquêtes de recensement. Quand j’ai rejoint la Border Patrol en 1996, l’estimation oscillait entre douze et quinze millions. Il y a trente ans, les clandestins étaient absents de vastes portions du territoire américain. Concentrés principalement en Californie, dans l’Oregon, dans l’État de Washington et un peu en Arizona, on les voyait rarement ailleurs. Vers 2000, j’ai commencé à en remarquer dans le Sud-Est. Pourtant, l’estimation restait centrée autour de douze à quinze millions. Après 2000, les vannes se sont ouvertes et le nombre a augmenté de façon exponentielle. Des villages entiers du Mexique se sont vidés de leurs hommes entre 18 et 45 ans. Une fois ces millions arrivés, les membres de leurs familles ont commencé à les rejoindre, par millions encore. Je l’ai vu pendant trente ans à la frontière, et je l’ai constaté dans chaque localité de l’intérieur où je me suis rendu. Pourtant, le chiffre de Pew restait inchangé.
J’ai commencé à examiner sérieusement ces chiffres en 2008, quand j’ai rédigé un document de recherche intitulé Illegal Aliens and Destruction of Natural Resources, consacré à la destruction de nos précieuses ressources naturelles par l’afflux massif de clandestins. Pour que les clandestins puissent avoir un effet dévastateur sur les ressources naturelles à l’échelle nationale, leur nombre devait nécessairement être considérable — bien supérieur à ce qu’avançait Pew. Je me suis particulièrement intéressé aux travaux de Bear Stearns qui, vers 2006, avançait un chiffre supérieur à vingt millions. Je trouvais ce chiffre encore en deçà de la réalité, mais c’était la première recherche du genre menée par un organisme dépourvu d’intérêt politique, qui cherchait honnêtement à établir le nombre réel de clandestins vivant aux États-Unis. Bear Stearns était une banque qui cherchait à devancer ses concurrents en anticipant l’effet des clandestins sur diverses problématiques fiduciaires — construction, transferts d’argent, etc. Animée par des intérêts financiers et non par la démagogie politique, j’ai considéré cette étude comme un travail de référence.
Avec ce chiffre de plus de vingt millions en 2006, j’ai vu défiler un flux ininterrompu de clandestins à travers la frontière, sans aucune application intérieure capable de produire des expulsions massives. De 2006 à 2026, nos frontières n’ont été que des dos-d’âne. Clandestins et passeurs savaient qu’une fois la frontière franchie, ils étaient virtuellement à l’abri de toute conséquence. En vingt ans, et surtout sous Biden, des millions de personnes ont rejoint l’intérieur du pays.
C’est pendant les opérations à Los Angeles, Chicago et Charlotte que le chiffre de cent millions s’est précisé. L’un des indicateurs que nous avons examinés, ce sont les temps de trajet domicile-travail. Pour que ces temps soient considérés comme « bons », il faut retirer entre 15 et 20 % des navetteurs de la circulation. À Charlotte, on compte environ 153 000 navetteurs par jour. Dès que nous avons lancé l’opération Charlotte’s Web, les temps de trajet ne sont pas passés en catégorie « bons » : ils sont passés en catégorie « excellents ». Les estimations indiquaient que 30 % et plus des navetteurs ne circulaient plus. Cela signifie qu’au moins 30 % d’entre eux étaient très probablement des clandestins. Soit environ un quart des navetteurs de Charlotte. Et ce chiffre, vous l’avez deviné, colle parfaitement avec le total de cent millions : sur 420 millions d’habitants aux États-Unis, j’estime que cent millions sont des clandestins. Même constat pour les enfants absents des écoles de Charlotte : plus de 30 % des élèves manquaient à l’appel. Il s’agissait bien sûr d’enfants clandestins ou d’enfants de clandestins. Cela correspond là encore à un quart de la population. Comprendre la réalité de l’Amérique profonde face aux clandestins, croisée avec ma connaissance directe de la frontière et confrontée à mes propres recherches comme aux travaux actuels, me conduit à la conclusion qu’il y a cent millions de clandestins aux États-Unis. Cela inclut les dépassements de visa et toutes les catégories de clandestins. Rappelons que les États-Unis ont été la décharge mondiale de l’immigration illégale pendant quatre ans sous le pantin Biden.
Vous avez critiqué Tom Homan et Markwayne Mullin pour avoir privilégié « les pires des pires » au détriment des expulsions de masse. L’administration Trump a-t-elle abandonné sa promesse de campagne centrale ?
