Avec sa monumentale oeuvre, Encyclopédie de Saint-Malo (éditions Cristel), Gilles Foucqueron livre bien davantage qu’un ouvrage d’histoire : une somme impressionnante, fruit de plusieurs décennies de recherches patientes et minutieuses, qui vient embrasser toute la mémoire de la cité corsaire. Fort de plus de 10 000 entrées et près de 2 100 pages réparties en deux volumes, ce travail colossal impressionne autant par son ampleur que par sa précision. Des origines géologiques aux réalités contemporaines, en passant par les grandes figures, les anonymes, les navires, les rues, les légendes et les épisodes marquants, rien ou presque n’échappe à cette entreprise de transmission.
Le résultat est à la hauteur de l’ambition : une œuvre dense mais accessible, où le lecteur peut aussi bien chercher une information précise que se laisser porter, au fil des pages, dans les méandres d’une histoire profondément enracinée dans la mer et les hommes. À rebours d’un monde numérique fragmenté et éphémère, cette encyclopédie offre un rapport charnel au savoir, où le papier, le temps long et la rigueur du travail historique redonnent toute sa place à la mémoire. Une œuvre de référence, appelée à s’imposer durablement comme l’un des piliers de la connaissance sur Saint-Malo.
Pour l’évoquer, nous avons interrogé l’auteur.
Breizh-info.com : Votre encyclopédie compte plus de 10 000 entrées et près de 2 100 pages. À quel moment avez-vous compris que ce travail dépasserait largement le simple cadre d’un ouvrage personnel ?
Gilles Foucqueron : En 1998, en voulant, par curiosité, connaître le nombre de notices rédigées, il s’est révélé qu’il y avait exactement 10.000 notices pile. Cela m’est apparu comme un signe et que le temps de publication était venu. Je n’ai pas recompté depuis, mais, il y en a évidemment plus dans la nouvelle édition.
Breizh-info.com : Vous êtes médecin de formation. Comment expliquez-vous ce basculement vers un travail d’historien aussi colossal, nourri par plus de quarante ans de recherches ?
Gilles Foucqueron :Je me suis toujours intéressé à l’histoire et particulièrement sur mes racines familiales. Au fur et à mesure de l’avancement de mes recherches, l’histoire de Saint-Malo s’est imposée.
Breizh-info.com : Votre ouvrage couvre deux millénaires d’histoire, depuis les origines géologiques jusqu’à nos jours. Quelle période vous semble la plus déterminante dans la formation de l’identité malouine ?
Gilles Foucqueron :Je me suis intéressé tout particulièrement au Moyen-Âge responsable de l’urbanisation de Saint-Malo avec l’édification du château et des remparts. Saint-Malo est en effet impliqué dans les conflits entre la Bretagne, la France et l’Angleterre, étant d’une part une cité épiscopale et d’autre part érigé sur les Marches de Bretagne.
Il ne faut pas oublier l’implication de Saint-Malo dans la pêche morutière, la course et toute l’histoire du monde de la mer qui fit que notre ville est connue à travers le monde entier.
Breizh-info.com : Saint-Malo est souvent associée aux grandes figures comme Jacques Cartier ou Robert Surcouf. Mais vous accordez aussi une place importante aux anonymes. Pourquoi ce choix ?
Gilles Foucqueron :Les personnalités les plus marquantes ont eu droit à une reconnaissance renouvelée par des biographies de plus en plus précises. Mais, il faut aussi rendre hommage à des Malouines et des Malouins contributeurs du rayonnement de Saint-Malo et qui risqueraient de rester anonymes. Ils ne doivent pas être oubliés de la mémoire.
Breizh-info.com : Vous avez fait le choix éthique de privilégier les personnages disparus. Est-ce une manière de préserver une certaine objectivité historique face aux passions contemporaines ?
Gilles Foucqueron :Parfaitement, mais certains contemporains ont bénéficié d’une notice simplifiée du fait des fonctions exercées qui justifient leur mention.
