Nantes. Omerta autour d’une épidémie de rougeole chez les Roms

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L’absence de vaccination systématique, la défiance vis à vis des institutions et des conditions sanitaires guère compatibles avec l’hygiène ont fait leur oeuvre : une centaine de cas de rougeole ont été identifiés dans la communauté Rom à Nantes depuis le début de l’année, sur 120 en tout dans l’agglomération.

L’omerta entretenue par les institutions publiques et leurs satellites à Nantes (plus qu’ailleurs) dès qu’il y a un problème grave – à la TAN pour les agressions subies par les agents, du côté des forces de l’ordre et de la mairie pour la multiplication des viols et des agressions, de l’institution judiciaire quant à l’impact des migrants « mineurs isolés » vrais ou faux, sur la délinquance, de l’institution pénitentiaire quant à la radicalisation islamique des détenus et aux risques de plus en plus grands dans les établissements pour les détenus et le personnel, etc, etc. a fait son oeuvre : cette épidémie n’est rendue publique qu’au début de l’été, alors que l’ARS faisait appel à la réserve sanitaire.

Il se trouve qu’entre le 1er janvier et le 28 mai, seuls 56 cas de rougeole ont été signalés à l’Agence régionale de santé Pays de Loire, dont 10 en Loire-Atlantique. En juin, il y en a eu 50 de plus, principalement dans des camps de roms. Et le CHU ne s’est préoccupé de recommander à ses soignants de se vacciner qu’après que trois soignants l’aient attrapée, alors qu’ils étaient en contact avec des personnes contaminées.

La rougeole chez les Roms, ce n’est pourtant pas une nouveauté. Une étude de l’ARS Ile de France a été faite sur le sujet en mai 2018. La rougeole, maladie assez bénigne dont les complications peuvent conduire au décès, et très contagieuse, a en effet repris de l’ampleur en Europe de l’Est depuis 2014, est épidémique depuis 2016 et se déplace progressivement vers l’ouest. En 2017 il y avait 14.600 cas déclarés en UE, principalement  en Italie, Grèce, mais aussi Roumanie et Bulgarie – deux pays où les communautés roms sont très présentes, et d’où des Roms se déplacent constamment vers les camps situés dans l’ouest de l’Europe.

En France il y avait 519 cas la même année dont 80 en Ile de France. L’ARS d’Ile de France pointe deux facteurs qui favorisent les épidémies, une couverture vaccinale insuffisante – sous les 85%, et la mobilité des populations. « Il y a aussi cette culture très dangereuse, propagée par certains bobos, comme quoi les vaccins c’est pas bien, c’est dangereux », complète un médecin nantais. « Avant, certains pouvaient ne pas se vacciner et dire que tout allait bien, ils étaient 5% au plus protégés par les 95% vaccinés. Quand on tombe sous les 90%, les risques épidémiques augmentent nettement, à cause de l’irresponsabilité de quelques uns ».

Dans les bidonvilles de Roms ou de migrants –l’Île de France connaît les deux cas, avec parfois plusieurs centaines d’individus agglomérés dans des conditions sanitaires et hygiéniques déplorables – l’identification des cas isolés est déficiente et la couverture vaccinale souvent aussi, malgré le travail des associations. « En octobre 2017, 20% des déclarations obligatoires de rougeole mentionnaient l’appartenance à la communauté rom ou la résidence en bidonville », précise le rapport de l’ARS Ile de France. Dans le Val-de-Marne, l’ARS a même fait des « interventions dans trois bidonvilles à cluster [concentration et foyer permanent] de rougeole ». L’ARS a préconisé la vaccination large en bidonville.

Au 15 mai 2018, 130 sites ont été recensés, dont 22 en Seine-et-Marne, 25 en Essonne, 22 dans chacun des départements du Val de Marne et du Val d’Oise et 32 en Seine-saint-Denis. Dans 80 d’entre eux la première séance d’injections a eu lieu, et dans 22 sur 130 la seconde séance a été faite – sur 8 sites les habitants des bidonvilles ont refusé le rappel et 13 autres ont été expulsés entre les deux séances de vaccination, ce qui n’arrange guère le travail des soignants. En tout, 2057 vaccins ont été administrés.

Louis Moulin

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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