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Un pasteur retraité de 78 ans, condamné pour avoir prêché l’Évangile à proximité d’un hôpital pratiquant des avortements en Irlande du Nord, a déposé un recours contre une décision de justice qualifiée de « dangereuse » par ses défenseurs. L’affaire, qui pose frontalement la question de la liberté d’expression religieuse au Royaume-Uni, a pris une dimension internationale inattendue : elle a attiré l’attention de l’administration du président américain Donald Trump, qui y voit le symptôme d’une dérive censoriale gagnant l’ensemble de l’Europe.
Le cas de Clive Johnston illustre les tensions croissantes entre les législations encadrant l’accès aux établissements pratiquant l’avortement et les libertés fondamentales de culte, d’expression et de réunion pacifique. Il constitue surtout, selon ses soutiens, le premier cas où une personne est poursuivie en vertu de cette loi pour un sermon ne mentionnant même pas l’avortement.
Les faits : un sermon dans une « zone tampon »
Clive Johnston, domicilié dans le comté de Tyrone, a été reconnu coupable au début du mois d’avoir organisé un rassemblement devant le Causeway Hospital de Coleraine, dans le comté de Londonderry, et de ne pas avoir obtempéré à l’injonction de quitter les lieux, en juillet 2024. Le juge Peter King a estimé que le septuagénaire avait « testé la loi jusqu’à la transgresser » en organisant ce petit rassemblement en infraction avec une législation introduite en Irlande du Nord en 2022.
Cette loi a créé huit « zones tampons » (buffer zones) d’un rayon de 100 à 150 mètres autour des hôpitaux et cliniques pratiquant l’avortement, à l’intérieur desquelles toute forme de manifestation ou d’influence est prohibée. Le tribunal de Coleraine a relevé qu’au moins une « personne protégée » par le dispositif s’était rendue à l’hôpital le dimanche où le pasteur a prononcé son sermon, centré sur le verset de l’Évangile selon Jean (Jean 3:16).
Selon le juge, la décision de prêcher était motivée par deux raisons : tester la législation et orienter les personnes présentes vers la Bible et le message chrétien en général. Il a souligné que le prévenu s’était délibérément placé dans une zone d’accès protégé, conscient du risque d’enfreindre la loi, sans vérifier si des services d’avortement étaient assurés ce jour-là. Condamné à une amende de 450 livres sterling, Clive Johnston a tenu à préciser que son office en plein air avait été « court et bref ».
Un recours fondé sur les libertés fondamentales
Le Christian Institute (TCI), organisation qui soutient le pasteur, a confirmé mercredi le dépôt d’un appel contre cette décision. Les avocats de Clive Johnston entendent plaider que la condamnation représente une « atteinte disproportionnée aux droits fondamentaux » garantis par la Convention européenne des droits de l’homme et le Human Rights Act britannique — notamment la liberté d’expression, de religion et de réunion pacifique.
Pour Simon Calvert, du Christian Institute, l’affaire ne relève en rien du harcèlement ou de l’intimidation : personne n’a jamais reproché au pasteur le moindre comportement de cette nature. La question posée, selon lui, est de savoir si l’État peut criminaliser l’expression pacifique de la foi chrétienne dans un lieu public en vertu des lois sur les zones tampons. Il met en garde contre les implications d’une telle décision, qui dépasseraient de loin le cas d’un seul pasteur d’Irlande du Nord : si les autorités peuvent poursuivre quelqu’un pour avoir lu la Bible et prêché l’amour de Dieu, ce sont les libertés fondamentales elles-mêmes qui se trouvent menacées.
Le spectre d’une « loi anti-blasphème » moderne
Clive Johnston lui-même a dénoncé un précédent « profondément troublant », assimilant la situation à une « loi anti-blasphème moderne » qui permettrait de punir les expressions de foi. « Je ne manifestais pas contre l’avortement. Je prêchais paisiblement l’Évangile, je lisais la Bible et j’orientais les gens vers l’espérance que l’on trouve en Jésus-Christ », a-t-il déclaré.
Le pasteur s’inquiète des conséquences plus larges de sa condamnation : si celle-ci venait à être confirmée, elle signifierait selon lui que le simple témoignage chrétien et l’expression publique de la foi peuvent être criminalisés au seul motif qu’ils se déroulent au mauvais endroit. Au lieu de réprimer les comportements véritablement nuisibles comme le harcèlement et la violence, la loi sur les zones tampons fonctionnerait ainsi comme un instrument permettant à l’État d’interdire l’expression pacifique et bienveillante de la foi chrétienne. Une dérive qui, selon lui, devrait préoccuper toute personne attachée à la liberté religieuse et à la liberté d’expression, quelles que soient ses convictions personnelles sur l’avortement.