Gregory Bovino : Je n’ai critiqué ni Homan ni Mullin. J’ai simplement dit la vérité, parce que je me soucie de l’Amérique. Si eux ou d’autres le perçoivent comme une critique, c’est peut-être leur position qu’ils devraient interroger, pas la mienne. « Les pires des pires » — ce qu’on appelle aussi le ciblage — c’est tout ce que connaissent Homan, Scott et désormais Mullin. Je ne peux pas leur reprocher directement de n’avoir pas acquis les connaissances, compétences et capacités pour, d’une part, comprendre le problème, et d’autre part, le résoudre. S’il devait y avoir critique, elle viserait le fait qu’ils utilisent une tactique — « les pires des pires » — en la brandissant comme s’il s’agissait d’une stratégie globale capable de servir les intérêts nationaux. « Les pires des pires » n’est qu’une tactique parmi d’autres dans l’application intégrale des lois migratoires. Les tactiques ne sont pas la stratégie, et confondre les deux au niveau politico-bureaucratique a produit, tout au long de l’histoire, des résultats désastreux. « Les pires des pires » a sa place dans un système migratoire déjà sous contrôle, où un ajustement ici, une arrestation là suffisent à maintenir l’ensemble en fonctionnement efficace. Nous sommes très loin de cette situation aujourd’hui, et la manière dont ils gèrent la catastrophe actuelle révèle leur attachement au statu quo et leur absence de compétences pour mettre en œuvre une stratégie migratoire globale. Homan n’a procédé à aucune arrestation depuis vingt ans, Scott était au départ un technocrate, et Mullin est un bon plombier. Des professionnels aguerris à la formulation stratégique, riches d’années de formation, d’expertise et d’expérience de terrain, sont inestimables. Des professionnels qui aspirent au statu quo sont un boulet.
Je ne crois pas que Trump ait abandonné sa promesse de campagne. Je crois que ses « conseillers » ne lui font pas remonter la réalité du terrain. Ceux que j’ai cités, comme d’autres — tous étrangers au métier de la sécurité frontalière — connaissent mal l’application des lois migratoires. La plupart ne savent même pas faire la différence entre ICE et la Border Patrol — enquêteurs en civil au long cours d’un côté, agents en uniforme hautement formés de l’autre — encore moins ce qu’implique une application intégrale. Si c’était à refaire, j’aurais briefé Trump directement à plusieurs reprises, plutôt que de m’en remettre à ce cercle rapproché qui pouvait avoir des intérêts ailleurs. Trump est le meilleur président pour lequel j’aie travaillé, et je crois qu’il reviendra bientôt à cette promesse de campagne.

Trump est-il entravé par son cercle rapproché, ou gère-t-il la pression électorale des midterms à venir ?
Gregory Bovino : Les midterms influencent indiscutablement ce cercle rapproché. Ils s’inquiètent des sondages, alors que des Américains sont tués par des clandestins. Je me moque des sondages et de la politique : ma position est apolitique. C’est probablement ce qui alimente les frictions entre les deux camps — l’application intégrale d’un côté, le cercle rapproché de l’autre. Les stratèges doivent prendre en compte la totalité du contexte, ce que je fais, mais cela n’exclut pas le conflit. Je m’y attendais, puisque nous étions en territoire inexploré. Ce que je n’avais pas prévu, c’était d’avoir à mener une guerre sur deux fronts. Combattre les criminels d’un côté, et ceux dans le gouvernement censés vous soutenir de l’autre : c’est une position difficile, une guerre sur deux fronts. Si l’on revient aux rares moments de l’histoire où un chef émerge comme le point focal absolu d’une opération, tous ont dû affronter ce type de conflit. Patton est entré en collision avec Eisenhower et Omar Bradley ; Hoover a brisé la carrière de ceux dont il craignait qu’ils ne lui ravissent son statut — Melvin Purvis, par exemple.
Que révèle cette période sur le lien entre fermeté opérationnelle, image publique et soutien électoral ?
