La Fondation Jean-Jaurès, première fondation politique française et ouvertement sociale-démocrate, publie en juin 2026, en ce quasi obligatoire sous peine d’homophobie « Mois des fiertés LGBT », une étude intitulée Actes anti-LGBTI+ en France, soutenue par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). Le document, coordonné par Flora Bolter, codirectrice de l’Observatoire LGBTI+ de la Fondation, s’ouvre sur un constat spectaculaire : les infractions anti-LGBT enregistrées par la police auraient presque triplé en dix ans, passant de 1 810 actes en 2016 à 4 945 en 2025.
Le chiffre est brandi en préface comme une preuve de l’aggravation des violences. Mais la lecture du rapport lui-même conduit à plusieurs nuances que ses propres auteurs assument.
Quand le rapport reconnaît que la hausse n’est pas forcément celle des faits
L’étude admet noir sur blanc que l’augmentation des actes enregistrés « n’est pas nécessairement en soi négative ». Elle reprend une formule de l’Unicef appliquée aux violences faites aux enfants, selon laquelle la hausse des signalements peut être « le résultat souhaité » d’une politique publique, parce qu’elle traduit une amélioration de l’accès aux dispositifs d’aide. Le rapport en tire la conséquence logique : l’augmentation des chiffres « n’est pas nécessairement uniquement l’indication d’une augmentation des faits, mais peut-être aussi d’un recours plus systématique au signalement ».
Autrement dit, le document qui ouvre sur un triplement alarmant des actes reconnaît, quelques pages plus loin, qu’une part inconnue de cette hausse mesure la confiance dans la plainte, et non la violence réelle. La préface elle-même va dans ce sens en affirmant que « tout progrès dans l’accueil des victimes se traduira par une hausse des plaintes ». La distinction entre le thermomètre et la température, pour reprendre l’image du rapport, reste donc largement indéterminée.
On notera au passage que la préface signale un ralentissement sur un an (+2 % en 2025, après une hausse moyenne de 15 % par an entre 2016 et 2023), tout en prévenant immédiatement qu’il « ne saurait être lu comme un infléchissement ». La grille de lecture est posée d’avance : la hausse prouve l’aggravation, la stabilisation ne prouve pas l’amélioration.
La posture de victimisation revendiquée comme méthode
Le rapport ne s’en cache pas : il assume une approche militante. Flora Bolter écrit que l’Observatoire LGBTI+ ne saurait se présenter comme « un arbitre disciplinaire » des observations quantitatives, et revendique une connaissance issue non des seules études universitaires mais aussi de « nos expériences de vie et notre engagement actif de longue date au sein du mouvement ». La démarche affichée consiste explicitement à « rendre visible en quoi une réalité est insupportable et en souligner la fréquence », sur le modèle revendiqué du mouvement féministe.
Le cadre théorique mobilisé, le « triangle des violences » du sociologue Johan Galtung, permet d’élargir considérablement le périmètre : au-delà des violences « directes » qui tombent sous le coup de la loi, le rapport range parmi les « violences » les stéréotypes, les débats politiques et les opinions. Les opposants au mariage pour tous de 2013 ou à l’extension de la PMA y sont ainsi rangés dans les « violences culturelles ». L’expression d’un désaccord politique devient, dans cette grille, une forme de violence — ce qui dilate la notion bien au-delà de toute définition pénale.
Le non-dit sur les auteurs : la « banlieue homophobe », thèse réfutée avant d’être examinée
C’est sans doute le passage le plus révélateur. Le rapport consacre une contribution entière, signée des sociologues bordelais Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn, aux espaces publics et aux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Et les chiffres qu’il rapporte pour la Seine-Saint-Denis sont accablants.