À 78 ans, l’homme se retrouve pour la première fois de sa vie condamné pénalement, et s’alarme du caractère extensif d’une législation si large que la tenue d’un office dominical a pu être qualifiée d’infraction.
Washington monte au créneau
Fait remarquable, l’affaire a franchi l’Atlantique et suscité une réaction officielle de l’administration américaine. Un porte-parole du Département d’État, cité par le quotidien britannique The Daily Telegraph, a indiqué que l’administration Trump continuait de surveiller de nombreux dossiers de zones tampons au Royaume-Uni, ainsi que d’autres actes de censure à travers l’Europe.
Les termes employés sont d’une fermeté inhabituelle dans les relations diplomatiques entre alliés. Selon ce porte-parole, la « persécution de la prière silencieuse » par le Royaume-Uni représente non seulement une violation flagrante du droit fondamental à la liberté d’expression et à la liberté religieuse, mais aussi un inquiétant éloignement des valeurs communes censées fonder les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni.
Plusieurs figures majeures de la Maison-Blanche, à commencer par le président Donald Trump lui-même et le vice-président J.D. Vance, ont à plusieurs reprises exprimé leurs préoccupations face à ce qu’ils décrivent comme un recul de la liberté d’expression au Royaume-Uni et en Europe, recul qui contribuerait selon eux à un phénomène d’« effacement civilisationnel ». Cette thématique, devenue récurrente dans le discours de l’administration américaine, marque une rupture avec la diplomatie traditionnelle entre puissances occidentales.
Une onde de choc dans le monde évangélique et politique
L’indignation a également gagné les milieux évangéliques américains. Le prédicateur Franklin Graham, fils du célèbre évangéliste Billy Graham, a averti que les libertés religieuses étaient désormais menacées au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et dans le monde entier.
Au Royaume-Uni même, l’affaire a trouvé un écho dans la classe politique. Le député conservateur Jacob Rees-Mogg a jugé « extraordinaire que, dans un pays chrétien, la police considère comme un délit le fait de prêcher la parole de Dieu devant un hôpital ». De son côté, la députée Carla Lockhart, du Parti unioniste démocrate (DUP), a estimé que cette décision marquait « un jour très triste » pour l’Irlande du Nord.
Une question qui dépasse le débat sur l’avortement
Au-delà du cas particulier de Clive Johnston, cette affaire pose une question de fond qui résonne bien au-delà des frontières britanniques. Les législations sur les zones tampons, conçues à l’origine pour protéger les femmes se rendant dans les cliniques contre d’éventuelles formes de harcèlement, en viennent-elles à criminaliser l’expression la plus pacifique de convictions religieuses ou personnelles ? La distinction entre la protection des personnes contre l’intimidation et l’interdiction pure et simple de toute parole dans l’espace public devient, dans des cas comme celui-ci, particulièrement ténue.
Le débat dépasse largement la seule question de l’avortement, sur laquelle chacun peut avoir des convictions opposées. Il touche à un principe fondamental des sociétés démocratiques : jusqu’où l’État peut-il restreindre la parole dans l’espace public, et au nom de quoi ? Pour les défenseurs des libertés, le fait qu’un homme de 78 ans puisse être pénalement condamné pour avoir lu un verset de l’Évangile et évoqué l’amour de Dieu, sans le moindre comportement agressif, constitue un signal d’alarme.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte européen plus large de tensions autour de la liberté d’expression, des législations sur les discours et de la place du christianisme dans des sociétés sécularisées. Le recours déposé par les avocats de Clive Johnston, qui sera examiné dans les mois à venir, pourrait faire jurisprudence et clarifier l’équilibre, aujourd’hui contesté, entre la protection de l’accès aux soins et le respect des libertés fondamentales de conscience, de culte et d’expression. L’issue de ce combat judiciaire sera scrutée bien au-delà de l’Irlande du Nord.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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Une réponse à “Tyrannie judiciaire en Irlande du Nord : un pasteur condamné pour avoir prêché l’Évangile près d’un hôpital, l’administration Trump s’en émeut”
Il vaut mieux prêcher l’Islam conquérant dans les mosquées, c’est moins dangereux et autorisé par la loi.