Jean-Frédéric Poisson (PCD) : « La bureaucratie européenne est fille de la bureaucratie française en ce qu’elle procède de la même idéologie centralisatrice » [Interview]

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Le président du Parti chrétien démocrate Jean-Frédéric Poisson était fin janvier en Bretagne pour deux réunions publiques à Plouegat-Moysan (Finistère) et à Vannes. Il a choisi notre région pour démarrer sa campagne des élections européennes, pour lesquelles il fera alliance avec Nicolas Dupont-Aignan.

A l’occasion de sa venue en Bretagne, nous l’avons interrogé sur sa campagne à venir, sur la crise politique qui traverse la France, sur les sujets que certains voudraient tabous… Entretien sans langue de bois.

poissson

Breizh-info.com : Quel bilan tirez-vous de votre venue en Bretagne ?

JF Poisson : Mon souvenir immédiat, c’est d’avoir vu une Bretagne sous la neige, ce qui n’est pas banal ! Sur le fond… j’ai pu rencontrer des responsables du secteur de l’agriculture et du transport maritime, aux activités directement impactées par les décisions prises au niveau européen comme le Brexit, la question des travailleurs détachés, les normes environnementales, les enjeux en logistique et mobilité, etc. Ces échanges ont renforcé deux convictions : que nos entrepreneurs ont quelque chose d’héroïque à tenir bon le cap de leurs entreprises alors qu’on ne cesse de leur ajouter des contraintes sans leur assurer par ailleurs une stabilité réglementaire et économique pourtant indispensable ; et qu’il est vraiment indispensable d’envoyer au Parlement européen des représentants français qui puissent servir au travers des compétences européennes la cause de nos territoires et de nos économies.

J’ai par ailleurs tenu des conférences autour de la question de l’islam, thème de mon dernier ouvrage L’islam à la conquête de l’Occident (Éditions du Rocher, novembre 2018) auxquelles est venu un public très nombreux, curieux et attentif, parmi lequel des adhérents et sympathisants du PCD. Cela confirme que cette question de l’Islam qui cherche à être compatible, quand ce n’est pas à s’imposer, à notre civilisation, ses principes et ses codes, est un sujet majeur, méconnu sur le fond, traité de manière trop naïve par nos gouvernants actuels.

Breizh-info.com : Quelles vont être vos priorités pour les élections européennes ? Vos revendications principales ? Comment sera constituée la liste d’union que vous souhaitez ? Pourquoi l’union ne se fera ni avec le RN ni avec LR selon vous ? N’est-ce pas se tirer une balle dans le pied ?

JF Poisson : Mes priorités pour les prochaines élections européennes sont de cinq ordres :

  • Retrouver le contrôle de nos frontières et sortir de l’espace Schengen ;
  • Maîtriser nos flux migratoires et lutter contre le multiculturalisme ;
  • Recouvrer notre souveraineté nationale ;
  • Mettre en œuvre une authentique politique familiale ;
  • Définir une véritable stratégie industrielle qui puisse enrayer le spectacle désolant des délocalisations.

J’ai pour habitude de me définir par rapport à des idées et non en fonction de manœuvres d’appareils ou de combines électorales. C’est pourquoi, j’ai co-fondé la plateforme des Amoureux de la France avec Nicolas Dupont-Aignan de DLF, Bruno North du CNIP, Véronique Besse du MPF et d’autres responsables ou personnalités politiques, en vue de l’élaboration d’un programme commun de la droite. Mitterrand avait réussi à faire, en son temps, l’unité de la gauche par le programme commun de gouvernement de 1972. Je souhaite la même chose pour ma famille politique, pas pour une « union des droites » en tant que telle qui n’intéresse personne, mais parce qu’il en va de l’intérêt de la France que de combattre le progressisme qui est aux affaires et affaiblit notre pays.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur la crise des Gilets jaunes ? Et sur le gouvernement actuel face à cette crise ?