Dans ces quartiers, seules 15 % des personnes interrogées se sentant discriminées sur leur orientation ou leur identité estiment être protégées par la loi, contre 32 % dans les enquêtes menées hors QPV. Surtout, 24 % des témoins présents lors d’un acte discriminatoire y prennent part, contre 13 % en moyenne ailleurs. Cette population, écrivent les auteurs, « vit massivement plus d’agressions physiques, sexuelles, mais aussi plus de harcèlement, de moqueries et d’injures que la moyenne ».
Face à des données aussi nettes, on pourrait s’attendre à une interrogation sur les causes. Le rapport fait l’inverse : il consacre l’essentiel de son développement à disqualifier par avance toute lecture qui rapporterait ces violences à un environnement particulier. La « thèse de la banlieue homophobe » y est qualifiée, en s’appuyant sur le sociologue Éric Fassin, de « discours culturaliste » opérant un glissement vers une « prétendue différence de mœurs ». Les auteurs affirment que la violence dans les QPV « ne saurait être réduite à la religion ou à la culture d’origine ».
Le procédé est notable : le rapport reconnaît les faits — une surexposition documentée des personnes LGBT à la violence dans certains quartiers, et une participation accrue des témoins — mais s’interdit méthodologiquement d’en nommer une partie des auteurs. La question des origines des agresseurs n’est jamais posée ; elle est écartée comme illégitime avant même d’être formulée. Dans un document de près de cinquante pages qui se veut, selon les mots de la Dilcrah, une « boîte à outils de référence » sur les auteurs et les victimes, l’angle mort est choisi.
Un ennemi clairement désigné : le « méchant blanc »
À défaut d’examiner les auteurs des violences de terrain, le rapport leur substitue un coupable idéologique précis. La contribution de la journaliste Pauline Ferrari sur les « masculinismes » désigne nommément l’adversaire : l’« extrême droite », le « suprémacisme blanc », la théorie du « Grand remplacement », les catholiques « réactionnaires ». L’argumentaire LGBTphobe y est présenté comme « blanc » par nature, et associé à des figures et mouvements identifiés à la droite et à l’extrême droite françaises.
La construction est cohérente avec l’orientation de la Fondation : l’hostilité aux personnes LGBT est attribuée prioritairement à un camp politique — le camp conservateur et identitaire — tandis que les violences statistiquement concentrées dans certains territoires sont, elles, soigneusement détachées de tout déterminant culturel ou religieux. Deux poids, deux mesures dans l’attribution des responsabilités.
Le rapport contient des données sérieuses et reconnaît lui-même la fragilité d’une partie de ses sources : faiblesse des échantillons pour les personnes trans et intersexes, impossibilité de distinguer les mobiles dans les bases de données justice, écart énorme entre les actes enregistrés et les condamnations effectives (228 condamnations recensées en 2020 pour 1 590 victimes de crimes et délits comptabilisées la même année par les services). Ces précautions, à mettre au crédit des auteurs, contredisent l’usage politique simplificateur qui sera fait des chiffres de tête.
Reste l’essentiel : un document financé par l’État (via vos impôts-, produit par une fondation revendiquant son engagement, qui alarme sur des chiffres dont il reconnaît qu’ils ne mesurent pas forcément ce qu’on leur fait dire, et qui choisit d’examiner certains auteurs de violences tout en s’interdisant d’en nommer d’autres. Mesurer pour agir, proclame le sous-titre. Encore faut-il accepter de regarder l’ensemble des données — y compris celles qui dérangent la thèse.
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3 réponses à “Actes anti-LGBT : un rapport de la Fondation Jean-Jaurès alarme sur les chiffres… tout en reconnaissant qu’ils ne mesurent pas ce qu’ils prétendent”
Quand on braque un microscope sur un bouillon de culture, on voit plus de microbes qu’à l’oeil nu, c’est bien connu !
Deux vielles recettes éculées (sans jeu de mot) des LGBTAZERTYUIOP : La victimisation et l’inversion accusatoire. Par contre, silence radio sur les menaces de mort comme celles à l’encontre de Dora Moutot ou Alice Cordier.
Au PNB, nous luttons efficacement contre l’idéologie woke !