Le pape Léon XIV effectue ces 25 et 26 septembre sa première visite en France, avec des étapes à Paris — dont Notre-Dame, où il priera à la chapelle des chrétiens d’Orient —, à Lourdes et à Metz, où il portera un message de paix. Un voyage que suivra de près L’Œuvre d’Orient, l’association française fondée en 1856 au service des chrétiens orientaux. Son directeur général, Mgr Hugues de Woillemont, également vicaire général de l’Ordinariat des catholiques orientaux en France, a répondu aux questions de Breizh-Info : place des chrétiens d’Orient dans le programme pontifical, exode continu depuis l’Irak, la Syrie et le Liban, rôle de la France, avenir de la FINUL au Sud-Liban… Entretien.
Breizh-info.com : Vous accompagnez ce voyage à Paris, Lourdes et Metz. Concrètement, quel rôle L’Œuvre d’Orient a-t-elle joué dans la préparation de ces étapes, et qu’avez-vous obtenu — ou pas — dans le programme final du pape ?
Mgr Hugues de Woillemont : Notre rôle n’était pas « d’obtenir » telle ou telle étape. Une visite pontificale est préparée par le Saint-Siège et l’Église qui accueille le Saint-Père. Mais nous avons naturellement fait valoir combien la question des chrétiens d’Orient pouvait trouver sa place dans cette visite.
Nous sommes donc particulièrement heureux de plusieurs signes : à Notre-Dame, le pape visitera la chapelle des chrétiens d’Orient, souhaitée à la réouverture de la cathédrale par le diocèse et L’Œuvre d’Orient pour prier avec et pour les chrétiens orientaux, et le pape Léon XIV saluera des représentants des Églises orientales ; à l’UNESCO, les questions d’éducation et de patrimoine sont essentielles pour les communautés que nous accompagnons ; et à Metz, la question de la paix rejoint évidemment ce que vivent les peuples du Proche-Orient. Ce sont trois dimensions très importantes pour nous.
Breizh-info.com : Léon XIV a choisi la Turquie puis le Liban pour son premier voyage apostolique. Qu’est-ce que ce choix vous dit de sa vision du christianisme oriental, par rapport à celle de François ?
Mgr Hugues de Woillemont : Il existe une continuité forte dans l’attention portée aux Églises orientales par les pontifes récents, à l’œcuménisme et au Proche-Orient.
Mais le choix de la Turquie et du Liban pour le premier voyage apostolique de Léon XIV était particulièrement significatif. En Turquie, à l’occasion des 1 700 ans du concile de Nicée, il a placé l’unité des chrétiens au cœur de son déplacement. Au Liban, il a rencontré les patriarches et les communautés chrétiennes dans un pays qui demeure emblématique de la présence chrétienne au Moyen-Orient. Il a lui-même souligné que son pontificat commençait ses voyages apostoliques sur une terre liée aux origines du christianisme. C’est un signe très fort d’encouragement pour les chrétiens de l’ensemble du Moyen-Orient.
Breizh-info.com : On parle beaucoup de « préserver » les chrétiens d’Orient. Mais entre l’exode continu depuis l’Irak, la Syrie ou le Liban, la préservation est-elle encore un objectif réaliste, ou gère-t-on désormais un déclin ?
Mgr Hugues de Woillemont : Il ne faut ni nier la réalité ni céder à la fatalité. Oui, certaines communautés chrétiennes se sont considérablement réduites. En Irak ou en Syrie notamment, les guerres et les persécutions ont provoqué des départs massifs. Au Liban, la crise économique pousse encore beaucoup de jeunes à partir et la guerre actuelle entre le Hezbollah et l’État d’Israël prend en otage les Libanais qui ne veulent pas de la guerre.
Mais nous ne sommes pas là pour gérer une disparition annoncée. Les chrétiens d’Orient sont chez eux en Orient. Ils y vivent depuis les origines du christianisme et ils ont encore un rôle essentiel à jouer dans leurs sociétés. Notre responsabilité est de soutenir ces communautés pour qu’elles demeurent des acteurs vivants de leurs sociétés.