Breizh-info.com : Votre encyclopédie accorde une large place aux noms de rues, de bateaux, aux anecdotes et aux légendes. Peut-on dire que c’est dans ces détails que se niche véritablement l’âme de Saint-Malo ?
Gilles Foucqueron :Roger Vercel a bien évoqué ce qui constitue l’Âme malouine. Les anecdotes, les légendes sont bien évidement constitutive de l’histoire d’une ville. Elles ne doivent pas disparaître, mais il est important de révéler leurs existences réelles ou leurs natures légendaires.
Breizh-info.com : La ville a été détruite à 90 % en 1944 avant d’être reconstruite. Selon vous, cette reconstruction a-t-elle altéré ou, au contraire, renforcé l’identité malouine ?
Gilles Foucqueron :Malgré sa destruction à 80 %, l’intra-muros conserve son identité malouine. La restructuration de son urbanisation, plus respectueuse des règles hygiéno-diététiques contemporaines, subit bien sûr une désertification de sa population permanente, un départ de structures administratives ou éducatives, mais Saint-Malo conserve les traces de son histoire millénaire.
De plus, l’évolution des esprits a permis de développer l’union des trois villes de Saint-Malo, Saint-Servan et Paramé, inscrivant notre ville dans une nouvelle histoire.
Breizh-info.com : Vous évoquez une bibliothèque personnelle de plusieurs milliers d’ouvrages. Comment avez-vous organisé et structuré une telle masse d’informations pour aboutir à un dictionnaire cohérent ?
Elle a nécessité une lecture de chaque ouvrage et la constitution de fiches entrées dans l’actuelle Encyclopédie de Saint-Malo qui a succédé au Saint-Malo, 2000 ans d’histoire, aujourd’hui épuisé.
Breizh-info.com : À l’heure du numérique et de Wikipédia, quel est encore le rôle d’une encyclopédie papier aussi monumentale ?
Gilles Foucqueron : L’Encyclopédie permet de retrouver une réponse à une question, mais aussi partir à la découverte d’un pan de l’histoire malouine. Qui pourrait chercher l’existence d’une notice sur Buffalo Bill à Saint-Malo. L’ouverture au hasard du livre sur la rue du Bison à Bellevue vous renverra à ce personnage et vous permettra de partir à la découverte du champ de Mars du 47e régiment d’infanterie et au mariage de l’ancêtre du prétendant au trône d’Italie avec une demoiselle Magon de Boisgarein.
Je ne voudrais oublier le plaisir de tourner les pages et de caresser le papier. De plus, je ne suis pas certain de la durabilité dans le temps des sites numériques, victimes de la brièveté de leur lisibilité imposée par les mises à jour logicielles.
Breizh-info.com : Vous présentez ce livre comme votre dernier grand ouvrage. Est-ce une forme d’aboutissement personnel, ou le sentiment d’avoir transmis définitivement la mémoire de Saint-Malo ?
Gilles Foucqueron :Je ne pense pas qu’il y aura une nouvelle édition, compte tenu que l’Encyclopédie de Saint-Malo a demandé 25 années pour voir le jour, après les 15èmes années nécessaires pour la publication du premier opus. Cependant, je me réserve la liberté d’écrire sur un autre pan de l’Histoire de Saint-Malo.
Propos recueillis par YV
Photo d’illustration : Wiikipedia (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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Une réponse à “Saint-Malo sauvée de l’oubli : l’encyclopédie monumentale de Gilles Foucqueron [Interview]”
Bravo au dr Foucqueron qui semble avoir tout lu (et je ne me réfère qu’à la première édition de 1661 pages parue en 1998 !). Il est – avec le dr Mahéo, avec le dr Carer – l’un des derniers représentants de ces médecins érudits qui ont été si bien illustrés par les Le Pollès et autres Kernéis !