JF Poisson : C’est une crise de désespoir qui éclate aujourd’hui mais qui couvait depuis 40 ans et que personne ne voulait voir, parce que la France périphérique n’intéresse pas nos médias. Les Gilets jaunes demandent à pouvoir vivre des fruits de leur travail. Ce qui est insupportable à leurs yeux, c’est de ne pas pouvoir faire vivre leur famille alors qu’ils travaillent dur, pendant que d’autres usent et abusent de privilèges et leur font la leçon en leur intimant de consommer moins de carburant sous peine d’être plus fortement taxés. Ce « deux poids deux mesures » est devenu insupportable. Derrière la revendication d’une augmentation du pouvoir d’achat, il faut bien voir que, ce qui est en cause, c’est la dignité de la personne humaine.

Il y a aussi un volet institutionnel. Les Gilets jaunes sont des citoyens qui ne se sentent plus représentés par des élites politiques souvent coupées des réalités locales, ce qui est d’autant plus le cas depuis la suppression du cumul des mandats de maire et de député en 2017. Leur but est de retrouver prise sur les institutions par l’institution d’un référendum d’initiative populaire.

L’attitude d’Emmanuel Macron face aux Gilets jaunes explique en particulier l’ampleur de la crise. Certes, le Président paie 40 ans de réformes injustes dont il n’est pas entièrement responsable mais il a attisé lui-même le conflit par son attitude personnelle faite d’arrogance, de supériorité et de mépris.

Breizh-info.com : Sur la question de l’immigration, quelle est votre position ? On sent comme une fragilité à droite sur cette question, prise pourtant à bras le corps dans d’autres pays comme en Italie (et sans tabou) ?

JF Poisson : Sur la question de l’immigration comme sur d’autres, je n’ai aucun tabou. L’immigration déstabilise nos équilibres sociaux et l’Europe n’a plus les moyens d’accueillir des migrants en grande quantité. Il faut bien voir que l’immigration massive n’est bonne ni pour les pays d’origine privés de cerveaux et de main d’œuvre, ni pour les pays d’accueil qui n’arrivent pas à y faire face, ni pour les migrants eux-mêmes à qui on avait vendu un eldorado européen et qui se retrouvent déracinés, en proie à la misère sociale et à l’instrumentalisation politique. Cette immigration est d’autant plus problématique qu’elle concerne des populations issues d’un autre modèle culturel et pour lesquelles nos gouvernants ont renoncé à toute politique d’assimilation.

Breizh-info.com : Doit-on s’attendre en 2019 à la poursuite d’une crise majeure en France ? Comment voyez-vous l’avenir du pays ? Le souverainisme n’est-il pas une fausse solution aux problèmes de l’Europe de Bruxelles, fille avant tout de la bureaucratie française ?

JF Poisson : La bureaucratie européenne est fille de la bureaucratie française en ce qu’elle procède de la même idéologie centralisatrice et ignorante de la diversité des questions locales comme du principe de subsidiarité. En cela, elle contribue à atrophier les peuples européens. Il n’y a pas une seule réponse face à ce monstre qu’est devenue la Commission européenne mais ce qui est sûr, c’est qu’il faudra, un jour ou l’autre, réduire drastiquement ses pouvoirs pour en faire un organe strictement administratif, ce qui suppose la suppression de son monopole d’initiative. Il est, par ailleurs, indispensable de faire émerger au Parlement européen un pouvoir eurocritique qui puisse défendre les intérêts des nations membres.

Enfin, à la question de savoir si nous allons vers une crise majeure en France, je répondrais, sans être prophète, que si rien ne change dans notre pays, il est malheureusement à craindre que les richesses soient toujours aussi mal réparties, que le chômage ne diminue pas, que les Gilets jaunes continuent à manifester et qu’Emmanuel Macron poursuive à vouloir hypnotiser la société comme il le fait actuellement avec la mascarade du Grand débat.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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  1. […] attendant, voici quelques extraits d’une interview accordée à Breizh-info par Jean-Frédéric Poisson  […]

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