Breizh-info.com : « Permettre de rester » : c’est l’une des convictions du pape que vous relayez. Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’accueil massif des chrétiens d’Orient en Occident, aussi généreux soit-il, achève de vider leurs terres d’origine ?
Mgr Hugues de Woillemont : Il faut se garder d’opposer les deux. Lorsqu’une famille est menacée, lorsqu’une personne doit fuir la guerre ou la persécution, l’accueil est évidemment nécessaire.
Mais notre priorité à L’Œuvre d’Orient est bien de permettre de rester. Et pour rester, il ne suffit pas de dire aux gens : « restez chez vous ». Il faut pouvoir y vivre. Cela suppose la sécurité, mais aussi une école pour ses enfants, un travail, un logement, des soins et des institutions qui fonctionnent. Nous soutenons financièrement les institutions religieuses qui croient en un avenir pour les chrétiens sur place et nous sommes présents par des permanents ainsi que des volontaires qui manifestent notre amitié.
La véritable liberté, c’est que personne ne soit contraint ni de partir, ni de rester.
Breizh-info.com : La France se présente comme protectrice historique des chrétiens d’Orient. Au-delà des discours, cet engagement se traduit-il encore en actes — budgets, diplomatie, visas ? Où sont les manques ?
Mgr Hugues de Woillemont : Les chrétiens d’Orient ne demandent pas à vivre sous protection occidentale : ils demandent d’être des citoyens à part entière de leur pays.
La France conserve néanmoins une relation historique particulière avec eux, en particulier depuis le traité des capitulations de François Ier, et c’est l’honneur de la France et de l’Église de France de continuer cette amitié avec les chrétiens d’Orient. Cet engagement se traduit concrètement : soutien aux écoles, défense du patrimoine, aide humanitaire, action diplomatique.
Mais il faut entretenir cet engagement dans la durée. La France peut porter une parole diplomatique sur la citoyenneté et la liberté religieuse, continuer à soutenir les écoles et le patrimoine, et accompagner la reconstruction des sociétés. Les chrétiens d’Orient attendent moins une « protection » qu’une France fidèle à une amitié historique et présente à leurs côtés.
Breizh-info.com : Vous côtoyez les patriarches et évêques orientaux. Qu’attendent-ils vraiment de cette visite en France, eux qui voient parfois l’Occident comme spectateur de leur disparition ?
Mgr Hugues de Woillemont : Je me méfie du mot « disparition ». Et je ne crois pas non plus que l’on puisse simplement décrire l’Occident comme un spectateur qui ne ferait rien.
Ce que j’entends surtout lorsque je rencontre les patriarches, les évêques, mais aussi les prêtres, les religieuses et les familles, c’est une demande très simple : ne nous oubliez pas. Ils souhaitent que l’Église universelle connaisse mieux leur histoire, leurs épreuves, mais aussi leur vitalité. Ils ne veulent pas être regardés seulement comme des communautés victimes qu’il faudrait secourir. Ils demandent de la considération, une attention diplomatique, des partenariats durables et surtout que l’on ne regarde pas l’Orient uniquement lorsqu’une guerre éclate.
La visite du pape contribue précisément à rappeler que ces Églises ne sont pas à la périphérie de l’Église universelle : elles appartiennent à son histoire et à sa vie présente.
Breizh-info.com : À Notre-Dame, le pape saluera la communion entre Orient et Occident. Mais sur le terrain, qu’est-ce que les catholiques de France ont à apprendre — ou à recevoir — des Églises orientales, au-delà de la compassion ?
Mgr Hugues de Woillemont : Beaucoup ! Il faut précisément sortir d’une relation où nous serions seulement ceux qui donnent et les chrétiens d’Orient ceux qui reçoivent.
Ces Églises ont une tradition spirituelle et liturgique d’une richesse extraordinaire. N’oublions pas que c’est de l’Orient que nous est parvenu l’Évangile ! Elles ont aussi l’expérience d’une foi vécue dans des sociétés où les chrétiens sont souvent très minoritaires. Elles savent ce que signifient la fidélité, la transmission, le dialogue quotidien avec des croyants d’autres religions.