Gregory Bovino : Les trois sont intrinsèquement liés, ils l’ont toujours été et le seront toujours. L’immigration incontrôlée aux États-Unis constitue désormais la plus grande menace pour notre culture et notre existence même — c’est valable pour vous aussi en Europe. Parfois, il faut donner tout ce qu’on a, et c’est l’un de ces moments. L’image publique et le soutien électoral restaient élevés, et nous n’en étions qu’au début des opérations ! Dans quelques mois, l’ampleur et la profondeur des opérations migratoires auraient été plusieurs fois supérieures à ce que vous avez vu. Patton comprenait ce qui se jouait dans sa marche à travers l’Allemagne. Il était censé laisser Montgomery atteindre Berlin en premier, mais il a saisi l’enjeu et a accompli ce qu’il devait accomplir. Fermeté opérationnelle, image publique et soutien électoral ne sont pas mutuellement exclusifs. J’avais le sentiment qu’à mesure que l’application intérieure se déploierait, le soutien dans ces trois domaines continuerait de progresser. Nous étions en marche vers la victoire totale, mesdames et messieurs.
Cette période révèle qu’une petite minorité de l’électorat s’est jointe aux bureaucrates du statu quo pour mettre un terme aux opérations, par paranoïa ou par incompétence. L’Amérique soutient l’application intégrale des lois migratoires ; la clameur des Américains en colère grandit de jour en jour.
Au CPAC, vous avez déclaré au Spiegel être « heureux d’aider l’Allemagne ». Que peuvent réalistement tirer les Européens de l’expérience américaine ?
Gregory Bovino : L’Europe est dans une situation critique. L’immigration incontrôlée vers l’Europe arrive aujourd’hui à son terme funeste. Les Européens regardent ce chapitre qui s’ouvre aux États-Unis comme un point de référence pour leurs propres problèmes. Au CPAC, j’ai parlé avec d’innombrables Européens, en quête à la fois des leçons à tirer et, surtout, de stratégies viables face à leur propre problème migratoire. Ce qui s’est passé l’année écoulée est une excellente nouvelle pour l’Europe. D’abord, cela démontre l’étendue du problème migratoire ; ensuite, cela trace une stratégie réalisable, durable et acceptable pour l’Europe. Surtout, cela a éveillé l’intérêt des citoyens à travers tout le continent et leur a redonné espoir. Ils savent maintenant que c’est faisable : nous venons de vous fournir une feuille de route. Quant à aider l’Allemagne ou n’importe qui d’autre : passeport en poche, prêt à partir ! Aidons nos frères et sœurs européens. Nous comprenons ce à quoi vos citoyens innocents sont confrontés. Il est temps d’expulser massivement hors d’Europe. J’adorerais visiter des régions d’Europe où je n’ai jamais mis les pieds et lever quelques verres de single malt écossais ou siroter une pinte de Guinness à Manchester, sans avoir à m’inquiéter du changement culturel ni de la criminalité ! Les Américains se soucient du bien-être des Européens. Allez, Europe !
Jared Taylor a confié à Voxeuropa que la remigration prendrait une forme différente en Europe et en Amérique. Êtes-vous d’accord ? Quel est l’objectif réel d’une politique d’expulsion à grande échelle ?
Gregory Bovino : L’objectif est autre chose entièrement. C’est le redressement culturel et l’assimilation. Les clandestins, et nombre des immigrants arrivés aux États-Unis comme en Europe ces deux dernières décennies, n’ont aucune intention de s’assimiler à notre culture. C’est sans doute la plus grande menace pesant sur les États-Unis depuis la fondation du pays. Avec des millions d’étrangers sur le sol américain qui rejettent notre culture, notre héritage, nos traditions, notre exceptionnalisme, nos valeurs, c’est notre formule de réussite qui touche à son crépuscule. Je vois la même chose se produire en Europe. Vous — nous — sommes assiégés. Nous avons atteint le point de bascule. Aujourd’hui, notre combat principal n’est pas avec les clandestins ou les immigrants non assimilés : il est avec les bureaucrates du statu quo et les politiciens frileux, déterminés à suspendre l’action ou à attendre le prochain cycle électoral. C’est la même chose dans nos deux espaces.
Jared Taylor a raison de dire que la remigration prendra peut-être une forme différente en Europe. C’est possible. Si et quand nous parvenons à dépasser ces bureaucrates et politiciens encombrants — la base populaire s’en chargera pour nous —, les tactiques précises pour faire partir ceux qui doivent l’être prendront peut-être des formes différentes en Europe et aux États-Unis. Mais cela devra être fait des deux côtés si les cultures veulent survivre.
En Europe, la remigration est portée par des mouvements comme l’AfD, et des personnalités comme Jean-Yves Le Gallou, Renaud Camus ou encore Martin Sellner. Suivez-vous cette dynamique, et y voyez-vous l’écho de votre propre combat ?
