Et si le dernier souverain de l’Empire inca avait été un Européen aux yeux bleus ? Tel est le thème d’une nouvelle série BD qui s’annonce comme une quête identitaire.
En 1641, l’explorateur Werner de Hoock achève une mission scientifique au Pérou confiée il y a cinq ans par la Couronne d’Espagne. Les mesures effectuées au niveau de l’Equateur lui permettront d’affirmer avec certitude à l’Académie Royale des Sciences que la Terre est ronde. Mais plutôt que de rentrer directement en Espagne, de Hoock décide de partir en forêt amazonienne pour faire une carte du fleuve et récolter des plants de l’arbre de quinquina, aux nombreuses vertus médicales. Il espère aussi, secrètement, croiser les mythiques femmes amazones. Les autochtones lui révèlent alors que le dernier inca, encore vivant, serait un « Yuraq Runa », c’est-à-dire un indien blanc aux yeux bleus. De Hoock part à sa recherche à travers les montagnes, les jungles, les fleuves. Après plusieurs semaines, dans un village, il rencontre un vieillard blanc, aveugle, pourvu d’une longue barbe. Celui-ci, en mêlant plusieurs langues européennes, raconte son histoire, qui a commencé près d’un siècle plus tôt.
Né en 1546 en Bavière, il s’appelle alors Hans Wolffhart et suit une formation de forgeron. Après avoir épousé la fille du pasteur, sa famille est massacrée par les catholiques, en pleine guerre de religion. Il rejoint alors les troupes de la Réforme pour, à son tour, se venger en trucidant des catholiques. Lors d’une mission qu’il dirige, il détruit un village mais ne peut se résoudre à tuer des enfants. Retrouvant celui qui a tué sa famille, mais blessé lors du duel, il se cache dans un navire qui part vers les Indes. Au cœur d’une tempête, le bateau coule au large des côtes de l’Amérique du Sud. Curieux de nature, il découvre les traditions des peuples autochtones, se forge une nouvelle identité et va aider les survivants du peuple inca.
Le scénariste Serge Perrotin, né en 1962 à La Roche-sur-Yon, exerce plusieurs professions (technicien en génie mécanique, enseignant en collège…), avant de prendre un congé sabbatique au début des années 1990 et de s’installer au Guatemala pour voyager en Amérique. Il se passionne alors pour la culture précolombienne. À son retour en France, il s’installe sur la côte vendéenne et se lance dans l’écriture de scénarios de bande dessinée. Paraissent les séries Lance Crow Dog et Terra incognita, puis les albums Au nom du fils (2011), Les Mules de Guadalajara (2012), L’échange de Maison (2014), Le Pays indien (2017), Le Trésor de Compostelle (2020).
Ses récits ont souvent pour thème la science-fiction ou pour cadre l’Amérique du Sud. Dans l’album Au nom du fils (avec Clément Belin au dessin), un ouvrier des chantiers navals de Saint-Nazaire apprend que les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes (FARC) sont à l’origine du rapt d’un groupe de touristes sur le site précolombien de Ciudad Perdida. Parmi ces otages figure son fils, âgé de 23 ans. N’ayant aucune confiance dans les démarches diplomatiques, le père décide d’enquêter lui-même sur place… Serge Perrotin se focalise sur la psychologie du père, qui va découvrir que le monde ne tourne pas autour des luttes syndicales mais de l’identité. C’est l’occasion, pour le scénariste, de nous faire découvrir Les Kogis, peuple amérindien de Colombie qui vit en totale autarcie et fuit la civilisation occidentale.
Prévue en trois tomes, sa nouvelle série, L’Inca blanc, débute en 1641. Rappelons que l’empire inca était le plus vaste de l’Amérique précolombienne. Les premiers contacts entre l’empire inca et les conquistadors espagnols, menés par Francisco Pizarro et Diego de Almagro, ont lieu entre 1526 et 1528. Pizarro, de retour en 1532, n’est pas perçu comme une menace puisqu’ il est assimilé à un personnage mythique : selon une légende inca, le dieu Viracocha doit revenir sur terre pour établir la prospérité dans l’empire. Mais Atahualpa, dernier empereur de l’Empire inca indépendant, est capturé par les Espagnols. Les Incas se replient dans la montagne, un noyau de résistance y subsistant jusqu’en 1572.
Le scénariste, par un long flashback, fait voyager le lecteur de l’Europe déchirée par les guerres de Religion jusqu’à la conquête espagnole de l’Amérique. On découvre pourquoi un homme pacifiste devient un guerrier sans pitié. Mais les événements s’enchaînent un peu trop rapidement, notamment au sujet des guerres de Religion en Europe. L’auteur aurait sans doute dû se focaliser sur la conquête espagnole de l’Amérique, afin notamment d’approfondir l’exploration de la culture inca. Ce sera sans doute le thème des prochains tomes.
Le dessinateur espagnol Alberto Foche, né en 1979, a jusqu’ici œuvré dans les comics américains. Puis, en 2025, dans la série Système Solaire, il dessine le tome 4 consacré à Uranus.
Son style réaliste et classique convient bien à ce récit historique. La mise en page est dynamique, notamment dans les scènes d’action.
La colorisation de Simon Champelovier varie suivant les différentes situations afin de créer une atmosphère adaptée, le bleu pour la mer, le vert pour l’Amazonie et le rouge pour la guerre.
Kristol Séhec
L’Inca blanc, tome 1, 64 pages, 15,95 euros, Editions Soleil.
Illustrations : DR
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