Et leur présence croissante en France est aussi une chance pour notre Église. À Notre-Dame, il ne s’agit donc pas seulement de manifester notre solidarité avec l’Orient : il s’agit de reconnaître que l’Orient chrétien a quelque chose à nous donner. Le pape Léon XIV le dit : les Églises orientales ont un trésor que les Églises latines doivent recevoir !
Breizh-info.com : Metz sera consacrée à la paix. Le Proche-Orient sort de plusieurs années de guerre à Gaza, au Liban, en Syrie. Une parole pontificale pèse-t-elle encore quelque chose face aux acteurs de la région ?
Mgr Hugues de Woillemont : Le pape n’a évidemment ni armée ni puissance économique. Sa parole n’est pas un substitut à la diplomatie.
Mais elle possède une liberté et une portée particulières. Elle peut rappeler la dignité de chaque vie humaine, refuser que l’on s’habitue à la guerre et continuer à parler à tous lorsque les adversaires ne se parlent plus.
Au Liban, Léon XIV avait précisément placé son voyage sous le signe des « artisans de paix » et insisté sur la fraternité et la rencontre. La paix commence aussi lorsque l’on refuse d’enfermer définitivement l’autre dans la figure de l’ennemi.
Breizh-info.com : Y a-t-il un moment, dans vos années à la tête de L’Œuvre d’Orient ou lors de vos déplacements sur place, qui a changé votre regard sur cette mission ?
Mgr Hugues de Woillemont : Je suis directeur général de L’Œuvre d’Orient depuis un an et j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer de nombreuses communautés orientales, au Moyen-Orient, mais aussi dans la Corne de l’Afrique et en Europe occidentale.
Je pense particulièrement à Mossoul, en Irak. J’y avais visité, il y a quelques années, deux églises détruites et profanées par Daech. J’y suis revenu après leur restauration, à laquelle L’Œuvre d’Orient a contribué. Voir ces mêmes églises restaurées et surtout entendre leurs cloches sonner à nouveau dans la ville a été pour moi un moment très fort.
Une cloche qui sonne à nouveau à Mossoul, c’est le signe qu’une présence que l’on avait voulu effacer est toujours vivante. C’est une communauté qui peut de nouveau dire : nous sommes chez nous, nous appartenons à cette terre et à son histoire.
Breizh-info.com : Dans 10 ans, à quoi ressemblera la présence chrétienne en Orient si rien ne change — et qu’est-ce qui, réalistement, pourrait inverser la tendance ?
Mgr Hugues de Woillemont : Je ne veux pas faire de pronostic. Mais si rien ne change, certaines communautés continueront évidemment de s’affaiblir, notamment parce que leurs jeunes partiront.
Pour inverser cette tendance, il n’existe pas une solution unique. Il faut la paix et la sécurité, bien sûr, mais également des États de droit dans lesquels chacun soit pleinement citoyen quelle que soit sa religion. Il faut des écoles, des emplois, des systèmes de santé, des logements et une économie qui permettent aux jeunes de se projeter.
Je me suis rendu ces derniers mois auprès de communautés qui vivent directement la guerre, notamment au Sud-Liban et en Ukraine.
Au Sud-Liban, j’ai pu mesurer aussi l’importance du travail accompli par la FINUL. Alors que son mandat doit prendre fin, ce qui lui succédera est pour nous un vrai sujet de préoccupation. Je veux saluer l’engagement de tous les Casques bleus et tout particulièrement celui du contingent français.
Car derrière les dispositifs diplomatiques et militaires, il y a des villages, des écoles, des familles qui veulent simplement retrouver la sécurité et pouvoir envisager un avenir sur leur terre.
Comme chrétiens, nous croyons que l’avenir est dans les mains de Dieu : c’est notre espérance. Mais cette espérance ne nous dispense jamais d’agir. Elle nous engage au contraire à faire tout ce qui dépend de nous pour que ces communautés puissent continuer à vivre, à transmettre et à espérer sur leur terre.
Propos recueillis par YV
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.