Gregory Bovino :Le combat est très proche en Europe et aux États-Unis. La même chose s’y joue : des clandestins et des immigrants qui ne partagent pas vos valeurs. L’AfD, en Allemagne, est dans le vrai, à mon sens. Ils rejettent le politiquement correct au profit de la culture et de l’identité allemandes. Je suis fier de l’AfD, comme de Restore Britain et d’autres. Ne sacrifiez jamais vos citoyens et votre culture à des gens qui se fichent éperdument de savoir qui était Lawrence d’Arabie ou si Alexandre Dumas a écrit Le Comte de Monte-Cristo. Ils n’ont que faire de savoir si votre grand-père s’est battu lors de la Grande Guerre et est mort à Belleau Wood, ou si Henri IV fut un grand roi. Cela devrait terrifier chaque Européen sur son sol. C’est étrange, mais je crains pour l’Europe. Les conversations au CPAC avec d’excellents interlocuteurs venus de chez vous m’en ont convaincu. Nous affrontons à l’échelle mondiale la même horreur rampante. Pourquoi ne pas travailler ensemble à la résoudre ?
Les conservateurs américains nous voient comme une fraternité mondiale face au problème migratoire. Les progressistes n’en font pas partie, et sont franchement contre vous. Un ennemi commun ou un problème commun unit comme rien d’autre. Certaines de vos filles sont violées et vos fils tués en Europe par des immigrés que vos autorités ont fait venir, exactement comme ici aux États-Unis. Le même problème dans des géographies différentes. Pourquoi ne pas s’unir et le résoudre une bonne fois pour toutes, partout dans le monde ? Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti uni à l’Europe — le Brexit a été un bon moment — mais ces dernières années, les occasions ont été rares. Si seulement vous aviez la liberté de porter des armes à feu… Ce problème migratoire m’a définitivement rangé à vos côtés. Frères d’armes, si vous voulez. Bonne chance, Europe : des millions d’entre nous sont dans votre camp. Nous voulons retrouver notre vieille Europe !
Quelles leçons retirez-vous, pour les Européens, de votre propre expérience ?
Gregory Bovino : Allez-y franchement, sans demi-mesure. Une stratégie migratoire suppose que les chefs de terrain puissent communiquer directement avec les plus hauts responsables du pays. Trop d’intermédiaires finissent inévitablement par corrompre les opérations et y faire entrer trop d’intérêts dans ce qui devrait être ciblé, concis et direct. Quand interviennent trop de non-professionnels de l’immigration — comme Susan Wiles ou Thom Tillis —, ou des gens à l’expérience limitée comme Scott et Homan, les informations qu’ils font remonter entravent inévitablement les opérations au profit de leurs préférences personnelles.
Et puis il y a les médias. Si vous regardez Chicago et Los Angeles en particulier, notre dispositif médiatique au sein du DHS était sans équivalent. La sous-secrétaire du DHS Trish McGloughlin avait toujours une longueur d’avance. Nos récits étaient capables de contrer les plus insidieux que les médias nous opposaient. Nous les avons maintenus en défense. Europe, il vous faudra affronter de plein fouet cette machine médiatique délirante que vous avez, par une action prudente et réfléchie. Imposez le récit, ne le laissez pas s’imposer. La secrétaire Noem excellait également dans cet exercice : elle prenait les devants sur les événements, parlait avec ses chefs de terrain avant les grandes opérations, et maintenait les médias militants en défense. Vous avez notre expertise à disposition : utilisez-la.
Propos recueillis par Matisse Royer
Crédit photo : DR
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3 réponses à “Gregory Bovino, l’homme qui a piloté les opérations Trump contre l’immigration illégale parle à l’Europe [Interview]”
La situation critique de l’Europe, de la France en particulier, ne fait plus aucun doute. Gregory Bovino fait bien de le souligner. Si rien ne change, bientôt une seule question sur toutes les lèvres françaises puis européennes : « Quel sera le sort des autochtones de souche chrétienne quand ils deviendront minoritaires sur les terres de leurs ancêtres ? » suivant love story douce et sensible « les corps indécents ». Il convient de redonner la parole aux peuples, parole qui leur a été confisquée. Dans une vraie démocratie c’est le peuple qui est souverain. C’est le peuple qui décide. Ce n’est plus le cas chez nous.
Merci infiniment pour cette interview très intéressante.
fck bovino and the clown traitor fascist trump