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La chancelière allemande Angela Merkel a dû se montrer plus modérée qu’en 2015 sur l’arrivée de migrants en Europe depuis la Turquie tandis que Recep Tayyip Erdogan poursuit son chantage. Récit d’un tiraillement.
Angela Merkel condamne la Turquie
Durant la crise migratoire de 2015, une figure plus que les autres a incarné cette volonté d’une partie des dirigeants politiques européens d’ouvrir les portes de l’UE aux migrants : celle d’Angela Merkel. Tandis que le scénario menace de se répéter, certains États comme l’Autriche ou la Grèce ont cette fois décidé de durcir le ton.
Comment se positionne désormais la chancelière allemande dans ce contexte ? Le 9 mars, lors d’un Forum économique germano-hellénique qui se tenait à Berlin, elle a condamné la décision de la Turquie d’ignorer les termes du pacte conclu en 2016 avec l’Union européenne sur les migrants de 2016, la qualifiant d’« inacceptable ». Angela Merkel « plaide donc fortement pour que l’accord UE-Turquie entre dans une nouvelle phase ».
Rappelons que depuis plusieurs jours, des dizaines de milliers de migrants se sont rassemblés à la frontière turco-grecque après que le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé en février que la frontière de l’Union européenne était ouverte. Cet afflux a provoqué des affrontements entre les forces grecques et les migrants.
La chancelière tiraillée entre le gouvernement et l’opinion publique
Par ailleurs, Angela Merkel a reconnu que la Turquie, avec plus de 3,6 millions de migrants sur son sol, devait supporter un « grand fardeau », tout en ajoutant qu’Ankara « ne peut s’attendre à aucune compréhension si elle essaie de résoudre ses propres problèmes sur le dos des réfugiés qui se retrouvent alors bloqués dans une impasse à la frontière turco-grecque ».
Mais la chancelière ne dispose plus du bénéfice du doute, comme en 2015, de la part de l’opinion publique, allemande comme européenne, sur les improbables bienfaits d’un accueil massif de migrants en Allemagne et dans l’UE. Dont on a pu voir au cours des années suivantes ce qu’il en était réellement.
Aussi, elle ménage donc dans le même temps la Grèce qui, selon ses mots, « mérite notre solidarité et notre soutien total ». De son côté, le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis a souhaité « un changement concret dans la politique d’Ankara ». Mais Angela Merkel doit également composer avec l’aile gauche de la CDU, faisant partie de la coalition gouvernant l’Allemagne actuellement. Le gouvernement vient en effet d’annoncer sa volonté d’accueillir de 1 000 à 1 500 enfants migrants bloqués sur l’île de Lesbos.
Toutefois, si les partis de gauche poussent en faveur de cet accueil, des tensions ont lieu au sein même de la CDU, les conservateurs jugeant cette décision comme un formidable coup de pouce pour l’AfD, formation anti-immigration qui connaît un succès certain. Alternative für Deutschland justement, qui a dénoncé ces derniers jours le « chantage d’Erdogan » et « la migration pour le système social allemand ». En outre, un récent sondage a fait état d’une majorité d’Allemands (57 %) n’acceptant ces arrivées qu’à la condition d’une répartition des migrants entre les différents pays membres de l’UE. Autant dire que la chose n’a rien d’une évidence.
Merkel et Macron vont rencontrer Erdogan
Pour tenter de désamorcer la crise gréco-turque et pour revoir l’avenir de l’accord de 2016, Recep Tayyip Erdogan s’est rendu à Bruxelles ce même 9 mars afin de rencontrer Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et Charles Michel, président du Conseil européen.
À l’issue d’une rencontre ayant duré deux heures, les deux parties se sont quittées « sans résultat » tandis que le président turc entend bien soumettre l’Europe à ses exigences. Et, à défaut d’obtenir notamment l’aide financière que la Turquie réclame, les frontières du pays resteront ouvertes.
Face à la détermination d’Erdogan, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont prévu de se rendre à Istanbul le 17 mars prochain pour s’entretenir avec celui-ci au sujet des migrants et de la Syrie. Mais aussi possiblement sur la levée des visas Schengen pour les citoyens turcs ou encore sur l’ouverture de nouveaux chapitres dans les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Angela Merkel aura-t-elle tiré d’ici là les leçons de ses erreurs du passé ? Rien n’est moins sûr.
Crédit photo : DR
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