Ukraine et Russie : la guerre des énergies

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Depuis le milieu de l’été, le front énergétique du conflit russo-ukrainien a pris une tournure nouvelle. Kiev et Moscou s’y livrent une bataille inédite, où l’objectif n’est plus de conquérir des territoires, mais de priver l’adversaire de sa capacité à produire ou à consommer de l’énergie. Cette guerre invisible, menée par drones et missiles, oppose deux stratégies distinctes : l’Ukraine cible les raffineries russes, la Russie vise le réseau électrique ukrainien.

Les frappes ukrainiennes, d’abord sporadiques, se sont transformées à partir du mois d’août en une véritable campagne coordonnée. Les drones longue portée de Kiev, produits pour la plupart sur son propre sol, ont touché au moins cinquante-cinq sites pétroliers, dont plusieurs raffineries majeures comme celles de Kinef et de Riazan. Les explosions ont impacté une part importante des capacités de raffinage, que des estimations non confirmées situent entre 30 et 40 %. Les conséquences se font sentir sur le marché intérieur russe : files d’attente dans certaines stations-service, rationnements locaux, flambée des prix à la pompe, notamment en Crimée et en Extrême-Orient.

Cependant, la portée réelle de ces frappes demeure difficile à établir. Les autorités russes ne publient pas de données précises, les médias indépendants ont été réduits au silence, et les analystes étrangers s’appuient sur des estimations de marché sujettes à caution. L’armée russe, de son côté, semble continuer à être prioritaire pour l’approvisionnement en carburants. Les transports militaires et ferroviaires n’ont pas été affectés de manière visible. En revanche, pour la première fois depuis le début du conflit, les populations civiles russes subissent directement les conséquences de la guerre, dans un pays où le blocage administratif des prix empêche tout ajustement du marché.

L’Ukraine paie, elle aussi, un lourd tribut. Depuis la fin de l’été, les frappes russes sur son réseau électrique se sont multipliées. Elles visent non seulement les centrales thermiques, mais aussi les sous-stations, les lignes à haute tension et les infrastructures gazières. Selon les autorités de Kiev, environ 70 % de la capacité thermique a été détruite ou occupée, contraignant le pays à dépendre presque exclusivement de ses centrales nucléaires. Le 3 octobre encore, des missiles ont frappé les régions de Kharkiv et de Poltava, provoquant des incendies et de vastes coupures de courant.

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Là aussi, les effets sont d’abord civils. Des millions d’Ukrainiens subissent des blackouts intermittents, parfois prolongés plusieurs jours. Le chauffage, l’eau courante, les hôpitaux, les écoles, tout dépend désormais de générateurs et de solutions locales. Dans certaines zones, l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour. L’hiver qui s’annonce pourrait transformer ces coupures en crise humanitaire majeure.

Les risques dépassent le seul cadre social. Le site de Tchernobyl a déjà été privé d’alimentation, tout comme certaines sous-stations reliées aux centrales de Rivne et de Khmelnytsky, contraignant les opérateurs à réduire la production pour éviter des déséquilibres. Le site de Zaporijjia, sous contrôle russe, reste dans une situation précaire, exposé à des ruptures répétées du réseau.

Les chiffres avancés par Kiev, Moscou ou les organismes internationaux varient considérablement, et il n’existe aujourd’hui aucune mesure indépendante de la situation. Les pertes économiques, évaluées à plus de onze milliards de dollars pour le seul secteur électrique ukrainien, demeurent des estimations. Les données russes sur la production de carburants ne sont pas plus fiables. Dans les deux cas, la désinformation et la propagande brouillent la lecture des faits.

Il apparaît toutefois que les deux pays sont désormais engagés dans une course à la destruction des sources d’énergie de l’autre, sans garantie d’effet militaire direct. Les forces ukrainiennes espèrent épuiser les ressources russes, tandis que le Kremlin cherche à briser la résistance du pays voisin en plongeant sa population dans le froid et l’obscurité. Aucun des deux n’a encore atteint son objectif. L’économie russe s’adapte, l’Ukraine s’éclaire par à-coups grâce à l’Europe.

L’hiver dira si cette guerre de l’énergie peut infléchir le cours du conflit. Pour l’heure, elle l’aggrave, en étendant la souffrance des civils bien au-delà des lignes de front, dans une zone d’incertitude où l’information devient elle aussi une arme.

L’Observateur populaire

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT. Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine..

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Une réponse à “Ukraine et Russie : la guerre des énergies”

  1. Pschitt dit :

    « Depuis le milieu de l’été, le front énergétique du conflit russo-ukrainien a pris une tournure nouvelle », dites-vous en semblant renvoyer les belligérants dos à dos. En réalité, Vladimir Poutine a ciblé le réseau électrique ukrainien dès l’approche de l’hiver 2022/2023. Cette stratégie a été explicitée par un communiqué du ministère de la Défense russe le 18 novembre 2022. L’Ukraine n’attaque les installations pétrolières russes que depuis quelques mois, c’est-à-dire depuis qu’elle construit des drones qui en sont capables. Il y a une grande différence entre les attaques destinées à faire souffrir la population civile et celles destinées à réduire l’approvisionnement en carburant de l’armée ennemie ; en droit international, les premières peuvent être qualifiées de crimes de guerre, pas les secondes.

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